Jocelyn Pedrono : « Ne pas emmener les gens dans un faux rêve »

Jocelyn Pedrono a repris l’activité Pescarolo Sport pour faire perdurer la marque sans que le quadruple vainqueur des 24 Heures du Mans n’ait une quelconque implication dans le projet. Henri Pescarolo s’est d’ailleurs exprimé sur le sujet dans la presse il y a quelques jours. Depuis l’annonce de la sortie d’un nouveau prototype qui porte le nom de Pescarolo 04-LM, Jocelyn Pedrono n’est pas épargné par les critiques. Nous sommes donc allés à sa rencontre dans son bureau du Technoparc du Mans, situé juste en face des anciens ateliers d’Henri Pescarolo, afin de connaître les tenants et les aboutissements de ce nouveau projet franco-français.

L’initiative est partie du prototype école utilisé par l’ACO ?

« J’ai repris l’activité il y a plus d’un an en gardant des liens commerciaux avec l’ACO. On continue de fabriquer les prototypes pour l’école de pilotage sur un site de 2000 m2 près d’Angers. Nous assurons aussi le service après-vente. La 02 a maintenant huit ans avec un vrai déficit sur l’appui à l’avant. Il fallait revisiter le kit aéro complet. Nous sommes donc partis sur un profil de lame avant de type LM P1 via des tests CFD. La voiture actuelle est une évolution de l’ancienne. »

La 04-LM est réservée à des pilotes plus éclairés ?

« La 04-LM est destinée à la compétition. Avec sa puissance de 420 chevaux, elle doit permettre à des pilotes de franchir un nouveau cap. Les gentlemen éclairés y trouveront aussi leur compte. On peut la situer entre une CN et une LM P3 pour un tarif proche de la CN et un coût d’utilisation très abordable. L’objectif est qu’elle soit la plus facile possible à utiliser. Nous présenterons ultérieurement la 05 qui sera la grande soeur de la 04 et qui sera réservée à des pilotes plus chevronnés. »

L’idée est d’avoir une gamme complète de prototypes ? Est-ce la première pierre d’une LM P4 ?

« Cette Pescarolo 04-LM a sa place dans la pyramide de l’Endurance. Il n’y a pas le moindre accord avec l’ACO pour faire ce que l’ont peut appeler une LM P4. L’ACO est informée du produit avec une vraie logique de transparence. »

La 04-LM sera prête sous peu ?

« On finalise le développement en CFD. Le programme sportif est en cours de définition en collaboration avec Jean-Bernard Bouvet. Le premier roulage doit avoir lieu d’ici quatre à cinq mois. Bien entendu, l’auto sera prête pour la saison 2018 pour une éligibilité en VdeV Endurance Series (PFV) et 24 Heures Series. Elle sera agile sur les circuits lents, ce qui représente un avantage sur beaucoup de tracés européens empruntés par les championnats. L’objectif est d’aussi de monter un championnat monomarque avec un prix en fin de saison. Les détails seront dévoilés ultérieurement. »

Vous avez conscience que reprendre un nom aussi connu que Pescarolo n’est pas évident ?

« J’ai repris l’ensemble des marques et il est clairement établi qu’Henri Pescarolo est en dehors du projet. Je sais que c’est à double tranchant. J’espère que les gens comprendront bien le projet. Nous avons des anciens membres de Pescarolo Sport. Jean-Philippe Perrier et Christophe Tinseau sont déjà à nos côtés. D’autres vont nous rejoindre. La richesse du projet reste les hommes. Sans une équipe, on ne peut rien faire. »

 » Il y a une certaine vigilance à mon égard et je trouve cela légitime. Si je voulais juste faire de l’argent, j’aurais de suite revendu la marque. J’espère juste ne pas décevoir. Quand j’ai repris l’activité, il y avait un seul salarié au chômage technique. Maintenant, quatre personnes travaillent sur le projet. Il ne faut pas emmener les gens dans un faux rêve. »

Une présence aux 24 Heures du Mans est déjà dans les esprits ?

« Il faut en premier lieu développer la vente de nos autos pour nourrir un projet sportif. Le partenariat avec Faurecia a du sens et bien sûr que Le Mans fait rêver. Il faut prendre les étapes les unes après les autres. On parlera de quelque chose quand ce sera concret. »

Le projet est très franco-français…

« Oui et nous en sommes fiers. L’auto est à 90% française. Concernant les pneumatiques, on avance avec différents manufacturiers mais ma priorité va à Michelin. »

On peut voir Pescarolo Sport hors des frontières européennes à l’avenir ?

« Des contacts sont pris pour les Etats-Unis mais il est trop tôt pour annoncer quoi que ce soit. Pour ce qui est de l’Asie, un de mes associés est présent depuis plus de 15 ans en Chine. Nous avons la capacité de construire 10 autos/an sans problème avec la possibilité de pousser le curseur plus haut sans souci. »

Vous avez aussi la particularité de mettre sur pied une école dans le Technoparc…

« L’école a deux vocations : être un lieu de rencontre et former des gestionnaires de projets innovants. 25 à 30 étudiants sont attendus à la rentrée. Les formations délivrent un niveau Bac+3. »