Vécu

Andorre, La Vuelta et les coulisses du peloton

Endurance Info
27 Aoû. 2026 • 9:00
par
Laurent Mercier
Photo : EI

Quand on aime le vélo, pouvoir assister à une course World Tour reste un privilège. Alors, puisque nous étions en Andorre, il aurait été dommage de ne pas profiter de l'occasion pour suivre la quatrième étape de La Vuelta, dont le départ et l'arrivée étaient justement installés à Andorre-la-Vieille.

Je ne vais pas vous refaire le couplet sur les liens qui unissent le cyclisme et le sport automobile : vous les connaissez déjà. En revanche, un paddock World Tour n'a pas grand-chose à voir avec celui d'un meeting sur circuit. Pierre vous l'a d'ailleurs parfaitement expliqué dans un article consacré au sujet.

Le cyclisme possède encore quelque chose que peu de sports peuvent revendiquer aujourd'hui : la gratuité. Pas besoin d'acheter un billet ou de disposer d'un pass VIP pour approcher les équipes et les coureurs. Nous sommes loin de la surenchère actuelle de certains promoteurs qui communiquent à grands coups de chiffres de fréquentation parfois difficiles à vérifier et clairement gonflés. Une fois le paddock installé, l'accès est libre. Tout le monde peut venir voir les coureurs, les équipes et le matériel.

Photo : EI

Il existe même une véritable communion entre les professionnels et les pratiquants amateurs. Vous pouvez parfaitement déambuler dans le paddock au guidon de votre Pinarello Dogma, vêtu de votre tenue cycliste personnelle, à quelques mètres des coureurs des équipes Pinarello Q36.5 ou Netcompany Ineos. Et surtout, ce que ces professionnels endurent sur une étape, vous pouvez, à votre niveau, le vivre vous aussi sur route ouverte. C'est sans doute l'un des luxes du cyclisme : la frontière entre le professionnel et l'amateur reste particulièrement mince. On peut vous en parler, nous avons testé quelques montées la veille du festival de Tadej Pogačar. 

Autre différence appréciable : pas de grand jeu de cache-cache autour du matériel. Rien ne vous empêche de regarder dans le détail le tout nouveau Tarmac SL9 de Specialized, d'observer les réglages ou de vous attarder sur les moindres détails techniques. Les stars comme Tadej Pogačar, Wout van Aert ou Primož Roglič sont évidemment les plus sollicitées, mais le cyclisme conserve cette proximité avec ses acteurs. Que vous ayez un pass média autour du cou ou simplement une casquette de supporter, vous pouvez encore vous retrouver à quelques mètres de ceux que vous regardez habituellement à la télévision. Pas de chichi. 

Photo : EI

Forcément, nous connaissons beaucoup moins de monde dans un paddock World Tour que dans un paddock GT World par exemple. Il est donc plus facile d'y passer incognito. Me voilà devant une équipe de premier plan, trois coureurs en train de s'échauffer sur les rouleaux avant l'étape. Une journaliste de télévision arrive et demande un créneau avec une tête d'affiche à l'issue de l'étape. La réponse de l'attachée de presse, que nous connaissons par cœur dans notre milieu, tombe : « Je vais voir ce que je peux faire, mais je ne promets rien. »

Soyons honnêtes, Endurance-Info n'a pas vraiment à se plaindre sur ce sujet. Mais nous retrouvons aussi un travers actuel de l'endurance qui a tendance à me faire pester. Un journaliste arrive avec son micro et son caméraman pour interroger le manager d'une équipe. Les questions ont été transmises au préalable à l'attaché de presse et le chrono tourne sous surveillance. Tout est cadré, minuté, contrôlé. On est parfois bien loin de l'échange spontané.

Photo : EI

Chez les coureurs cyclistes, la disponibilité varie évidemment d'une personnalité à l'autre. Bruno Armirail prend volontiers quelques minutes pour échanger avec des supporters venus de sa région pyrénéenne toute proche. Christophe Laporte se prête également au jeu des autographes. À l'inverse, Wout van Aert sort du bus, oreillette déjà en place, compteur activé pour les dernières vérifications. Le regard est fixé droit devant lui. Quelques secondes plus tard, il part rejoindre la signature sur le podium sans s'arrêter.

Tout est millimétré. Même si l'accès reste relativement simple, il est évidemment beaucoup plus facile d'approcher Kern Pharma qu'UAE Team Emirates. Et l'on peut forcément se demander si un Julian Alaphilippe, local de l'étape mais absent de cette Vuelta, avait encore totalement sa place dans un univers où tout semble aujourd'hui pesé, planifié et parfaitement cadré. Lui qui fonctionne davantage au feeling et au franc-parler n'y trouve peut-être plus vraiment son compte. 

Il a d'ailleurs fallu mettre un cadre à Erola Jons, influenceuse suivie par 3,2 millions de personnes sur Instagram et invitée par l'organisateur pour, soi-disant, faire découvrir La Vuelta à un nouveau public. Une initiative qui laisse quelque peu perplexe tant son contenu sur le début de la course semblait déconnecté de la réalité de l'épreuve. À tel point qu'il n'était même pas digne de la FFL.

Le problème n'est évidemment pas Erola Jons. Elle fait ce qu'elle sait faire et s'adresse à son public. Le problème se situe plutôt du côté de ceux qui ont validé sa présence sans manifestement mesurer l'écart entre son univers et celui d'une course cycliste professionnelle. Espérons simplement que cette expérience servira de leçon pour l'avenir, y compris dans d'autres disciplines sportives.

Photo : La Vuelta

Comme nous vous l'expliquions dans un précédent article, l'Andorre est devenue « the place to be » pour de nombreux cyclistes professionnels. Selon Pro Cycling Stats, 32 coureurs engagés sur cette Vuelta disposent d'une licence andorrane, soit près de 17 % du plateau au départ. Attention, il s'agit bien de licences andorranes et non de résidences.

Les raisons sont multiples. Les considérations fiscales jouent certainement leur rôle, mais elles ne doivent pas faire oublier la qualité de vie offerte par la Principauté et, surtout, la possibilité de s'entraîner quasiment toute l'année dans un environnement montagneux exceptionnel. 

Est-ce que nous avons kiffé notre passage en Andorre et sur La Vuelta ? Oui. Et est-ce qu'il y a déjà d'autres projets autour du cyclisme dans nos cartons ? Oui. 

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