11 juin 1967 : Dan Gurney, A.J. Foyt et Ford font exploser le mur des 5000 km, part 2 : les essais

Nous ouvrons aujourd’hui le deuxième volet de nos articles consacrés aux 24 Heures 1967 et à la chute du mur des 5000 kilomètres.

Les forces en présence

Arrivaient donc les 24 Heures du Mans. L’affrontement promettait d’être royal, au point qu’on qualifiait cette édition comme  »la course du siècle ». Il fait dire que le plateau était particulièrement musclé.

Les engagés

Ford, engageait ses quatre Mk IV – #1 (châssis J5) pour Dan Gurney/A.J.Foyt, #2 (châssis J6) pour Bruce McLaren/Mark Donohue, toutes deux engagées par Shelby American Inc. , #3 (châssis J7) pour Mario Andretti/Lucien Bianchi et #4 (châssis J8) pour Denny Hulme/Lloyd Ruby, toutes deux engagées par Homan & Moody-. La différence se situait au niveau des pneumatiques. Les Mk IV de Shelby American était chaussées en Gooyear et celles de Holman & Moody en Firestone. La Ford de Gurney/Foyt avait une aérodynamique légèrement différente des autres Mk IV : en raison de la grande taille de Dan Gurney -plus d’un mètre quatre-vingt-dix, le toit de la voiture -bubble roof-présentait une sorte de bosse ou bulle pour le confort du pilote.

Le constructeur américain alignait également trois GT40 Mk II préparées par Carroll Shelby – #5 (Holman & Moody) pour Frank Gardner/Roger McCluskey), #6 (Holdman & Moody/Ford France) pour Jo Schlesser/Guy Ligier) et #57 (Shelby American Inc.) pour Ronnie Bucknum/Paul Hawkins.

Ferrari n’était pas en reste et la SEFAC Ferrari engageait elle-même trois voitures, deux P4, la #19 (châssis 0860) pour Peter Sutcliffe et Gunther Klass et la #21 pour Mike Parkes/Ludovico Scarfiotti (châssis 0858), et la P3/P4 #20 (châssis 0846) pour Chris Amon/Nino Vaccarella, une troisième P4 étant engagée sous les couleurs de l’Ecurie Nationale Belge, la #24 (châssis 0856) pour Willy Mairesse/ »Beurlys », les voitures étant équipées en Firestone.

Les quatre voitures de pointe étant appuyées par la Ferrari 412P #22 de la Scuderia Filipinetti pour Jean Guichet/Herbert Müller, la 412P #23 de Maranello Concessionnaires de Richard Attwood/Piers Courage et la 412P #25 du NART pilotée par Pedro Rodriguez/Giancarlo Baghetti.

Imaginez ce que seraient les 24 Heures 2017 avec au départ quatre Porsche 919 Hybrid 2017 et trois 919 Hybrid 2016 face à quatre Toyota TS050 Hybrid 2017 et trois TS050 2016 !!

L’édition 1967 ne se résumait pas à ce duel de titans. Deux GT40 Mk I étaient également de la fête, une engagée par Ford France pour Henr Greder/Pierre Dumay et une par John Wyer pour Brian Redman/Mike Salmon, John Wyer faisant aussi courir deux Mirage M1 Ford 5,7l -le modèle victorieux à Spa- pour Jacky Ickx/Brian Muir et David Piper/Dick Thompson. Une Ferrari P2 était engagée par le NART pour Ricardo Rodriguez/Chuck Parsons. Lola Cars engageait deux Lola T70 Mk II pour John Surtees/David Hobbs et Chris Irwin/Peter De Klerk. Deux Chaparral 2F officielles, au gigantesque aileron arrière mobile, propulsées par un puissant V8 Chevrolet 7 litres et pilotées par Phil Hill/Mike Spence et Bob Johnson/Bruce Jennings. Que du lourd donc, tant côté voitures que côté pilotes !!!

Le plateau ne se limitait d’ailleurs pas aux  »gros » prototypes puisque en deux litres, Porsche (906, 907 et 910 avec Jo Siffert, Rolf Stommelen, Hans Herrmann, Vic Elford, Jochen Rindt…), Alpine (A210 avec José Rosinski, Mauro Bianchi, Jean-Claude Andruet et deux débutants au Mans qui allaient devenir célèbres :  Patrick Depailler et Gérard Larrousse) étaient officiellement engagés.

Matra Sports (MS 630 BRM avec Jean-Pierre Beltoise, Johnny Servoz-Gavin, Henri Pescarolo, Jean-Pierre Jaussaud) l’était également. Cinq de ces pilotes de deux litres figurent au palmarès des 24 Heures (Rindt, Herrmann, Pescarolo, Larrousse et Jaussaud), ce qui montre bien le niveau du plateau.

Les essais

Au vu des essais d’avril et de la démonstration de Daytona, on s’attendait à voir les Ferrari en haut de l’affiche. En fait, il n’en fut rien, Ford faisant même une démonstration de Force tandis que Ferrari ne cherchait pas le chrono durant ces essais et préparait sereinement la course.

Cinq Ford figuraient dans le Top 6, et aucune Ferrari. L’intruse était la Chaparral 2F Chevrolet #7 de Phil Hill -triple vainqueur au Mans, en 1958, 1960 et 1961 et Champion du Monde de F1 en 1961- qui qualifiait sa voiture -très légère, avec un poids de 850 kg, et très puissante, au deuxième rang, en 3’24 »700, plus vite donc que la Ferrari de Bandini en avril. Phil Hill avait un bon moment détenu la pole avant que dans les toutes dernières minutes Bruce McLaren n’améliore le chrono de l’américain.

Outre la Chaparral, trois autres protos, trois Ford Mk IV, amélioraient ou égalaient le temps de Bandini. Le meilleur tour revenait donc à la Ford #2 de Bruce McLaren en 3’24 »400, devant la Chaparral donc, la Ford #3 de Mario Andretti (3’25 »300) et la Ford #4 de Denny Hulme (3’25 »500). La moyenne de McLaren était plus que respectable, s’établissant à 237 ,082 kmh !

Deux Ford Mk IIB complétaient le Top 6 : la #57 de Ronnie Bucknum/Paul Hawkins (3’25 »800) et la #5 de Frank Gardner/Roger McCluskey (3’26 »400).

La meilleure Ferrari, la P4 #21 de Mike Parkes/Ludvico Scarfiotti n’était que septième, avec un chrono de 3’28 »900, devant la 412P #25 de Pedro Rodriguez/Giancarlo Baghetti (3’29 »400), la Ford Mk IV #1 de Dan Gurney/A.J. Foyt (3’29 »800) et la Ferrari P4 de Willy Mairesse/ »Beurlys » (3’30 »900).

Les dix premiers étaient loin devant la concurrence puisque le onzième, la Ferrari P4 #19 de Peter Sutcliffe/Gunther Klass ; n’était qu’en 3’33 »500. La meilleure Lola, la T70 Mk 3 Aston Martin #11 de John Surtees/David Hobbs était treizième en 3’33 »700, la Mirage M1 Ford #15 de Jacky Ickx/Brian Muir quinzième en 3’36 »300) alors qu’en deux litres les Matra-BRM, la #29 de Jean-Pierre Beltoise/Johnny Servoz-Gavin et la #30 de Henri Pescarolo/Jean-Pierre Jaussaud devançait les Porsche.

Tous les ingrédients étaient donc en place pour une course de légende, et légendaire elle le fut. La fin de ce printemps 1967 fut meurtrière. 54 voitures avaient pris le départ et seules 16 d’entre elles franchirent la ligne d’arrivée, soit un pourcentage de 29,62%.

Le rythme de la course et une météo très clémente expliquent grandement ce petit nombre d’arrivées.

Remerciements au service media de Ford, à Davide Marchi et un remerciement spécial à JY Helbé dont  vous trouverez les albums de cette édition 1967

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