Le syndrôme de la page blanche ? Genesis ne connaît pas
Quand le programme Genesis Magma Racing a été dévoilé en décembre 2024, à Dubaï, la tâche semblait colossale. Il restait alors un an et quatre mois avant la première apparition en course de la GMR-001, repoussée de trois semaines suite au report des 1812 km du Qatar. Il ne s’agissait pas seulement de concevoir une voiture en collaboration avec Oreca ainsi qu'un moteur, mais de créer une équipe entière, de zéro.
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Une difficulté supplémentaire quand Cadillac, BMW ou encore Alpine ont décidé de s'appuyer sur une structure déjà existante. « Compte tenu des objectifs à long terme, il n’y avait absolument pas d’alternative, explique Cyril Abiteboul, directeur de Genesis Magma Racing. Il était obligatoire de tout faire nous-mêmes, plutôt que de confier la responsabilité à une équipe partenaire, ce qui aurait été la solution la plus simple. »
« C’est le début d’un projet à long terme pour Genesis Magma Racing et nous voulions démarrer avec notre propre âme, nos compétences et nos collaborateurs, enchaîne-t-il. Genesis veut également comprendre le sport automobile en tant que constructeur et y insuffler cette culture de haute performance. Le seul moyen d’y parvenir est de supprimer la cloison entre l’équipe de course et la marque, et de prendre le contrôle complet nous-mêmes. »
Aujourd’hui, l’équipe compte 75 personnes issues de 16 nationalités différentes, réparties entre le siège de Genesis Magma Racing au Castellet, le siège de Hyundai Motorsport à Offenbach et le centre technique de Fechenheim, où est construit le V8 3,2 litres Turbo de la GMR-001.
L'équipe compte des spécialistes issus de divers horizons, représentant non seulement les courses d'endurance, mais aussi l'ensemble du spectre du sport automobile, dont 15 membres de Hyundai Motorsport qui ont rejoint Genesis Magma Racing dans le cadre du Trajectory Programme.
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« Commencer à partir d’une page blanche a des avantages, note Anouck Abadie, team manager. Nous avons pu concevoir ce que nous pensions être la meilleure structure pour l’équipe, sans avoir à suivre ce qui existait auparavant. Nous étions concentrés uniquement sur ce qui fonctionnait le mieux. Pour les personnes aussi, tout le monde commençait neuf, nous pouvions mettre les bonnes personnes aux bons postes, sans compromis ni politique interne. »
Le team a été testé avec le GMR-001 Hypercar lors de la seconde moitié de 2025, culminant avec le test de décembre à Barcelone, où 80 % de l’équipe opérationnelle étaient présents. Cette répétition générale a validé les plans opérationnels pour 2026.
La création d’une base de course complète a permis de ne faire aucun compromis sur le site. Choisi pour sa proximité avec le partenaire châssis Oreca et le Circuit Paul Ricard, où la GMR-001 a effectué ses premiers essais, l’atelier de 2 900 m² regroupe toutes les activités nécessaires à la préparation des voitures entre les courses.
« Au Castellet, nous avons tous les départements clés et toutes les ressources essentielles de l’équipe au même endroit, détaille Sébastien Metz, directeur des opérations. Nous avons un espace dédié à l’entraînement des mécanos pour les arrêts au stand, et un secteur pour les opérations d’ingénierie à distance pendant chaque week-end de course. Il était important pour nous de disposer de toutes les capacités possibles au sein de l’équipe et de l’atelier, et nous avons une opportunité parfaite pour cela. »
Genesis Magma Racing a donc choisi la voie la plus exigeante : construire un esprit, une culture et une efficacité de zéro. L’épreuve du temps dira si cette approche, volontairement complexe et ambitieuse, apportera les fruits espérés. Mais une chose est sûre : pour ses débuts en WEC, l’équipe possède déjà une identité propre et un contrôle total ou presque sur son destin.
Commentaires (4)
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LedZeppelin
27 Mar. 2026 • 21:40
Peugeot est dans cet esprit là aussi mais on a vu par exemple Audi qui s'était appuyé sur Joest Racing et ça avait très bien fonctionné, je ne pense pas que chez Joest ils se sentaient comme des prestataires extérieurs à la maison Audi.
dmeyers
27 Mar. 2026 • 23:01
ArthurM57
28 Mar. 2026 • 6:06
FKXIII
30 Mar. 2026 • 18:05
Concrètement, l'objectif à long terme est de faire en sorte que la culture du sport auto se retrouve dans les voitures de série, ce qui implique d'apprendre le soucis du détail, la réactivité et la recherche de progression continue qu'impose la compétition. Si vous confiez l'exploitation à une équipe établie, vous devenez un "simple" consultant et fournisseur de moteur. En gros vous payez et les autres font à votre place, donc vous n'apprenez rien.
Alors certes, le choix d'une LMDh plutôt que d'une LMH limite les possibilités d'apprentissage par le développement en interne. Mais il vaut mieux apprendre à marcher avant de vouloir courir. Ici, la partie moteur et hybridation, la partie systèmes et l'exploitation sont en interne. C'est déjà beaucoup pour une structure qui est créée de zéro.
Quant à l'exemple Joest, l'équipe s'occupait del'exploitation pour son expérience immense et concluante dans ce domaine, que Audi n'avait pas, mais TOUT le reste était Audi et progressivement, Audi a pris les commandes de l'exploitation en conservant le partenaire et le personnel Joest dans le jeu. Le nom Joest était toujours là, mais on a pu constater qu'en termes de niveau "interne", ce n'était plus la même chanson une fois qu'Audi s'est retirée et qu'ils ont essayé de faire rouler les Mazda en IMSA (certes pas les meilleures techniquement) en se prenant régulièrement les pieds dans le tapis en termes d'exploitation.
Il y a bien entendu beaucoup de communication derrière tout cela, mais aussi un fond qui tient la route.