En 20 ans, le monde a changé. Pour preuve, ce billet est écrit depuis les airs, entre Paris et Milan. Quelque chose d’inconcevable en 2006. Souvenez-vous : il fallait encore utiliser un câble RJ45 pour envoyer ses articles en bas débit. En parlant de Milan, il m’est arrivé, au printemps 2006, de rouler au pas dans les rues de la ville italienne afin de capter du wifi pour publier des articles durant le meeting FIA GT. Une époque désormais bien révolue.
Le 29 mai 2006, Endurance-Info voyait le jour. Vingt ans plus tard, le média existe toujours et s’est même considérablement développé. Lancé quelques semaines avant les 24 Heures du Mans 2006, nous serons encore trois membres de l’équipe rédactionnelle d’origine présents au Mans cette année : Anthony Megevand, Laurent Chauveau et moi-même. Julie Sueur sera là par la pensée, tandis que Claude Foubert nous regardera de là-haut. À l’époque, rien ne nous prédestinait à durer aussi longtemps, chacun ayant alors une activité professionnelle à côté.
Que retenir de cette longue période ? Une certaine insouciance, sans doute, car il n’y avait aucune obligation. C’était avant tout une bande de passionnés réunis autour d’un même amour du sport automobile. Vingt ans plus tard, l’esprit reste exactement le même avec Pierre et Thibault — auquel j'ajoute volontairement un “L” juste pour l’emmerder. Cela peut paraître surprenant, mais depuis 2006, toutes les personnes ayant signé des articles pour Endurance-Info l’ont toujours fait selon leurs envies. Bien sûr, certains rendez-vous sont incontournables, mais chacun reste libre de fonctionner comme il l’entend.
Pour être totalement transparent, la seule vraie difficulté rencontrée depuis 2006 concernait… le choix du nom du média. Désolé Laurent C., mais même vingt ans plus tard, tes propositions restent toujours aussi pourries 😜. On a failli avoir « Ambiance Nuit », « Côté Piste », sans oublier d’autres idées totalement saugrenues qu’il valait mieux oublier rapidement. Aucun de nous n’imaginait alors aller aussi loin. Pour ma part, débuter l’aventure avec Antho, Claude et Laurent était un véritable gage de sérieux quand on connaît la rigueur des lascars. Julie, elle, était initialement préposée aux photos, mais avec l’arrivée de la catégorie GT3, elle a rapidement voulu se consacrer aux articles de la catégorie. Il faut dire qu’elles étaient sympas ces petites GT3 en 2006. Juju a vite compris que tout cela allait prendre de l’ampleur et a dû abandonner l’idée au bout... d’une semaine afin de se concentrer sur les images.
En vingt ans, les satisfactions ont été nombreuses. Au départ, nous n’étions pas connus et les réseaux sociaux n’existaient pas encore. Romain Dumas, Xavier Pompidou, Olivier Pla, Simon Pagenaud, Manu Collard, Fred Mako et Guillaume Moreau ont pourtant rapidement accepté de devenir chroniqueurs réguliers sur Endurance-Info. Leur présence a apporté une véritable reconnaissance à notre travail. Au fil des saisons, nous avons noué des relations avec de nombreux acteurs du paddock. Certains sont même devenus des amis bien au-delà des circuits.
À titre personnel, Endurance-Info m’a permis de voyager aux quatre coins du monde. Mon premier vol — Poitiers/Stansted — remonte à quelques semaines avant le lancement du site, à l’occasion du FIA GT de Silverstone qui marquait aussi les débuts du GT3. Pour être honnête, jamais je n’aurais imaginé vivre autant d’expériences dans une quarantaine de pays. Certains souvenirs resteront gravés à jamais dans ma mémoire, et il est impossible d’en choisir un seul.
Je repense notamment à ce déplacement en Argentine, à San Luis, pour le titre World GT1 d’Hexis Racing, ou encore à cette interview de Philippe Dumas réalisée assis sur une chaise de camping, sur les marches du palais présidentiel de Bakou, en pleine nuit. Je n’oublie pas non plus la traversée de la Californie, il y a tout juste dix ans, avec Thibaut (sans “L” cette fois) entre les meetings WEC de Mexico et Austin. La découverte de la Floride à l’occasion de Daytona et Sebring, avec un passage par Miami, reste également un moment fort pour l’adolescent que j’étais dans les années 80, faisant ses devoirs dans la cuisine familiale en regardant Miami Vice. Ce qui paraissait impossible est devenu possible grâce à Endurance-Info. Pouvoir joindre l’agréable à l’utile reste une chance incroyable.
Je repense aussi à l’un des moments les plus marquants de cette aventure : mon premier déplacement au Japon en 2013 pour suivre Fred Mako en Super GT, avec des anecdotes à n’en plus finir. Le dimanche soir, lui et Naoki Yamamoto remportaient les 1000 km de Suzuka, l’épreuve la plus prestigieuse du championnat. Fred est indissociable des vingt ans d’Endurance-Info, et une belle surprise est d’ailleurs prévue au Mans.
Ces vingt années ont été rythmées par les rencontres, les interviews et les décalages horaires. Il y a encore quelques années, je passais près de 300 jours par an loin de mon domicile qui me servait juste de bureau. Une vie faite de choix et de concessions, mais surtout une vie professionnelle vécue comme une passion. Est-ce un travail ou une passion ? Clairement les deux, car sans passion, ce métier n’existe pas. Vingt ans plus tard, cette passion est-elle toujours présente ? Oui, même si elle a évolué. Était-ce mieux avant ? Disons simplement que c’était différent.
En vingt ans, le sport automobile a lui aussi évolué. Il se consomme autrement, mais reste incroyablement populaire à travers le monde. Ce n’est pas un hasard si les spectateurs sont toujours plus nombreux d’année en année. Comme beaucoup d’autres disciplines, l’Endurance est devenue un véritable spectacle à part entière.
On pourrait écrire un livre entier sur ces deux décennies tant les anecdotes sont nombreuses — certaines racontables, d’autres pas encore. Rien qu’ici, à Monza, il y aurait matière à écrire des pages. En 2003, le FIA GT y clôturait sa saison et j’avais décidé de faire le déplacement en voiture. À l’époque, je ne connaissais personne dans le paddock, à l’exception de quelques membres de Freisinger Motorsport — Canard, Erik et Jean-Louis — croisés plus tôt dans l’année à Magny-Cours puis à Spa. J’étais simplement un passionné venu profiter de la finale.
Cette année-là, Stéphane Ortelli remporte le titre N-GT avec Marc Lieb. C’est assez amusant car je repensais justement à ce week-end d’octobre 2003 hier soir en quittant le paddock. Vingt-trois ans plus tard, toujours à Monza, me voilà comme souvent en pleine discussion avec Stéphane Ortelli dans ce même paddock. Au risque de passer pour un vieux con, lui est toujours là… et moi aussi. Certes, nos conversations tournent désormais autant autour du vélo que du sport automobile, mais le plaisir d’échanger avec Steph reste intact.
Les choses ont ensuite évolué avec un média gagnant en ampleur et en reconnaissance. L’arrivée des commentaires des courses SRO a constitué un nouveau cap, et il faut rendre à Laurent Gaudin, manager général du GT World, tout le crédit pour cette idée complètement folle qui perdure encore aujourd’hui, tout comme le stand Endurance-Info aux 24 Heures de Spa. Avec Thomas Bastin, nous formons un duo à la Chevallier et Laspalès : pas de prise de tête, des informations sérieuses sans jamais se prendre au sérieux. Commenter n’est pas mon métier ; moi, j’apporte surtout les bouteilles d’eau sans porter la moindre chemise.
En vingt ans, peu de personnes m’ont réellement impressionné en interview. De mémoire, j’en compte trois, mais ce serait trop long à raconter ici. Je ne peux pas non plus passer sous silence certains moments difficiles, comme le décès de mon père en 2019, lui qui m’a toujours soutenu dans l'idée de vivre de sa passion. Un an plus tard, Claude nous quittait brutalement, puis plus récemment Pascal Saivet.
Tout aurait pu s'arrêter en 2012 quand Laurent C et Antho ont mis un terme à l'aventure pour faire autre chose, Laurent pour se poser, Antho pour relever de nouveaux challenges toujours en sport auto. Antho est une machine à qui Endurance-Info doit énormément. Il a donc fallu trouver de nouveaux partenaires ou tout arrêter. Là aussi, des partenaires fidèles ont cru dans l'aventure et ils sont toujours là.
Ce qui n’a jamais changé en vingt ans, c’est cette volonté d’informer du mieux possible. Si vous voyiez le travail réalisé en coulisses pour valider certaines informations… Sincèrement, je ne pense pas qu’Endurance-Info puisse être qualifié de site “putaclic”, tant nous sommes loin de publier tout ce que nous savons. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il arrive qu’un timing ne soit pas le bon pour diffuser une information. Bien sûr, certaines publications ne plaisent pas toujours — non pas parce qu’elles sont fausses, mais parce qu’elles devancent parfois la communication officielle. Pourtant, c’est aussi le rôle d’un journaliste de publier une information lorsqu’elle est vérifiée. S’il fallait simplement relayer des communiqués de presse, l’aventure n’aurait probablement jamais duré vingt ans et tant pis pour ceux qui n'ont pas compris.
Des regrets ? Oui il y en a mais la vie est trop courte pour parler des regrets. Merci à toutes et tous de lire Endurance-Info car sans vous, le média n'existe pas. The show must go on !
Commentaires (5)
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Skyd
29 mai. 2026 • 12:42
Je veux vous lire encore si longtemps que ceux sont mes yeux qui crieront grâce !
Greg78
29 mai. 2026 • 14:08
Merci à celles et ceux (vous, vos partenaires, les membres et pilotes des teams) qui font que cette aventure a été possible et qu'elle continue.
Merci de garder votre ligne directrice et de ne pas publier juste pour publier (timing de l'info, etc etc).
Merci de nous régaler.
Et merci d'avance pour la suite.
LittleBen
29 mai. 2026 • 14:31
Quelle belle aventure!
Je me souviens aussi de la course de GT Open à Spa lors de laquelle la Ferrari F430 GTC (victorieuse) de Marcel Fässler et Henri Moser était ornée de stickers « Endurance Info ». Je me souviens m’être dit « là, ça devient sérieux! » 😊
LedZeppelin
29 mai. 2026 • 15:26
20 ans j'ai quand même du mal à réaliser, le temps file à une vitesse incroyable.
Surgères
29 mai. 2026 • 16:19