« Mon arrivée en WEC » par Hadrien David
Je ne pensais pas en arriver là, mais je savoure aujourd'hui chaque instant. Après la F4 France (champion en 2019) et la FRECA (2e en 2021. Ndlr), ça se passait plutôt bien. Ce n’était pas parfait, mais je grimpais les échelons de la pyramide de la monoplace, avec une suite assez logique. Je connaissais tout le monde, les catégories, les parcours... Et puis à un moment, ça s’arrête. Le budget, les opportunités… et les portes de la F3 qui ne s'ouvrent pas. Et tu te retrouves un peu coincé, sans vraiment comprendre comment tu en es arrivé là.
Ma carrière s'est un peu retrouvée sur pause en 2022. C’est dur à encaisser. Pas seulement sportivement. Tu passes des années à construire quelque chose, et d’un coup, tu te retrouves sans volant. J’avais fait des tests, notamment avec Panis Racing, et nous n'étions pas loin de signer quelque chose. Mais ça ne s'est pas fait.
Je suis entré à Sciences Po en septembre 2022. Ce n’était pas le plan, mais j’avais besoin d’avancer. Je ne voulais pas rester à attendre qu’une opportunité tombe. Avec le recul, ça m’a fait beaucoup de bien. Ça m’a obligé à sortir du cadre, à voir autre chose, à mûrir et à prendre du recul aussi. J’ai réussi à mener les deux de front pendant un moment, jusqu'à valider ma licence. Et surtout, ça m’a permis d’avoir un plan B, ce que je n’avais jamais vraiment envisagé avant.
Puis début 2025, Didier André m’appelle et me dit qu'il est confiant quant à sa capacité à relancer réellement ma carrière. À ce moment-là, elle est clairement à l’arrêt, donc je ne réfléchis pas très longtemps. J’accepte. Il me propose du GT4. Sur le coup, ça fait mal à l’ego. Tu te dis que tu repars en arrière. Après la monoplace, le LMP3… ce n’est pas là où je me projetais. Mais en réalité, ça a été le meilleur choix. J’ai fait trois pas en arrière, mais dix en avant. Didier a été très clair là-dessus, et avec le recul, il a eu raison.
C’est aussi à ce moment-là que je commence vraiment à regarder l’Endurance. Avant ça, je ne suivais pas du tout. J’étais à fond monoplace. Je connaissais tous les pilotes, toutes les grilles. En Endurance, personne. Et aujourd’hui, je me rends compte que c’est une erreur que beaucoup de pilotes font, et que j’ai faite aussi. Esteban (Masson, son équipier sur la Lexus RC F n°78 Akkodis-ASP. Ndlr) a eu la clairvoyance de switcher tôt vers l'Endurance et on voit où ça l'a mené (il fait partie du giron Toyota et roule régulièrement dans l'Hypercar. Ndlr).
Il y a ici un niveau très élevé, et de nombreux pilotes qui ont le talent pour être en F1. Et l’objectif premier n'est-il pas de vivre de sa passion ? L'endurance est une voie qui permet ça. Cette année, les portes se sont entrouvertes pour moi en WEC. À moi de les ouvrir complètement.
Mais ici, ce n’est pas juste une question de performance. La vitesse, je ne dis pas que c’est facile, mais c’est presque la partie la plus naturelle. Ce qui est compliqué, c’est tout le reste. Les procédures, la gestion des relais, les pneus, la constance. Et surtout les stands.
C’est peut-être ce qui m’impressionne le plus aujourd’hui. L’entrée des stands, la vitesse à respecter, les pénalités. En WEC, ils sont très stricts. Une petite erreur, et c’est un drive-through. Et là, ta course est compromise. C’est vraiment ce point-là que je redoute le plus, plus que la performance pure. C’est une discipline où il faut être complet.
Chez AKKODIS ASP Team, j’ai la chance d’être bien entouré. Et surtout avec Esteban Masson. Esteban et moi nous connaissons depuis longtemps. On a fait notre première course ensemble en 2014. On a le même âge, on a grandi dans le même environnement. Aujourd’hui, il est plus en place que moi. Il connaît la voiture, l’équipe, le fonctionnement. Et moi, j’apprends beaucoup de lui. Il y a plein de choses qu’il fait mieux que moi, donc j’essaie de les appliquer dès la séance suivante.
Ce n’est pas une compétition entre nous. On se tire vraiment mutuellement vers le haut et on s'apporte grâce à nos parcours différents. Le fait d’être proches, ça aide aussi. Ça casse les barrières qu’il peut y avoir parfois entre coéquipiers. Et c’est important, surtout dans une discipline comme l’endurance où tu dépends beaucoup des autres. Parce que c’est aussi ça qui change tout.
Quand tu sors de la voiture, il faut pouvoir faire confiance à celui qui prend le relais. Savoir qu’il va faire le boulot. Et inversement. Si ce n’est pas le cas, ça peut vite devenir frustrant. Cette année, je sais qu'avec Tom et Esteban (Van Rompuy et Masson. Ndlr) ce ne sera pas un problème.
Moi, de mon côté, je dois apprendre. Beaucoup. J’arrive dans une catégorie où je pars de loin. La voiture est lourde, les relais sont longs, il faut gérer les pneus, ne pas trop en faire. Ce sont des choses que je continue d’apprendre. Imola était ma première course en GT3, donc j'étais parti dans l'idée que je ne rendrais probablement pas la meilleure copie de ma carrière. L’objectif était d’en rendre une correcte. Je veux progresser course après course.
Franchement, nous ne nous attendions pas à être devant. Le Prologue et les essais n’avaient pas été aussi prolifiques qu'espéré. Nous avons galéré avec la voiture, qui n’était pas facile à piloter. Et en qualifications, tout a changé. L’équipe fait un super boulot et la voiture s'est un peu révélée.
Quand on m’annonce que je suis deuxième (de l'Hyperpole LMGT3. Ndlr), je suis surpris. Vraiment. Mais très heureux aussi. Malheureusement, nous n'avons pas connu la même réussite en course, avec un souci technique dès notre premier ravitaillement (un arrêt de 39', suivi d'un autre de 8', d'où une 14e place à l'arrivée, à 23 tours des vainqueurs. Ndlr).
Mais Imola, ce n’est qu’un début. Il reste encore sept courses et nous savons que nous disposons d'un trio et d'une équipe capable de jouer la gagne. Et on sait que la vérité d’un week-end n’est jamais celle du suivant, surtout en endurance. Il y a Spa, qui arrive vite, mais aussi Le Mans. Là, ce sera encore autre chose. La nuit, le trafic, les LMP2… ça va être intense. Mais c’est aussi ce qui donne envie.
Si je me projette un peu, l’objectif est clair : intégrer un constructeur. Et si je dois être honnête, aujourd'hui l'objectif est Toyota, qui demeure la référence en la matière. C'est dans ce but que je suis aujourd'hui en LMGT3. Oui, il y a eu des opportunités en LMP2, mais ce n’est pas là que tu construis une carrière avec un constructeur.
Donc aujourd’hui, je me concentre sur ça (le LMGT3. Ndlr). Être propre. Être fiable. Montrer que je peux faire le job. Que je peux m’intégrer dans un projet. Que je peux progresser et que je peux intégrer le giron Toyota, à l'image de ce qu'a fait Esteban.
Aujourd’hui, je me vois offrir une opportunité en or. À moi d’en faire quelque chose...
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