Eric Trouillet (Graff) tire la sonnette d’alarme sur le rôle des gentlemen en LMP2

#39 GRAFF (FRA) ORECA 07 GIBSON LMP2 PAUL PETIT (FRA) ERIC TROUILLET (FRA) ENZO GUIBBERT (FRA)

Vice-champion LMP3 en titre, Eric Trouillet passe en LMP2 cette saison, toujours au sein du Graff. La Ligier JS P3 a laissé place à une ORECA 07 pour le plus grand plaisir de pilotage du gentleman. Le plaisir ne faisant pas tout, le pilote Bronze a cédé sa place sur les deux dernières manches de l’European Le Mans Series.

L’équipage de l’ORECA 07/Graff #39 est dans la philosophie du LMP2 avec deux jeunes Silver et un Bronze, ce dernier devant rouler un minimum de 40 minutes.

« C’est compliqué de passer d’une catégorie LMP3 où le gentleman roule la moitié du temps à une LMP2 où on roule peu » nous a confié Eric Trouillet. « En LMP3, c’est le gentleman qui fait la différence. Je passe donc d’une belle saison où je paye pour rouler à une saison où je paye beaucoup en roulant peu. Le championnat n’est pas à remettre en cause avec de la rigueur et une bonne organisation. »

Souvent critiqué dans le passé comme quoi ils n’avaient pas leur place, les gentlemen ont progressé, font du sport, se font coacher par des professionnels. « Quand les nouvelles LMP2 sont sorties, tout le monde s’est inquiété de savoir si les gentlemen pourraient emmener les autos » se souvient le pilote Graff. « Aujourd’hui, on voit que c’est compliqué d’aller vite, ce qui n’est pas un souci en soi, mais surtout que les autos ne sont pas piégeuses. Le gentleman a sa place dans une LMP2, c’est indéniable. L’ACO a mis en place une très belle plateforme qui forme les gentlemen. Quand tu gagnes en LMP3, tu as envie d’aller plus haut. De plus, le niveau est si relevé en LMP3 que le gentleman a légitimement sa place. »

Sur 33 pilotes présents en LMP2, seuls 7 Bronze étaient en piste à Spa-Francorchamps. Sans Frits van Eerd, Patrice Lafargue, Henrik Hedman, Dennis Andersen, Roberto Lacorte et Fabien Barthez, il n’y a pas de Racing Team Nederland, IDEC Sport Racing, DragonSpeed, High Class Racing, Cetilar Villorba Corse et Panis-Barthez Compétition. Si Eric Trouillet n’avait pas fait le choix de passer en LMP2, Graff n’aurait certainement pas aligné deux ORECA 07.

« Selon moi, le gentleman d’aujourd’hui est un compétiteur » souligne Eric Trouillet. « Ce n’est pas pour être relégué au rang de faire-valoir. Le Bronze Test est quasiment la qualification du gentleman. On est tous ensemble et cela permet de situer. C’est quelque chose d’important pour nous. » Le Bronze Test est apparu il y a quelques années en Blancpain Endurance Cup, championnat axé à l’origine sur les associations Pro-Am, avant d’être repris par d’autres séries.

« Cette année, je paye, je roule peu et je suis l’élément qui handicape l’équipage » soupire Eric Trouillet. « Moralement, ce n’est pas quelque chose de facile à vivre. Voir un Henrik Hedman progresser en roulant avec Nico (Lapierre) m’a séduit pour venir en LMP2. En 2016, un gentleman pouvait encore gagner. Aujourd’hui, une équipe qui fait rouler un gentleman ne peut plus rien faire. Le Pro-Am a été créé pour pouvoir gagner des courses et valoriser le Am. Combien de Bronze sont montés sur le podium depuis le début de saison ? »

La saison 2018 d’Eric Trouillet risque bien de ne pas passer par le LMP2 : « La question est de savoir quoi faire. Revenir en LMP3 en ELMS ou en Michelin Le Mans Cup avec mon fils font partie des possibilités. Pourtant, piloter une LMP2 est hallucinant. On a les moyens de rouler, le championnat est bon, mais vous êtes puni. A ce jour, je ne serai pas en LMP2 la saison prochaine. Les jeunes viennent aussi en Endurance pour gagner, ce qui est tout à fait normal quand on veut faire évoluer sa carrière. Toute l’équipe te regarde en priant que tu ne fasses pas de bêtise en piste. Ce n’est pas facile à vivre si on se dit dès le départ : combien de temps va faire perdre de temps le gentleman ? Les gentlemen sont des passionnés qui font beaucoup de sacrifices pour y arriver. L’idée de tirer le Am vers le haut est la réalité. Une des raisons de venir dans cette discipline est de pouvoir progresser et se comparer. Il faut bien s’assurer de ne pas mettre en péril la filière mise en place pour ne pas dégoûter les pilotes de LMP3 à passer en LMP2 et de ne pas couper les perspectives. »