Quand un train de pneus faisait les 24 Heures du Mans… et bien plus
Quatre relais avec le même train de pneumatiques aux 24 Heures du Mans : c’est le tarif proposé par les temps qui courent. Il fut pourtant une époque, certes révolue, où une voiture pouvait disputer la classique mancelle avec exactement les mêmes gommes du départ à l’arrivée.
Nous sommes en 1923, pour la toute première édition des 24 Heures du Mans. La Salmson n°33, confiée à Maurice Benoist et Luis Ramon Buenovinci, rallie l’arrivée à la 15e place après avoir couvert 97 tours.
À l’époque, la société belge Englebert, qui fournit les pneumatiques de la Salmson, entend bien faire savoir que ses gommes sont capables de tenir la distance. Pour le prouver, elle mandate un huissier, Marcel Jugé, installé rue de la Paille, au Mans, afin de constater officiellement l’état des pneumatiques avant et après l’épreuve.
Les matricules sont soigneusement relevés : 831/631, 822/203, 822/256 et 822/542. La roue de secours, également équipée d’un pneumatique Englebert, n’échappe pas au contrôle avec son matricule 630/672.
Le lendemain, à 17 heures, l’huissier revient examiner la Salmson après son périple. La voiture vient alors de parcourir 1570 kilomètres sur le circuit de la Sarthe.
« J’ai constaté que tous les pneus étaient exactement les mêmes qu’au départ de la veille », note Marcel Jugé dans son constat. « Le conducteur de la voiture interpellé par moi a déclaré n’avoir pas eu d’ennuis de pneus et ne pas s’être servi de la roue de rechange dont le pneu était en effet intact. »
L’histoire pourrait déjà s’arrêter là. Elle devient pourtant encore plus étonnante lorsque l’on se penche sur les semaines précédentes.
Deux semaines avant les 24 Heures du Mans, cette même Salmson s’était imposée lors de la deuxième édition du Bol d’Or, disputée à Saint-Germain-en-Laye. Et là encore, elle avait utilisé les mêmes pneumatiques arrière Chevron Cordé Englebert.
Ces gommes ont donc enchaîné deux épreuves d’endurance sans être remplacées, soit 48 heures de course et plus de 3500 kilomètres parcourus à une vitesse toujours supérieure à 70 km/h sur des routes cabossées.
Un siècle plus tard, alors que quatre relais avec un même train de pneumatiques aux 24 Heures du Mans sont déjà considérés comme une performance, l’anecdote laisse songeur. Les pneus de la Salmson n°33, eux, avaient une autre définition de l’endurance.
Un grand merci à ACH24 pour sa précieuse aide.
Commentaires
Connectez-vous pour commenter l'article