WEC

Ferrari imagine un avenir sans BoP

WEC
6 nov. 2026 • 14:00
par
EI, à Monza
Bilan de la saison ou encore futur du règlement 2030, Antonello Coletta s'est confié dans le paddock de Monza en marge de la finale de la saison 2026 du WEC.
© DPPI / WEC

Alors que se termine la saison 2026 en terre italienne, il était logique de faire le point avec un clan Ferrari qui aura connu une campagne WEC bien différente des saisons précédentes.

Triple lauréate aux 24 Heures du Mans entre 2023 et 2025, titrée sur tous les plans en 2025 en Hypercar avec les trois premières positions au classement Pilotes, Ferrari AF Corse n'a pu jouer dans la même catégorie que Toyota Racing cette année.

D'un, les Japonais ont apporté une TR010 Hybrid qui a su répondre au défi de la 499P, tout en signant de sacrées prestations en termes de stratégie en piste. De deux, Ferrari estime avoir souffert sur des circuits qui convenaient généralement à la LMH au Cheval Cabré.

« Si l'on examine l'ensemble des résultats de la saison, qui diffère de 2025, bien que nous nous y attendions, nous avons été surpris par notre niveau de performance sur certains circuits, avoue Antonello Coletta, responsable Endurance et Compétition Client à Monza.

À Spa et au Mans, des tracés où Ferrari est généralement très rapide, nous avons malheureusement beaucoup souffert.

Cela a pesé lourd pour le championnat, tant en termes de points que de résultats, d'autant plus que Le Mans rapportait le double de points. Spa, de son côté, est une épreuve où nous avions l'habitude de gagner ou, du moins, de monter sur le podium. Cette année, ce fut un désastre.

Le reste de la saison a été plus conforme à nos attentes, avec une amélioration de nos résultats au Brésil. Nous avons gagné à Austin, un circuit où nous avions déjà obtenu de bons résultats par le passé.

Quant à Barcelone, la course s'est en quelque sorte scindée en deux catégories : Toyota d'un côté, et le reste du plateau de l'autre.

Nous avons remporté la « deuxième catégorie » du plateau. Mais, pour être honnête, Toyota mérite amplement son titre de champion du monde. Je pense que Ferrari, par rapport aux autres constructeurs, se trouve dans une situation difficile.

Il est évident que lorsque Toyota a fait évoluer sa voiture et que les autres constructeurs ont pu améliorer leurs voitures grâce à des « jokers », la donne est devenue plus complexe. »

 

Quid du futur règlement 2030 ?

Si Ferrari travaille sur une version largement évoluée de sa 499P pour 2027, les regards se portent également plus loin pour les responsables italiens.

Avec un règlement technique 2030 dont les premières esquisses ont été dévoilées en marge des 24 Heures du Mans, se pose désormais la question de la finalisation des textes en vue d'une nouvelle étape majeure pour l'Endurance après l'arrivée des Hypercars au virage de 2021.

Antonello Coletta estime que la discipline pourrait en profiter pour mettre plus en avant le mérite.

« Nous avons une excellente opportunité devant nous, commente l'Italien. Aujourd'hui, le championnat suscite un grand intérêt, tant de la part des constructeurs que des médias et du public, mais nous sommes partis de plateformes et de concepts différents.

Nous sommes désormais tous réunis autour de la table pour définir une plateforme unique, ce qui nous permettrait d'établir des règles très claires.

L'objectif final, selon nous, devrait être de supprimer le système de Balance de Performance. À l'origine, la BoP a été conçue pour gérer la diversité des plateformes, quatre roues motrices, deux roues motrices, LMDH, LMH.

Mais avec une plateforme unique, nous aurions une réelle chance de repositionner le championnat sur la base de la méritocratie et de la compétence, sans avoir à débattre en permanence, à chaque course, de la BoP. »

En revanche, la tête pensante du programme Endurance ne place pas ce point comme bloquant pour la continuité du programme Hypercar en WEC.

« L'essentiel pour nous est d'avoir la possibilité de concevoir la voiture, enchaîne Coletta. Si nous pouvons concevoir 100 % du véhicule, alors nous verrons pour la BoP.

Encore une fois, les discussions sont complexes et très ouvertes. Aujourd'hui, la BoP peut varier dans un sens ou dans l'autre.

Une intervention doit demeurer marginale. Si les ajustements sont trop importants, la nature même de la voiture s'en trouve totalement altérée.

C'est évident : si vous concevez une voiture avec des caractéristiques spécifiques, mais que vous êtes contraint de courir avec un véhicule radicalement différent, tout le travail de conception est remis en cause.

C'est pourquoi nous souhaitons soit éviter totalement ces ajustements, soit les limiter au strict minimum. »

Possibilité qui ne serait, selon l'encadrement de Ferrari, pas en contradiction avec la gestion des coûts que permet dans un sens la BoP.

« Aujourd'hui, nous disposons d'un cadre très clair : nous avons des « fenêtres de performance » en matière d'aérodynamisme, ainsi qu'une puissance de base fixée à 500 kilowatts.

Par ailleurs, le règlement prévoit la possibilité d'effectuer des ajustements, avec des « jokers » durant la période de gel. Lorsque j'ai élaboré le « business plan » de notre projet, j'y ai intégré tous les jokers potentiels.

Si je n'ai finalement pas besoin de les utiliser, j'économise cet argent. Si, en revanche, je dois y recourir, les fonds sont déjà prévus dans mon budget. Je n'ai donc aucune mauvaise surprise.

Quand j'entends certains concurrents affirmer que les coûts explosent à cause des jokers... franchement, si vous choisissez de vous engager dans une catégorie qui autorise de tels ajustements, vous devez impérativement prévoir cette éventualité dans votre plan.

Si vous présentez à votre conseil d'administration un plan qui ne prend pas en compte ces possibilités, c'est votre problème, pas celui du règlement.

C'est le reflet de la situation actuelle et de ce qui nous attend à l'avenir : même sans BoP, si le règlement est suffisamment robuste et qu'il autorise, par exemple, une modification mineure de la voiture par saison, il suffit d'intégrer ce coût dans votre planification financière.

Dans ce cas de figure, la situation est parfaitement claire. Si, à l'inverse, on laissait la porte grande ouverte, les coûts exploseraient ; mais avec des règles strictes et une marge de manœuvre limitée pour faire évoluer la voiture, la situation reste très, très claire. »

 

Développer une vraie Ferrari

Coletta souhaite également que les constructeurs puissent toujours construire réellement leur voiture, et non pas seulement y apposer leur ADN d'un point de vue esthétique.

« Pour ce qui est de Ferrari, notre vision est celle d'une plateforme unique et forte, tout en conservant la possibilité pour chaque constructeur de développer sa propre voiture, même si certains éléments, comme la boîte de vitesses ou l'électronique, pourraient être mutualisés.

Si d'autres constructeurs souhaitent partager certains composants mécaniques, pourquoi pas ? Nous, nous tenons à ce que notre empreinte soit au cœur de la voiture. Pas 80% une Ferrari, 5% un autre constructeur ... »

La conservation de la transmission intégrale resterait également la préférence de Ferrari. « Il est logique, à nos yeux, que la transmission intégrale soit systématique, et non proposée en option.

C'est notre vision, d'autant que les voitures de série évoluent toutes dans cette direction. Mais, comme vous l'avez très bien expliqué, il faut parfois renoncer à certains aspects pour en gagner d'autres. Par ailleurs, il est important de noter que la transmission intégrale n'est pas nécessairement plus coûteuse qu'une transmission à deux roues motrices. »

Commentaires

Connectez-vous pour commenter l'article