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David Floury (Toyota) : « Je ne pense pas que nous ayons caché quoi que ce soit »

WEC
24 Heures du Mans
15 juin. 2026 • 10:00
par
Laurent Mercier, au Mans
© MPS Agency

À peine le podium des 24 Heures du Mans 2026 terminé, alors que nous cherchions Jérôme Policand pour recueillir ses premières réactions, c’est David Floury, directeur technique de Toyota Racing, qui est apparu le premier devant nous, trophée de la victoire à la main. Éprouvé par vingt-quatre heures d’intensité, marqué par la fatigue mais tout sourire, il pouvait savourer ce succès historique, dix ans après les cruelles 23 h 56 du Mans vécues par Toyota.

Avant de rejoindre le stand Toyota, David Floury attirait autant l’attention que les pilotes. Sollicité de toutes parts pour des selfies et des photos, il n’a pas hésité à confier quelques instants le précieux trophée à un jeune garçon émerveillé. Un moment que l’enfant n’oubliera sans doute jamais, immortalisé par son père, téléphone à la main.

Il faut dire que Toyota a longtemps dû faire face à certaines critiques concernant ses précédents succès au Mans. Beaucoup estimaient alors que la marque japonaise dominait une concurrence insuffisante : deux tours d’avance en 2018, six en 2019, cinq en 2020, deux en 2021 et encore cinq en 2022. 

Cette fois, le scénario est tout autre. Face à une opposition particulièrement relevée, Toyota s’impose au terme d’une bataille acharnée avec seulement 10’’913 d’avance sous le drapeau à damier, donnant à cette victoire une saveur toute particulière dans un contexte où chaque déclaration d'avant-course est décortiquée et amplifiée par les médias.

Une fois la ferveur retombée, David Floury s'est exprimé sur la première victoire de la TR010 Hybrid dont la livrée rappelle la GT-One, qui elle, n'a jamais pu l'emporter au Mans. 

Vous avez parfaitement exécuté la course. Pensez-vous que c'est cela qui vous a fait gagner ?
 
Oui, même si c'est aussi la course qui décide de son vainqueur. Il faut parfois un peu de chance, et nous en avons eu à certains moments, notamment avec les interventions de la voiture de sécurité pour les deux voitures. Globalement, il faut cette part de chance, mais nous avons essayé d'être très solides dans l'exécution. Au Mans, on n'abandonne jamais, même en traversant des moments difficiles.
 
Avez-vous été surpris par votre rythme en course ?
 
Je m'attendais à être plus en difficulté. Nous avions clairement travaillé pour la course et non pour les qualifications, ce qui explique nos résultats moyens en Hyperpole. Il a fallu s'adapter et nous avons ajusté notre stratégie dès le départ pour remonter vers l'avant le plus vite possible en cherchant de l'air propre.
 
Avez-vous gagné sur la stratégie ou sur le rythme pur ?
 
C'est un mélange des deux. Nous avons eu de bons moments stratégiques et des phases de grande performance. Mais aucun constructeur n'a dominé toute la course. Selon les conditions et les pneus, BMW, Cadillac ou d'autres étaient forts à tour de rôle.
 
On a eu l'impression que la n°7 a eu du mal au début, avant de devenir la plus rapide des deux voitures en fin de course. Pourquoi ce décalage ?
 
Pour la n°7, la stratégie initiale n'a pas fonctionné aussi bien que pour la n°8. Elle a manqué de peu les bonnes fenêtres de sortie. Il est très difficile d'exécuter cela parfaitement avec deux voitures, car nous préférons décaler leurs arrêts aux stands pour ne pas mettre trop de pression sur les mécaniciens.
 
De plus, la n°7 a subi une crevaison lente très tôt, lors des trois premières heures. Comme nous étions déjà sur une stratégie décalée, nous avons failli perdre un tour complet à cause d'une voiture de sécurité à ce moment-là. Ce n'était pas un bon départ.
 
Qu'en est-il du problème de capteur qui a forcé la voiture à passer en mode « par défaut » ?
 
Samedi, en début de soirée, nous avons eu un problème avec un capteur FIA sur la n°7. Il n'était pas totalement hors d'usage, mais il dérivait et envoyait des données étranges, ce qui faussait les mesures de la FIA. Nous avons dû passer en mode par défaut et réduire la puissance. À certains moments, il y avait une différence de 6 à 8 km/h entre nos deux voitures. Heureusement, le capteur est partiellement revenu. En analysant les données, nous avons identifié les conditions qui déclenchaient ces erreurs et nous avons demandé au pilote d'éviter ces situations spécifiques. Nous avons ainsi réussi à survivre avec une puissance décente pour le reste de la course.
Photo : Toyota
 
Il y a eu aussi ce problème de freinage ?
 
C'était une vis sur le tambour de frein qui s'était desserrée et qui usinait la jante. Nous l'avons découvert après un arrêt au stand en voyant de la poussière de métal. Nous avons même trouvé la vis au sol dans la zone des stands. Nous avons dû intervenir en deux temps pour réparer. La seconde intervention a eu lieu sous voiture de sécurité, ce qui a été une chance et n'a pas impacté notre performance finale.
 
Comment cette victoire se compare-t-elle aux précédentes ? Est-elle plus gratifiante face à une telle concurrence ?
 
C'est fantastique car c'était une lutte serrée pendant 24 heures. Cela m'a rappelé l'édition 2016. À l'époque, nous étions arrivés sans avoir fini une seule simulation d'endurance sans problème. La voiture était totalement nouvelle et nous nous étions battus contre Porsche jusqu'à quatre minutes de la fin. Chaque victoire est importante et difficile à comparer. En course, la première chose que vous devez contrôler, c'est la course elle-même et toutes ses conditions imprévisibles.
 
Certains vous ont accusé de cacher votre jeu avant la course. Que répondez-vous ?
 
Je ne pense pas que nous ayons caché quoi que ce soit. Si vous regardez nos temps lors de la Journée Test, ils sont cohérents avec ceux de la course. La piste s'améliore naturellement avec le dépôt de gomme, on va donc plus vite le dimanche que le samedi. Notre priorité était simplement de comprendre les nouveaux pneus et de préparer l'exécution de la course.

Commentaires (20)

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vnf GT

15 juin. 2026 • 13:32

J'adore les discours "partisans"... ;-)

En 2025, les Ferraris ont effectivement caché leur jeu pendant les essais pour éviter un réajustement de BOP ...
En 2026, pourquoi ne pas avoir l'honnêteté intellectuelle de reconnaitre que Toyota a fait exactement la même chose ...

ça fait désormais partie du jeu de la BOP...
ça n'enlève rien a leur magnifique victoire, il faut juste l'accepter et pouvoir le dire !

De plus, cette victoire est "doublement" méritée, car en plus d'avoir dû "ferraillé" pour l'obtenir à cause ou malgré le lest embarqué...
Ils ont maintenant, avec leur nouveau modèle, très certainement la meilleure auto du plateau...
Ce qui n'est pas encore le cas de BM ou Cadillac qui se fait encore "rosser" par Porsche de l'autre côté de l'atlantique...
Mais le spectacle est à ce prix ! ;-)

Steve McQ

15 juin. 2026 • 14:11

C'est bien de parler comme un livre, mais cela fait fi d'une partie des données de la course. La raceability des Toyota elle était légèrement moins reluisante quand il a s'agit de doubler les Aston, Genesis et Alpine en début de course. C'est même pour ça que sur le muret ils ont avancé le premier arrêt.
Et puis en vrai dès les essais tout le monde savait que les Toyota iraient vite sur les longs runs, tout comme les Cadillac qui étaient les autos les plus performantes globalement aux essais (notamment la pauvre 38). BMW était un peu une inconnue et le non rythme des polemen par rapport à la fusée Rast (quel début de course !) reste pour moi la principale interrogation à ce stade. Franchement regardez les analyses chiffrées avant course qui ont été faites à droite et à gauche sur le net sur la base des données de chronométrage. Les autos qui ont dominé la course sont les mêmes qui ont fait les meilleurs essais (et je ne parle pas d'un temps en hyperpole).

LedZeppelin

15 juin. 2026 • 14:35

@vnf GT : c'est un point intéressant que tu soulèves car au moins jusqu'en 2025 la BoP était figée après publication.
Cacher son jeu lors de la journée test avait un intérêt dans le cadre de la BoP mais après, à part cacher ses atouts vis à vis des autres concurrents je ne vois pas trop.

Concernant 2026 on ne sait pas si la BoP peut évoluer en cours de meeting.

julien36

15 juin. 2026 • 16:07

Ça en devient triste, le vainqueur est devenu systématiquement un tricheur 😮‍💨

De plus en plus surpris de la hausse de la considération pour la pôle au Mans, très très symbolique.

Je suis aussi hautement surpris de tous les experts BOP au courant de toutes les données maintenant non divulguer, et de leur "changement" en cours de meeting. On se rapproche du partisianisme/complotisme primaire à ce niveau.

Pour rappel, beaucoup se plaignait de voir une course à deux étages, les LMDh devant les LMH.
Résultat, j'ai vu une course indécise entre trois marques et 4/5 voitures (6 avant l'arrêt de la #38) pollué par les procédures de SC (pass around/merging) chronophages et anti-sportives.
Ces procédures sont mon gros point noir du volet sportif.

Jeff 24h 1976

15 juin. 2026 • 16:23

Et oui Mr FLOURY, vous êtes celui qui s'est le plus plaint sur aux essais libres, et les qualifs sur le fait que vos adversaires cachaient leur jeu !
Si il y a
bien une écurie qui a caché son jeu, c'est la votre !
Seuls les temps de Toyota en course ne sont pas en corrélation avec ceux des essais.
Alors bravo pour votre victoire, c'est la plus belle des 6, mais il faut vraiment arrêter de se plaindre ...
De souvenir, quand l'ACO Avait modifier la BOP un jeudi après les essais contre Alpine pour votre avantage, personne n'a entendu le son de votre douce voix.
Sportivement,
Jeff