Felipe Nasr (Porsche Penske) : « Nous avons fait très sérieusement nos devoirs »
De l’extérieur, la Porsche 963 avait l'air très à son aise. Qu'en était-il au volant ?
J’ai le sentiment que nous avons fait très sérieusement nos devoirs pendant l’hiver, en travaillant sur toutes les évolutions que nous pouvions apporter à la voiture et en nous assurant de les tester dès le mois de novembre dernier. Mais on ne sait jamais vraiment avant la course, parce que tout le monde fait la même chose.
L’ensemble du plateau a progressé, partout. Il y a eu des moments pendant la course où je me suis dit : « OK, on a un très bon rythme ». Mais il y en a eu d’autres où la n°31 était très rapide. Mais c’est sûr que Porsche Penske a été en grande forme du début à la fin.
Cela a-t-il varié avec les températures ?
La météo, surtout sur la fin, a surpris beaucoup de voitures, notamment dans le comportement du châssis. La piste était devenue extrêmement glissante, avec très peu de grip, quelque chose que nous n’avions pas du tout connu pendant les séances d’essais. C’était un vrai test, simplement pour garder la voiture sur la piste. On l’a bien vu au Bus Stop : la voiture glissait partout, et pas seulement la nôtre, c'était aussi le cas des Cadillac.
La Cadillac n°31 vous a-t-elle surpris ?
A la fin ils avaient beaucoup de rythme, et surtout une excellente motricité dans les zones de traction. De mon côté, je me suis contenté de piloter avec le cœur en m’appuyant sur mon expérience.

Troisième victoire de rang à Daytona, ça doit faire quelque chose non ?
C’est un moment incroyable. Et je ne peux pas ne pas mentionner ces deux gars (Julien Andlauer et Laurin Heinrich. Ndlr). Ils ont fait un travail exceptionnel. C’était notre première fois ensemble dans la voiture, et commencer l’année par une victoire ici à Daytona, c’est un rêve qui devient réalité.
Vous avez gagné trois fois de suite avec trois équipages complètement différents. Qu’est-ce que cela dit du programme que vous avez mis en place ?
Je pense que nous avons de très bons pilotes. L’effectif est vraiment solide. Chacun a son parcours, ses compétences, et rejoindre Porsche en tant que pilote officiel, je peux le dire à tous ceux qui arrivent : le niveau est extrêmement élevé.
Tout ce que j’ai pu faire, c’est transmettre mon expérience de pilote, en ayant déjà gagné cette course auparavant. C’est ce que je n’ai cessé de répéter à ces deux-là.
Pendant les 20 premières heures, c’est cette course-là (le sprint final. Ndlr) que nous préparons. Si on arrive jusque-là, alors on pense aux quatre dernières heures : rester calme, être décisif, attentif — l’entrée aux stands, chaque information que vous pouvez donner en tant que pilote, garder la voiture propre, éviter les vibreurs et tout contact. C’est ce type d’expérience que j’ai essayé de transmettre.
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Mais ces gars-là savent piloter. Je n’ai rien à leur apprendre. C’est assez incroyable de réussir ça une nouvelle fois. Je pensais qu’une victoire, c’était déjà bien ; deux, c’était encore mieux ; et trois, ça va être difficile à battre. Il y en a aussi une de catégorie (GTD Pro en 2022. Ndlr), c’est vrai. Donc ça fait quatre victoires à Daytona…
Ces duels dans la dernière heure, vous commencez à vous y habituer, non ?
Je crois qu’en 2024 déjà, on s’était battus jusqu’au bout avec la n°31. J’ai tout donné, parce que je savais que dans ces dernières heures, tout le monde donne absolument tout dans la voiture. Et la Cadillac a été forte pendant toute la course. Et comme je l’ai déjà dit, le plateau compte des pilotes exceptionnels. Le niveau ne cesse d’augmenter. C’était du pur pilotage. Je suis heureux que ça ait tourné en notre faveur.
Comment comparez-vous cette victoire à celle de l’an dernier, sachant que la fin a été assez similaire ?
Chaque année est très différente. C’est difficile d’en choisir une comme favorite. Je n’ai pas encore totalement réalisé tout ce que nous venons de vivre. Cette dernière heure était d’une intensité incroyable dans la voiture, avec toutes les informations données par l’équipe, le spotter qui te dit qu’il prend une trajectoire différente ici ou là. En tant que pilote, il y a énormément de choses à gérer, mais le sentiment de la victoire est toujours spécial. C’est un sentiment unique, et il me faudra du temps pour tout assimiler.
Cette victoire a-t-elle été plus stressante ?
Je pense que celle-ci était encore plus serrée. Il y a eu plusieurs moments où la n°31 était vraiment proche de tenter une attaque. À quelques reprises, j’ai dû choisir ma trajectoire et freiner le plus tard possible. Comme je l’ai dit, les pilotes de la n°31 sont excellents, et ils n’allaient pas nous laisser gagner facilement.
Chapeau à tout le monde.

Tout le monde a offert un superbe spectacle. Je n’ai jamais vu autant de monde ici, autant de fans. Cela montre que nous vivons une période exceptionnelle pour l'Endurance. À nous de faire le spectacle. Le championnat offre une plateforme incroyable pour faire de la course, et on a encore vu une course de 24 heures se décider dans les dernières minutes. C’est tout simplement incroyable.
Vous êtes le troisième pilote à gagner trois fois de suite. L’un de vos plus grands objectifs reste Le Mans, mais commencez-vous à envisager de devenir le premier à en gagner quatre d’affilée ?
Tu viens de me donner l’idée, là… donc il va falloir travailler dessus, les gars ! Mais pour l’instant, j’ai surtout envie de savourer et de célébrer ce que nous venons d’accomplir. Cela dit… quatre, ça sonne plutôt bien.
Les six dernières éditions ont toutes été vus un Brésilien l'emporter. Cela signifie-t-il quelque chose pour vous, Helio (Castroneves) étant le premier des trois ?
Peut-être que c’est l’eau au Brésil. Vous devriez essayer. Tentez, elle est excellente. Dans notre pays, nous avons toujours eu une grande tradition de sport automobile. Helio est présent aux États-Unis depuis très longtemps, mais il y a aussi énormément de bons pilotes qui n’ont pas toujours l’opportunité de s’exporter. Vous seriez surpris de voir, chez nous, du karting aux championnats nationaux, combien il y a de talents. C'est un immense honneur de représenter mon pays et de montrer que nous en sommes capables aussi. C’est un privilège de faire partie de ce club aujourd’hui.

Vous arrive-t-il de repenser à votre première entrevue avec Roger Penske ?
Porsche Penske Motorsport cherchait des pilotes référents pour la phase de développement. Je crois que c’était en 2021, en milieu de saison, et j’étais en pleine lutte pour un autre championnat DPi. C’était donc une réunion un peu secrète. Je suis arrivé sur place — je ne peux pas donner tous les détails — mais j’étais un peu inquiet. Je pensais pouvoir y aller à pied, sans avoir regardé la météo. J’étais à l’intérieur, dans un restaurant, en train de boire un verre et d’attendre l’heure. Puis je me suis dit : « OK, il est temps d’y aller ».
Mais il faisait très chaud ce jour-là, et après cinq minutes de marche, je transpirais déjà. Je me disais : « Super, je vais avoir l’air nerveux maintenant. Qu’est-ce qu’ils vont penser ? » Mais bon, il était trop tard. Et là, une voiture arrive, la vitre s’abaisse : c’était Roger, qui me dit « Hé, c’est toi le pilote ? Monte, on va discuter. » À partir de ce moment-là, j’ai su que quelque chose de spécial était en train de se passer. C’était vraiment unique, la façon dont tout a commencé.
Mais qui a pris contact avec l'autre en premier ?
J’avais envoyé un e-mail à Roger quand j’avais lu que Porsche et Penske allaient s’associer, en lui disant : « Un jour, j’aimerais piloter pour vous. » Il lui a fallu quelques semaines pour répondre, puis il m’a dit : « C’est le moment. Si tu es disponible, viens nous voir. » Et le reste appartient à l’histoire.
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