CRT, bien plus qu’une affaire de famille
Le passage du rallye au circuit n'était pas forcément écrit. Pour Olivier Cartelle, qui dirige CRT en GT4 European Series avec une Toyota, il est avant tout devenu une nécessité lorsqu'il a fallu réfléchir à l'avenir de son fils Lucas qui faisait équipe avec l'Américain Hudson Schwartz en Silver Cup.
« Le rallye est devenu un milieu assez fermé, explique Olivier Cartelle. Pour les jeunes pilotes, il n'y a finalement pas énormément de débouchés. À cela s'ajoute une réalité économique difficile à contourner : « Quand on regarde la Rally2, il faut des budgets très importants et, derrière, on n'a pas forcément les perspectives qui vont avec. »
Lucas, passionné de sport automobile sous toutes ses formes, a donc progressivement pris la direction du circuit. Une première expérience en Clio Cup, au sein d'une structure de référence telle que celle de Nicolas Milan, lui a permis de découvrir la course en peloton avant d'envisager la suite. « Il fallait déjà qu'il apprenne le circuit, qu'il apprenne à courir avec d'autres voitures autour de lui, poursuit le papa de Lucas. Ensuite, l'idée était clairement de l'orienter vers le GT avec un objectif : en faire un pilote professionnel. »
Pour Olivier Cartelle, cette évolution vers le circuit n'était toutefois pas une découverte : « J'avais déjà travaillé dans le circuit. J'ai notamment connu Comtoyou Racing avec la Fun Cup et le TCR. Donc je connaissais quand même cet environnement. »
Une année chez Chazel avant de créer CRT
Avant de se lancer avec sa propre structure, la famille Cartelle a choisi de prendre le temps d'observer. Lucas dispute ainsi une première saison en GT4 chez Chazel en 2025 au volant d'une BMW M4 GT4. « Cette première année nous a permis d'apprendre, retient Olivier Cartelle. Il y a eu des moments difficiles, mais c'est aussi comme ça qu'un pilote se construit. »
Pendant que Lucas accumule les kilomètres, son père observe attentivement le fonctionnement des équipes engagées dans le championnat : « J'ai regardé le paddock GT4 pendant toute la saison. Et au fur et à mesure, je me suis rendu compte que ce n'était finalement pas quelque chose d'inaccessible pour nous. »
Le déclic arrive alors : pourquoi ne pas gérer directement le programme ? « Je me suis dit que la gestion d'un programme GT4 était à notre portée, explique-t-il. On avait les compétences, on avait l'atelier, on avait déjà une certaine expérience du sport automobile. Il fallait simplement adapter notre organisation au circuit. »
La constitution de l'équipage s'effectue ensuite à vitesse grand V. « Fin décembre, j'ai appelé Tom Claes (qui manage des pilotes, ndlr) pour lui proposer de faire un équipage Silver. On en a parlé et, trente minutes plus tard, c'était quasiment fait. »
Toyota, un choix presque naturel
Le choix de la Toyota GR GT4 s'inscrit dans la logique du projet : « On voulait partir avec Toyota et c'est aussi très intéressant pour nous parce que les voitures sont construites chez WRT. » Un avantage géographique loin d'être anecdotique puisque les deux structures sont implantées à proximité.
« WRT est juste à côté de notre atelier. Pour nous, c'est évidemment beaucoup plus simple. On a une proximité qui facilite énormément les choses, notamment lorsqu'il faut gérer les pièces ou avoir des échanges techniques. »
La collaboration avec Toyota constitue également un élément déterminant dans la première année de CRT : « Toyota nous apporte beaucoup de soutien. Il y a l'assistance, les pièces, le suivi sur les circuits… Pour une équipe qui démarre, c'est quelque chose de très important. »
Le constructeur japonais a même joué un rôle dans l'élargissement du programme. « C'est Toyota qui nous a demandé de faire le championnat allemand en parallèle avec le même duo. Ce n'était pas forcément quelque chose que nous avions prévu au départ, mais cela nous permet aussi de continuer à apprendre. » Le tandem a remporté une course à Oschersleben avant de terminer dans le top 5 du championnat.
Une « structure commando »
CRT n'entend cependant pas reproduire le fonctionnement de structures beaucoup plus importantes. Olivier Cartelle revendique au contraire une organisation légère : « Sur le circuit, nous sommes six ou sept pour faire fonctionner la voiture. C'est vraiment une petite structure commando. »
Une philosophie qui permet aussi de conserver une certaine réactivité : « Je préfère avoir une équipe réduite, avec des gens qui savent exactement ce qu'ils ont à faire, plutôt que d'avoir beaucoup de monde et de multiplier les niveaux de décision. »
La transition a néanmoins demandé des changements, comme le précise Olivier Cartelle : « Les compétences du rallye et celles du circuit ne sont pas exactement les mêmes. On a gardé des personnes dans l'atelier qui viennent du rallye, mais pour le circuit, il a fallu renouveler une partie de l'équipe technique. » Cette organisation doit désormais accompagner la prochaine étape du projet.
Deux voitures avant le GT3
CRT vise en effet deux voitures pour la saison prochaine : « L'idée est de passer à deux voitures. Cela permet évidemment de mieux amortir certains coûts, mais aussi d'être davantage présents. »
Le programme doit s'articuler autour de la GT4 European Series et de l'ADAC GT4 Germany : « On veut continuer à faire ces deux championnats et construire quelque chose de solide avant de passer à l'étape suivante. »
Car le véritable objectif est clairement identifié : « Le GT3 est la finalité du projet. »
Pas question pour autant de brûler les étapes. « On doit d'abord apprendre, tient à rappeler le patron d'équipe. On peut passer par le GT Open, l'ADAC GT Masters, les séries hivernales. Il y a différentes possibilités pour progresser et acquérir de l'expérience. »
La future Toyota GT3 constitue naturellement une perspective particulièrement intéressante : « Si la Toyota GT3 arrive comme prévu pour les clients, ce sera évidemment quelque chose que nous regarderons très attentivement. »
Mais Olivier Cartelle ne veut pas enfermer CRT dans une seule hypothèse : « Si la Toyota n'est pas disponible au moment où nous voulons passer en GT3, on regardera aussi d'autres possibilités. Mercedes, par exemple, peut être une solution pendant cette période de transition. »
« Je ne veux pas que CRT soit le team du fils à papa »
Derrière cette stratégie, il y a également une volonté très claire : CRT doit exister indépendamment de Lucas. « Je ne veux pas que CRT soit le team du fils à papa, martèle le père de Lucas. Ce n'est absolument pas le projet. »
Olivier Cartelle veut au contraire que son fils puisse un jour voler de ses propres ailes. « Si demain Lucas a l'opportunité d'aller chez un constructeur ou dans une autre équipe, il faut qu'il puisse la saisir, explique-t-il. Je ne vais pas lui dire qu'il doit rester chez CRT. L'équipe doit continuer à grandir même si Lucas n'est plus là. C'est justement ça qui nous permettra de dire que nous avons construit une vraie équipe. »
Faire de CRT une passerelle vers le GT3
Olivier Cartelle souhaite en effet s'appuyer sur son activité de management pour créer une véritable filière : « L'idée est aussi d'accompagner des jeunes pilotes. On veut essayer de leur donner une trajectoire, de les faire passer du GT4 au GT3. »
La catégorie GT4 possède selon lui un argument économique particulièrement fort face à la monoplace. Une différence qui change considérablement la donne pour les familles et les jeunes pilotes. « Pour quelqu'un qui veut devenir professionnel, le GT devient une vraie alternative, souligne-t-il. Et les constructeurs l'ont bien compris. On voit de plus en plus de grosses structures GT3 utiliser le GT4 pour former leurs jeunes pilotes. C'est logique : ils peuvent apprendre le métier dans un environnement qui se rapproche déjà beaucoup du GT3. »
CRT doit construire sa propre identité. Et c'est finalement ce qui résume le mieux le projet d'Olivier Cartelle. Parti du rallye avec la volonté de donner à son fils une autre perspective, il veut désormais bâtir une structure capable d'exister par elle-même.
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