Vécu : Le sport auto en Chine près de dix ans plus tard...
Dans le passé, venir en Chine n’avait rien d’un exercice facile. Il fallait un visa et remplir différentes formalités administratives. Depuis la réouverture post-Covid, les choses ont évolué, et plutôt dans le bon sens. Je suis venu en Chine à plusieurs reprises, aussi bien pour le WEC que pour l’Asian Le Mans Series. Je n’en gardais pas un mauvais souvenir mais, disons-le, contrairement à d’autres pays, la Chine n’était pas forcément celui où j’aspirais à revenir.
Pourtant, cela faisait un bon moment qu’Alex Gibot, qui dirige Porsche Motorsport Asia Pacific, me taquinait pour que je revienne dans le pays. J’avais toujours répondu « oui, oui », mais le temps a passé et cela ne s’était jamais fait. Le vent a finalement tourné aux 24 Heures de Spa, où Alex était présent pour suivre notamment les pilotes chinois de High Class Racing et Enzo Trulli, soutenu par la branche Asie-Pacifique de Porsche. Il aurait été dommage de ne pas profiter du China GT à Shanghai, puis des 1000 km de Suzuka la semaine suivante.
Deux semaines après notre escapade sur deux roues en Andorre, Pierre et moi nous retrouvons donc dans une nouvelle aventure, cette fois à l'autre bout du monde.
Terminé le visa pour aller en Chine. Il suffit désormais de remplir un document sur Internet afin de gagner du temps à l’immigration. Encore faut-il que le Parafe fonctionne à Roissy-CDG. Un seul guichet vert, tous les autres tankés en rouge…
Je ne vais pas vous détailler le bordel ambiant à la sécurité des bagages, avec la fille qui oublie son sac dans le panier et qui met trois heures à se bouger le derrière pour le récupérer, alors que les démineurs étaient à quelques minutes d’intervenir. Mais comment peux-tu oublier ton sac dans le bac ? Bref…
Une fois n’est pas coutume, « full credit » à Air France pour son Wi-Fi gratuit durant tout le vol grâce à Starlink. Voilà qui change quand même pas mal la perception d’un long-courrier.
Pour celles et ceux qui connaissent l’aéroport de Shanghai-Pudong, l’endroit est à l’image du pays : très grand. Il suffit d’une prise d’empreintes à l’immigration, d’une reconnaissance faciale, d’un tampon sur le passeport et direction les bagages. Rien à redire sur la simplicité et la rapidité. Le pays a la reconnaissance faciale facile.
Vendredi soir, 78 kilomètres pour rejoindre l’hôtel à Jiading. Deux heures de route. La Chine possède notamment un avantage assez amusant avec ses GPS : on sait combien de temps les feux tricolores vont rester au vert ou au rouge.
Tu as beau suivre l’actualité automobile, tu découvres ici un tas de marques totalement inconnues en Europe. Et puis il y a cet Audi Concept E, réservé au marché chinois et dépourvu des quatre anneaux. Original et, ma foi, plutôt agréable à regarder.
J’avais le souvenir de Jiading comme d’un endroit pas très propre et d’un véritable bordel sur la route. Les choses ont clairement évolué dans le bon sens depuis ma dernière visite. Tout est propre, carré, sans véritable bordel. Et cela ne concerne pas seulement une rue ou un quartier : toutes les rues empruntées donnent la même impression. Exit également la pollution matinale dont je gardais le souvenir. Avant, tu avais toujours l'impression d'avoir la gorge irritée.
En discutant avec les Européens installés sur place, comme Alex Gibot ou Fabien Fior, qui dirige Absolute Racing, on comprend que la pandémie a profondément transformé les lieux. Les autorités comme les acteurs locaux ont profité de cette période pour réfléchir aux choses à améliorer.
On peut dire la même chose de Shanghai. Tout est calme, sans klaxon, malgré une circulation particulièrement dense. Le seul véritable point noir reste la circulation des scooters électriques, qui n’en font qu’à leur tête. Beaucoup de vélos mais pas de Winspace T1600 Ultegra Di2 jaune Tour de France à ramener en France.
Une fois le pass en poche, direction le paddock. Là aussi, simplicité maximale : un simple portique à franchir, qui reconnaît votre visage. Pas besoin de montrer quoi que ce soit. OK, on peut toujours se plaindre que l’on est fliqué et surveillé. Mais quand tu as une carte bancaire, un iPhone et des réseaux sociaux, tu es de toute façon fliqué. Alors on va arrêter de jouer les vierges effarouchées.
Là, au moins, pas de bordel et pas de gruge. Impossible de prêter ton pass à quelqu’un pour lui permettre d’entrer. D'un autre côté, c'est ballot car cela fait des amendes en moins. Chaque arrière de stand dispose de son vigile. Si tu as le bon pass, personne ne te dit rien et tu peux entrer dans tous les stands. Exception faite, évidemment, de celui de la star Wang Yibo, l'acteur-chanteur à près de 4 millions de followers sur Instagram dans un pays qui n'a pas Instagram ouvrant simplement son téléphone.
La seule véritable difficulté consiste finalement à se faire comprendre par certains pilotes locaux, qui ne parlent pas tous la langue de Shakespeare. Google Traduction devient alors ton meilleur ami. D’autant plus que, désormais, avec une offre Orange permettant de disposer de 200 Go de données, la carte SIM française permet d’accéder aux réseaux sociaux et services habituels. Ce qui n’est pas forcément le cas en Wi-Fi.
Il est encore tôt ce samedi matin, mais la tribune de plus de 20 000 personnes est déjà quasiment pleine. Lorsque nous venions il y a une dizaine d’années, la rumeur voulait que certaines personnes soient payées pour venir assister aux courses. Là, clairement, ce n’est pas le cas. Une grande partie du public est habillée en vert pour suivre Wang Yibo, la star locale qui roule sur une Mercedes-AMG GT3. Le public met une ambiance que l’on ne retrouve finalement nulle part ailleurs. En revanche, le pilote en question n’est pas franchement chaleureux avec ses fans. Pas un sourire, pas un geste, rien, que dalle. Ce n'est pas complètement vrai car dimanche après-midi, il a esquissé un geste de la main lorsqu'il était ramené en scooter après avoir planté sa Benz dans les graviers.
Il a pourtant remporté sa classe en course 1. La fan zone est, elle aussi, entièrement verte. Difficile de passer à côté du phénomène.
Si vous suivez tant soit peu les courses asiatiques, vous devez savoir qu’ici les livrées sont bien plus colorées que le noir et le rouge que l’on retrouve régulièrement en Europe. La course 1 du China GT a fait parler dans le monde entier, c’est le moins que l’on puisse dire. Sans l’intervention express de Loek Hartog, le final aurait pu être bien plus dramatique. Tout le monde a donné son avis sur le sujet. Est-ce qu’il y a la possibilité d’améliorer la sécurité ? Oui. Est-ce que certains ont abusé dans leurs déclarations ? Oui. Est-ce que des choses ont été cachées compte tenu du pays ? Non.
Les équipes ont également bien changé depuis une décennie. Le personnel européen est désormais quasiment inexistant. Tout s’est professionnalisé et, là aussi, le Covid a accéléré les choses. Les équipes locales ont été contraintes de se débrouiller par elles-mêmes. Elles ont appris, structuré leurs organisations et gagné en autonomie. Le résultat est visible. Ici, on ne s'embête pas à faire rouler une seule marque. Une même équipe peut aligner une Porsche, une Audi et une Mercedes par exemple.
Des constructeurs chinois vont arriver sous peu en GT. Cela ne fait aucun doute. Des projets sont dans les cartons et il est encore un peu tôt pour officialiser quoi que ce soit. Mais le mouvement est là. Il faut d’ailleurs se souvenir d’une chose importante : le sport automobile a débuté en Chine en… 1996.
Une petite anecdote hors sport auto pour terminer. Dimanche soir, Pierre et moi sommes à Shanghai. On se dit qu'aller boire une petite Tsingtao dans un bar peut être sympa. On trouve un immense Mall équipé d'un rooftop. Un lieu plutôt musical. Les deux bières arrivent et pas moyen de payer par carte bancaire. La Chine est forte pour son système de paiement sans carte, via WeChat ou Alipay par téléphone. Avant-gardiste ? Oui et non. Le gars a accepté un billet de 10 euros pour les deux Tsingtao.
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