24H Spa

Quel était le discours tenu sur les GT3 aux 24H de Spa 2011 ?

GT World Challenge Europe
9 aoû. 2022 • 12:00
par
lmercier
En 2011, on ne savait pas trop quel crédit apporter aux GT3 qui devenaient les reines des 24H de Spa. Onze ans plus tard, le discours n'est plus le même. Retour sur une analyse parue sur Endurance-Info en août 2011. A cette époque, on parlait de GT3 à 350 000 euros.
Photo : SRO

Article publié sur Endurance-Info le 9 août 2011 :

 

Pour la première fois cette année, les 24 Heures de Spa étaient le terrain de jeu des GT3, avec quelques GT4 en renfort. Suite à notre analyse de la course nous avons reçu plusieurs messages nous demandant où nous avions vu une course folle. Il faut déjà bien comprendre que les 13.854 secondes vues à l'arrivée des 24 Heures du Mans ne se verront pas sur chaque double tour d'horloge. Certes, la classique spadoise a été moins intense que celle du Mans, mais quand même...

 

On ne peut pas vraiment dire que l'on s'est ennuyé. Les pilotes avaient donné le ton en qualification avec une séance un peu...folle. On peut se demander quelle mouche les avaient piqués pour nous gratifier de tels chronos sur une piste pas encore totalement sèche. Tout s'est fort heureusement bien passé avec aucune sortie de route à déplorer.

Photo : SRO

Voilà maintenant que certaines mauvaises langues râlent quant à la présence de ces GT3 dans l'une des courses GT les plus prisées au monde. Les mots ne manquent pas : ce ne sont pas de vraies autos de course, elles ne sont pas fiables, aucun intérêt, etc... Il faut tout de même se rappeler que cette course faisait partie d'un championnat, en l'occurrence la Blancpain Endurance Series. En piste les déchets ont été nombreux mais pouvait-il en être autrement avec autant de pilotes et d'autos de pointe. En allant discuter dans les stands, les teams managers se demandaient bien à quel moment allait s'arrêter ce sprint pour redevenir une vraie course d'endurance avec stratégie et tout ce qui va avec. Les pilotes en décidaient autrement et le sprint s'est poursuivi.

 

Question fiabilité, on peut faire la comparaison avec les LMP2 et des prototypes qui n'avaient pas la réputation d'être fiables lors de leurs débuts. Prenons l'exemple de 2005 avec 13 LMP2 au départ des 24 Heures du Mans et seulement 4 à l'arrivée, placées derrière les GT2. On voit ce qu'il en est maintenant des LMP2. Il y a fort à parier qu'il en sera de même avec les GT3 à moyen terme. Les constructeurs prennent de plus en plus de place dans les programmes des différentes autos. On le voit avec Mercedes, Audi, BMW, McLaren et on va s'en rendre compte sous peu avec Nissan et sa GT-R. Il est bien loin le temps du kit d'adaptation sur une auto déjà existante. Comme nous l'avons déjà mentionné dans ces colonnes les GT3 sont l'avenir du GT. Pour s'en convaincre des émissaires du Grand-Am étaient sur place pour accueillir éventuellement ces GT dans le championnat américain à court terme. On prend rendez-vous en 2012 pour voir compter les autos à l'arrivée des 24 Heures de Spa.

Photo : SRO

Attention toutefois à ne pas dissuader les éventuels acheteurs de GT3 avec des prix qui commencent à grimper en flèche. Mettre 350 000 euros dans une auto, et donc 700 000 dans deux n'est pas donné à tout le monde. Les constructeurs arrivent, les développements s'intensifient et les prix flambent. Pourtant les ventes ne manquent pas, les carnets de commande étant pleins chez Mercedes ou McLaren.

 

Il subsiste toutefois le problème du cahier des charges qui repose sur pas grand-chose. La seule recommandation est la Balance de Performance si controversée. Il faut bien pourtant s'y plier ! On adapte, on change, on remet, on ôte, on alourdit, on allège. Les variations se font au gré des courses. C'est le point négatif de la catégorie, car les autos ne reposent pas sur un règlement bien établi à l'avance. C'est un peu "faites une auto et on vous dira comment la faire fonctionner." Tant que les GT2 (GTE) seront en masse, il n'est pas question de voir ces GT3 dans des séries labellisées Le Mans. 

Photo : SRO

Pour en revenir plus concrètement à l'édition 2011, les bons points à retenir sont nombreux : la pole de Maxime Martin, la bonne tenue générale des petits nouveaux comme Graff Racing, Team SOFREV-ASP ou HEXIS AMR, le nombre d'autos engagées, etc... Dans le paddock il régnait une belle atmosphère avec des professionnels cotoyant des gentlemen drivers. S'il était facile d'approcher la majorité des équipes, on regrettera toutefois l'accès strict à certaines structures où il fallait montrer patte blanche pour entrer, le fameux sésame média ne suffisant pas. Attention nous sommes bien en GT3 et non en Formule 1. Il est déjà de plus en plus compliqué de se rendre dans les teams de pointe au Mans, où il faut passer par les services presse pour approcher les pilotes. Ce n'est plus un seul pass média qu'il faut, mais un par concurrent. Entre les bracelets et les Media Pass, on se croirait à une soirée organisée par Jean Roch à St Trop'. Vita4One avait installé son campement directement « au cul » de ses stands où les spectateurs ne pouvaient rien voir. Pas mieux chez Audi Sport, même si le Team WRT nous a bien facilité la tâche.

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Une bonne majorité d'observateurs voyaient en Audi le grand gagnant. Certes une R8 LMS a triomphé mais une seule est montée sur le podium. Comme quoi on peut faire des pronostics, il n'est pas évident de trouver la combinaison gagnante. Sur la soixantaine de médias ayant joué au concours de pronostics où il fallait trouver le tiercé de tête, seuls six avaient donné la n°33 vainqueur le dimanche à 16 heures. C'est signe que la course était ouverte. Beaucoup avaient misé sur l'Audi/Phoenix de Basseng/Haase/Rockenfeller, mais d'autres avaient parié sur la Porsche/ProSpeed de Soulet, l'Audi/WRT de Ortelli, la Ferrari/Vita4One de van de Poele, la Porsche/Autorlando de Ruberti, la Mercedes/KRK de Kumpen, la BMW/Marc VDS de Martin, la Porsche/Haribo de Westbrook, ou la BMW/Need for Speed de Werner. Au final, personne n'a trouvé le podium complet. Quant à la question subsidiaire où il fallait donner l'écart entre les deux premiers, le plus grand était 4 tours et le plus petit de 14 secondes (certainement des restes du Mans).

 

La nouvelle règle (tardive) des 65 minutes sans ravitailler menaçait de plomber l'ambiance et inconsciemment cela a été un peu le cas en début de course où on ne sait combien de pilotes ont dû effectuer une pénalité pour avoir dépassé le temps. Porsche semblait être le vilain petit canard à abattre et Audi la marque à faire gagner. C'est du moins le sentiment qui régnait après cette annonce lors du Test Day.

Photo : SRO

Que le meilleur gagne ! Oui mais pour cela il faut partir à armes égales. Les pilotes se bornent à dire que chaque GT3 a ses avantages et ses inconvénients. L'une va être meilleure en motricité, l'autre sur les freins ou les virages rapides. En prototype il est compliqué, voire impossible, de faire une équivalence correcte. Il en est de même en GT, excepté en GT1 où c'est assez serré. Il manque juste un poil de puissance aux Ford GT pour que ce soit encore mieux.

 

Quant à la question de savoir si c'était une bonne ou une mauvaise idée de lâcher uniquement les GT3 aux 24 Heures de Spa, la question est oui...

 

Commentaires (2)

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geronimogt3@gmail.com

11 aoû. 2022 • 11:30

Je pense que l'AUDI R8 LMS Evo2 coûte 430.000 € --> en tenant compte de l'inflation, le prix est relativement stable ...

Pour les marques Premium (Ferrari, Porsche, Aston ...), c'est plus cher mais ça intéresse nettement plus de collectionneurs

vvf36

9 aoû. 2022 • 14:54

10 ans plus tard:
- les voitures sont hyper fiables et performantes;
- Plus de débat sur la BOP;
- Le GTE a une mort programmé fin 2023 (que trois modèles génériques + une usine);
- Les prix des voitures sont montés en flèche.

En résumé, tout c'est à peu près réalisé.