Présent et avenir de Phantom Global Racing avec Martin Young
Engagée cette saison sur plusieurs fronts en Asie avec le China GT Championship, le GT World Challenge Asia et la Porsche Carrera Cup Asia, Phantom Global Racing connaît des fortunes diverses en GT3. Si le premier championnat s’est révélé plus compliqué, le second offre de bien meilleurs résultats avec quatre victoires en huit opportunités. Entre bilan sportif, choix de Porsche, évolution du marché chinois, maîtrise des coûts et ambition de participer un jour aux 24 Heures du Mans, Martin Young, patron de la structure et ancien de chez Absolute Racing, fait le point.
Quel premier bilan tirez-vous de votre saison ?
Le GT China est pour Phantom Global Racing un peu plus difficile cette année, surtout si on le compare à l’autre championnat. Nous sommes engagés avec deux GT3 à la saison. Avant la finale de Sepang, l'équipe occupe la 5e place du championnat.
En revanche, le GT World Challenge Asia se passe vraiment très bien. Pour l'instant, nous avons remporté quatre courses sur huit opportunités, trois avec la Porsche, une avec l'Audi. Nous sommes très satisfaits de cette saison même si tout n'est pas terminé pour le championnat.
Le China GT est encore en plein développement ?
Le GT China a été un peu plus compliqué pour nous. Ils font beaucoup d'efforts pour conserver une grille importante et permettre à tout le monde de participer, mais cela ne garantit pas forcément la performance pure ni le soutien dont les équipes peuvent avoir besoin.
Je pense que la voiture la plus rapide n'est pas toujours celle qui va gagner, notamment en raison du temps de conduite des pilotes, des handicaps ou encore des différentes pénalités. Je reste convaincu que les pilotes les plus rapides devraient être dans les voitures les plus rapides. Or, avec les pénalités de temps destinées à rééquilibrer les performances, ce n'est pas toujours le plus rapide qui gagne.
La BOP est également difficile à régler correctement. Il existe un tel écart entre les niveaux des pilotes : certaines marques disposent de pilotes professionnels et semi-professionnels, tandis que d'autres n'ont pas de pilote professionnel. Comparer les performances devient donc très compliqué.
On peut rendre les voitures équivalentes, mais s'il y a une seconde d'écart entre deux pilotes, la BOP ne peut évidemment pas compenser cela. Cela étant dit, ils font globalement du bon travail. L'accueil est très bon, l'ambiance est conviviale, tout fonctionne bien et la grille est pleine. Les tribunes le sont également. Le GT est donc une très bonne plateforme sur laquelle travailler. Ils disposent désormais d'une bonne base qu'ils peuvent encore développer et rendre plus professionnelle pour les équipes. Nous allons donc voir comment nos performances vont évoluer et quelle direction nous prendrons à l'avenir.
Vous aviez également un partenariat avec Team75 Bernhard. Est-ce désormais terminé ?
Oui. Team75 Bernhard nous a énormément aidés au début. Lorsque nous avons commencé à mettre le projet en place, cela nous a permis d'établir des contacts avec Porsche et avec différents partenaires. Puis, au fur et à mesure que nous avons grandi et commencé à participer à davantage de championnats, les choses ont naturellement évolué. Nous sommes devenus progressivement notre propre structure.
Pourquoi avoir choisi Porsche en plus d'Audi ?
Nous sommes toujours restés en très bons termes avec Audi. Mais le principal avantage de Porsche a été son service destiné aux clients compétition.
Vous bénéficiez également d'un important soutien de Porsche Motorsport Asia Pacific.
Oui, ils sont vraiment formidables et nous apportent énormément de soutien. Ils nous aident aussi bien au niveau des pilotes que des voitures. Si nous décidons de participer aux 12H de Bathurst ou à d'autres épreuves de ce type, nous pouvons compter sur leur soutien. Nous n'étions pas au départ cette année, mais cela fait partie d'une stratégie globale. Nous avons une voiture, nous pouvons en engager deux et nous bénéficions évidemment de leur accompagnement.
Phantom Global Racing sera à Macao cette année ?
Oui, l'engagement est prévu avec deux voitures.
Quel sera le programme de l'équipe en 2027 ?
Nous allons refaire le GT World Challenge Asia, la Porsche Carrera Cup Asia et le GT China. Nous aimerions également revenir sur certaines épreuves, si nous le pouvons. En revanche, nous ne ferons probablement pas les manches européennes, car nous serons vraisemblablement aux 1000 km de Suzuka.
Donc pas de 24 Heures de Spa ?
Non, ce n'est pas au programme. Pour une équipe asiatique, ce n'est pas une course facile à mettre en place.
Pour une seule course, le coût est trop important ?
Oui. Pour un événement unique, c'est très compliqué. Il faut transporter tout le matériel et mettre en place toute la logistique pour une seule course. Lorsque vous pouvez amortir ces investissements sur l'ensemble d'une saison, c'est évidemment beaucoup plus facile à gérer. Mais tout rassembler pour un seul week-end devient très difficile.
Et à plus long terme, quelles sont vos ambitions ? Le projet est-il toujours de participer aux 24 Heures du Mans ?
Nous voulons toujours aller aux 24 Heures du Mans. Cela a toujours été notre objectif et nous voulons toujours essayer de gagner. Mais parvenir à se mettre dans cette position n'est pas si simple. Nous devions participer à l'Asian Le Mans Series l'année dernière. Malheureusement, un problème financier est survenu du côté des pilotes et nous avons dû abandonner le projet.
Cela nous est arrivé à deux reprises avec deux pilotes différents, ce qui est assez inhabituel. D'autant que ces deux pilotes étaient parfaitement capables de gagner. Ils avaient donc largement le niveau pour gagner également en Asian Le Mans Series. Nous espérons pouvoir résoudre ce problème à l'avenir. Mais pour l'instant, c'est tout simplement trop cher. Très peu de clients disposent d'un budget permettant de dépenser plusieurs millions d'euros. Cela limite forcément le nombre de personnes capables de mener ce type de programme à son terme.
On retrouve d'ailleurs le même problème en Porsche Carrera Cup Asia, qui devient de plus en plus onéreuse. Il faut essayer de plafonner les coûts. Dans le cas contraire, les championnats vont finir par perdre les jeunes pilotes professionnels et les espoirs. Ces pilotes ne peuvent pas suivre financièrement sans sponsor ou sans soutien extérieur.
Le marché chinois ressemble-t-il au marché européen ?
Oui, c'est justement l'un des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Il y a quelques années, la Chine était au sommet. Tout fonctionnait très bien et le marché était en plein développement. Mais, au cours des dernières années, et plus particulièrement des derniers mois, la situation a commencé à se dégrader.
On voit les ventes de voitures diminuer. Dans le même temps, le secteur des jeunes pilotes continue de se développer et le marché chinois des véhicules électriques est probablement en train de devenir extrêmement puissant. Mais les ventes des marques occidentales sont toutes en baisse. Des constructeurs comme Volkswagen connaissent aujourd'hui des difficultés importantes.
Et le problème ne concerne pas uniquement notre activité. C'est un phénomène général. Il y a quelques années, le secteur des loisirs permettait de faire beaucoup de choses sans trop se poser de questions. Aujourd'hui, les gens regardent davantage les dépenses et se disent : « C'est peut-être un peu cher, réduisons ce budget. »
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