Thomas Preining : « Ma mission en DTM n'est pas terminée »
Sacré champion DTM pour la deuxième fois de sa carrière à l'issue de la finale disputée à Hockenheim, Thomas Preining (Manthey Porsche) revient sur un week-end particulièrement intense. Déjà titré en 2023, le pilote officiel Porsche évoque les émotions de ce nouveau sacre, sa progression depuis son premier titre, mais aussi les félicitations reçues de Dr. Wolfgang Porsche et ses ambitions pour l'avenir.
Vous souhaitiez profiter davantage de ce deuxième titre DTM, en prenant le temps de savourer pleinement l'instant. Avez-vous réussi ?
Je n'oublierai jamais les scènes après la course, avec Maro Engel et Marco Wittmann. Entendre des dizaines de milliers de personnes vous acclamer est une expérience que très peu de gens ont la chance de vivre. Les médias donnent parfois l'impression que les relations entre Maro, Marco et moi sont plus tendues qu'elles ne le sont réellement. Nous ne partirions probablement pas tous ensemble en vacances, mais nous nous entendons bien et nous avons beaucoup de respect les uns pour les autres.
J'étais évidemment conscient qu'ils auraient tous les deux préféré se retrouver sur la plus haute marche du podium à cet instant. Cela renforce encore mon estime pour eux, notamment parce qu'ils ont fait preuve de beaucoup de sportivité en venant me féliciter. Je pense que ce genre de moment donne un bel exemple à la nouvelle génération de pilotes.
Comment est née cette idée d'échanger votre casque avec Marco Wittmann ?
Collectionner les casques est l'une de mes passions. C'est évidemment un peu plus coûteux que pour les footballeurs qui échangent leurs maillots ! Mais ce sont des souvenirs qui traversent le temps. Lorsque vous regardez votre collection plusieurs années après, chaque casque vous rappelle les bons comme les mauvais moments partagés avec vos adversaires.
Lorsque Marco Wittmann a remporté son premier titre DTM en 2014, je disputais encore des courses de karting. Devenir champion douze ans plus tard, avec Marco parmi mes principaux rivaux, puis échanger nos casques et savoir que j'ai gagné son respect, c'est quelque chose d'incroyable. Des pilotes comme Marco Wittmann et René Rast ont été de véritables modèles pour moi. Ils ont accompli exactement ce dont je rêvais à l'époque.
Quels messages de félicitations vous ont particulièrement touché ?
J'ai reçu des centaines de messages. Dr. Wolfgang Porsche m'a appelé immédiatement après mon titre, avant même la conférence de presse à Hockenheim. Pas parce que je lui dois une voiture, mais simplement pour me féliciter (rires) ! C'est un grand passionné de DTM et recevoir personnellement un appel de sa part est forcément particulier.
Nous sommes régulièrement en contact, y compris dans les moments difficiles. Après notre abandon aux 24 Heures du Nürburgring, par exemple, il avait trouvé des mots particulièrement réconfortants. J'ai également été très heureux de recevoir les messages d'anciens champions DTM comme Mattias Ekström, Timo Scheider et René Rast.
La course du samedi à Hockenheim a été particulièrement mouvementée. Vous êtes brièvement sorti de la piste après le départ et avez perdu de nombreuses positions. Que se passe-t-il dans votre tête dans ce genre de situation ?
À la base, notre stratégie consistait à éviter autant que possible les bagarres et à conserver suffisamment d'espace avec les autres voitures. Malgré cela, j'ai été impliqué dans plusieurs contacts dès les deux premiers tours.
D'un côté, je voulais prendre le moins de risques possible. De l'autre, je savais parfaitement que je devais terminer dans le groupe de tête et que je ne pouvais pas me permettre de rentrer à la treizième place. C'était une situation compliquée. À cela s'ajoute le fait que chacun souhaite terminer la saison sur une bonne performance lors de la finale. Tout le monde était donc un peu plus agressif que d'habitude.
Les interruptions au drapeau rouge m'ont permis de remettre les compteurs à zéro mentalement. Mais, fondamentalement, savoir gérer rapidement ce genre de situation et prendre les bonnes décisions sous pression fait partie de mon métier de pilote.
Après ces péripéties, dans quel état d'esprit avez-vous abordé la dernière course du dimanche ?
Le week-end dans son ensemble a été incroyablement intense. La course du samedi m'a une nouvelle fois rappelé qu'un simple moment d'inattention peut mettre fin à une course en une fraction de seconde.
Je me suis élancé de la septième place le dimanche. À cette position, énormément de choses peuvent se produire, sans que vous ayez réellement la possibilité d'agir dessus. On imagine une multitude de scénarios, on pense à tout ce qui pourrait mal tourner et aux endroits où le danger peut surgir. Mentalement, c'est beaucoup plus fatigant que lorsque vous pouvez simplement attaquer avec l'objectif de gagner. Je suis donc particulièrement heureux que nous ayons finalement réussi à atteindre notre objectif.
Comment le pilote Thomas Preining a-t-il évolué entre son premier titre en 2023 et ce deuxième sacre ?
Je pense être devenu un pilote plus complet. J'ai notamment beaucoup progressé sous la pluie et dans les conditions changeantes. Mon équipe et moi avons consacré énormément de temps au développement. J'ai également amélioré mes départs.
L'expérience joue évidemment un rôle important, notamment dans la gestion d'une lutte pour le titre et lorsqu'il faut prendre des décisions difficiles. La course du dimanche au Sachsenring en est un bon exemple. Dans ce genre de situation chaotique, il est essentiel de ne pas commettre d'erreur, d'éviter les pénalités tout en marquant le maximum de points possible. Vu de l'extérieur, cela paraît souvent plus simple que ça ne l'est réellement. C'est donc très satisfaisant de constater que tout le travail et la préparation ont porté leurs fruits.
Vous avez terminé dans le Top 5 du championnat lors de chacune de vos cinq saisons en DTM. Pourquoi cette discipline vous convient-elle aussi bien ?
Le format me correspond parfaitement. Je pense notamment être un bon pilote en qualifications. En DTM, une bonne position sur la grille constitue un avantage considérable dans des courses sprint. Il y a également beaucoup de bagarres rapprochées et de duels, des situations dans lesquelles je me sens particulièrement à l'aise. Les départs sont souvent mouvementés. Il faut bien se positionner et savoir évaluer précisément les risques que l'on peut prendre à chaque instant. C'est clairement devenu l'un de mes points forts.
La collaboration avec Manthey constitue un autre facteur important. Nous travaillons ensemble depuis quatre ans, nous progressons constamment et notre compréhension mutuelle ne cesse de s'améliorer. Aujourd'hui, nous nous connaissons tellement bien qu'un simple regard suffit parfois pour communiquer. Cela facilite énormément les choses.
Vous faites désormais partie des huit pilotes seulement à avoir remporté au moins deux titres DTM. Que représente cette statistique à vos yeux ?
C'est un privilège incroyable. Si quelqu'un m'avait annoncé il y a dix ans que je deviendrais ne serait-ce qu'une fois champion DTM, je pense que j'aurais éclaté de rire. À cette époque, ma carrière était presque terminée. Aujourd'hui, je suis double champion DTM ! Et je n'ai que 28 ans. Mon histoire en DTM n'est donc pas terminée. Remporter un troisième titre un jour serait évidemment fantastique. J'espère vraiment que Porsche, Manthey et moi-même réussirons à trouver une solution pour que je puisse poursuivre l'aventure en DTM à l'avenir.
L'ADAC a réorganisé son programme de formation des jeunes pilotes autour du dispositif « Road to DTM ». Quelle importance accordez-vous à l'accompagnement des jeunes talents en sport automobile ?
La formation des jeunes est extrêmement importante, et pas uniquement en sport automobile. Mais dans une discipline aussi coûteuse, c'est absolument essentiel. Arrive un moment où il devient souvent impossible de financer soi-même la prochaine étape de sa carrière. Malheureusement, nous perdons ainsi de nombreux pilotes talentueux.
J'ai moi-même failli connaître cette situation. Ma carrière a été relancée grâce au soutien de la famille Lechner et au programme Porsche Junior. C'est pourquoi je trouve que le dispositif « Road to DTM » est une excellente initiative. Il va permettre à l'ADAC de renforcer encore son engagement dans la détection et l'accompagnement des jeunes talents.
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