À peine le podium des 24 Heures du Mans 2026 terminé, alors que nous cherchions Jérôme Policand pour recueillir ses premières réactions, c’est David Floury, directeur technique de Toyota Racing, qui est apparu le premier devant nous, trophée de la victoire à la main. Éprouvé par vingt-quatre heures d’intensité, marqué par la fatigue mais tout sourire, il pouvait savourer ce succès historique, dix ans après les cruelles 23 h 56 du Mans vécues par Toyota.
Avant de rejoindre le stand Toyota, David Floury attirait autant l’attention que les pilotes. Sollicité de toutes parts pour des selfies et des photos, il n’a pas hésité à confier quelques instants le précieux trophée à un jeune garçon émerveillé. Un moment que l’enfant n’oubliera sans doute jamais, immortalisé par son père, téléphone à la main.
Il faut dire que Toyota a longtemps dû faire face à certaines critiques concernant ses précédents succès au Mans. Beaucoup estimaient alors que la marque japonaise dominait une concurrence insuffisante : deux tours d’avance en 2018, six en 2019, cinq en 2020, deux en 2021 et encore cinq en 2022.
Cette fois, le scénario est tout autre. Face à une opposition particulièrement relevée, Toyota s’impose au terme d’une bataille acharnée avec seulement 10’’913 d’avance sous le drapeau à damier, donnant à cette victoire une saveur toute particulière dans un contexte où chaque déclaration d'avant-course est décortiquée et amplifiée par les médias.
Une fois la ferveur retombée, David Floury s'est exprimé sur la première victoire de la TR010 Hybrid dont la livrée rappelle la GT-One, qui elle, n'a jamais pu l'emporter au Mans.
Vous avez parfaitement exécuté la course. Pensez-vous que c'est cela qui vous a fait gagner ?
Oui, même si c'est aussi la course qui décide de son vainqueur. Il faut parfois un peu de chance, et nous en avons eu à certains moments, notamment avec les interventions de la voiture de sécurité pour les deux voitures. Globalement, il faut cette part de chance, mais nous avons essayé d'être très solides dans l'exécution. Au Mans, on n'abandonne jamais, même en traversant des moments difficiles.
Avez-vous été surpris par votre rythme en course ?
Je m'attendais à être plus en difficulté. Nous avions clairement travaillé pour la course et non pour les qualifications, ce qui explique nos résultats moyens en Hyperpole. Il a fallu s'adapter et nous avons ajusté notre stratégie dès le départ pour remonter vers l'avant le plus vite possible en cherchant de l'air propre.
Avez-vous gagné sur la stratégie ou sur le rythme pur ?
C'est un mélange des deux. Nous avons eu de bons moments stratégiques et des phases de grande performance. Mais aucun constructeur n'a dominé toute la course. Selon les conditions et les pneus, BMW, Cadillac ou d'autres étaient forts à tour de rôle.
On a eu l'impression que la n°7 a eu du mal au début, avant de devenir la plus rapide des deux voitures en fin de course. Pourquoi ce décalage ?
Pour la n°7, la stratégie initiale n'a pas fonctionné aussi bien que pour la n°8. Elle a manqué de peu les bonnes fenêtres de sortie. Il est très difficile d'exécuter cela parfaitement avec deux voitures, car nous préférons décaler leurs arrêts aux stands pour ne pas mettre trop de pression sur les mécaniciens.
De plus, la n°7 a subi une crevaison lente très tôt, lors des trois premières heures. Comme nous étions déjà sur une stratégie décalée, nous avons failli perdre un tour complet à cause d'une voiture de sécurité à ce moment-là. Ce n'était pas un bon départ.
Qu'en est-il du problème de capteur qui a forcé la voiture à passer en mode « par défaut » ?
Samedi, en début de soirée, nous avons eu un problème avec un capteur FIA sur la n°7. Il n'était pas totalement hors d'usage, mais il dérivait et envoyait des données étranges, ce qui faussait les mesures de la FIA. Nous avons dû passer en mode par défaut et réduire la puissance. À certains moments, il y avait une différence de 6 à 8 km/h entre nos deux voitures. Heureusement, le capteur est partiellement revenu. En analysant les données, nous avons identifié les conditions qui déclenchaient ces erreurs et nous avons demandé au pilote d'éviter ces situations spécifiques. Nous avons ainsi réussi à survivre avec une puissance décente pour le reste de la course.
Photo : Toyota
Il y a eu aussi ce problème de freinage ?
C'était une vis sur le tambour de frein qui s'était desserrée et qui usinait la jante. Nous l'avons découvert après un arrêt au stand en voyant de la poussière de métal. Nous avons même trouvé la vis au sol dans la zone des stands. Nous avons dû intervenir en deux temps pour réparer. La seconde intervention a eu lieu sous voiture de sécurité, ce qui a été une chance et n'a pas impacté notre performance finale.
Comment cette victoire se compare-t-elle aux précédentes ? Est-elle plus gratifiante face à une telle concurrence ?
C'est fantastique car c'était une lutte serrée pendant 24 heures. Cela m'a rappelé l'édition 2016. À l'époque, nous étions arrivés sans avoir fini une seule simulation d'endurance sans problème. La voiture était totalement nouvelle et nous nous étions battus contre Porsche jusqu'à quatre minutes de la fin. Chaque victoire est importante et difficile à comparer. En course, la première chose que vous devez contrôler, c'est la course elle-même et toutes ses conditions imprévisibles.
Certains vous ont accusé de cacher votre jeu avant la course. Que répondez-vous ?
Je ne pense pas que nous ayons caché quoi que ce soit. Si vous regardez nos temps lors de la Journée Test, ils sont cohérents avec ceux de la course. La piste s'améliore naturellement avec le dépôt de gomme, on va donc plus vite le dimanche que le samedi. Notre priorité était simplement de comprendre les nouveaux pneus et de préparer l'exécution de la course.
3'24'5 le meilleur temps de toyota en hyperpôle.
3'22'5 BMW
3'23 Cadillac
3'23'8 Genesis
3'25 Ferrari
En course :
Toyota 3'25 +0.5 secondes
BMW 3'25'6 + 3 secondes
Cadillac 3'25'4 + 2.5 secondes
Genesis 3'27'6 + 3,8 secondes
Ferrari 3'26'1 + 1 secondes
La maitrise stratégique de Toyota ne fait l'ombre d'aucune contestation. Mais je n'avalerais pas ces couleuvres là monsieur Floury.
Je comprend la stratégie vu comment Toyota s'est fait flouer ces dernières années. Mais le foutage de gueule communicatif, je ne marche pas
Steve McQ
15 juin. 2026 • 11:07
Quel rapport entre des temps en hyperpole, une séance qui dure 15 ou 20 minutes avec des voitures à vide, et le niveau de performance d'une auto sur 24h dans des conditions de piste différentes ?
Il va falloir répéter combien de fois que les résultats de séances d'essais et de qualifs sont particulièrement peu représentatifs en endurance, et spécialement au Mans ? Surtout une année où les concurrents découvrent une nouvelle gamme de pneu ?
En P2 tout le monde à la même caisse, et pourtant il y a des écarts et personne ne dit rien. Pourquoi ?
LedZeppelin
15 juin. 2026 • 11:09
Il est clair que ce ne fut pas un long fleuve tranquille pour eux:
#7:
- capteur défaillant (si c'est un manque de fiabilité du matériel FIA c'est inacceptable).
- frayeur de Nick de Vries à l'entrée des stands Dimanche heureusement sans conséquence ni pénalité.
- crevaison lente en début de course.
#8:
- drive through dans la nuit.
- réparation nécessaire à l'avant gauche.
Greg78
15 juin. 2026 • 11:10
@Laurent Mercier, merci pour cet article.
Sympa le capteur de la FIA qui oblige a réduire les perfs de la voiture...
Et ce coup de la vis qui usinait la jante, heureusement qu'ils s'en sont aperçus, je ne sais pas ce que ça aurait pu provoquer sur la piste.
Coup de comm de Toyota ou pas , qui dit ne pas avoir caché son jeu? Aucune idée. Effectivement, ils ne chassaient pas la pôle et ça s'est vu. Ils ont eu une belle maitrise de la course, une bonne stratégie et ils ont gagné, sans faire un hold up de la course dès la 1è heure.
La course était belle, et c'est ce que je retiendrais de cette édition 2026.
J'attends le débrief et les analyses d'EI en podcast (vidéo? siouplait, c'est tellement sympa de vous voir en plus de vous entendre, Laurent, Thibaut (sans L) et Pierre)
vnf GT
15 juin. 2026 • 11:20
+1 avec fasthib
C'est de bonne guerre, mais ne pas le reconnaitre, c'est juste nous prendre pour des quiches... ça me déçoit beaucoup de leur part...
Pour preuve, déjà le mardi vers 16h40 !!! surement facile a retrouver...
Hartley était 1"8 plus rapide que la Cadillac (3'25"673 sur le même tour) uniquement sur les 2 premiers secteurs avant de "lever" complet sur le 3è... Faites le calcul vous même !!!
Commentaires (10)
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fasthib
15 juin. 2026 • 10:52
3'22'5 BMW
3'23 Cadillac
3'23'8 Genesis
3'25 Ferrari
En course :
Toyota 3'25 +0.5 secondes
BMW 3'25'6 + 3 secondes
Cadillac 3'25'4 + 2.5 secondes
Genesis 3'27'6 + 3,8 secondes
Ferrari 3'26'1 + 1 secondes
La maitrise stratégique de Toyota ne fait l'ombre d'aucune contestation. Mais je n'avalerais pas ces couleuvres là monsieur Floury.
Je comprend la stratégie vu comment Toyota s'est fait flouer ces dernières années. Mais le foutage de gueule communicatif, je ne marche pas
Steve McQ
15 juin. 2026 • 11:07
Il va falloir répéter combien de fois que les résultats de séances d'essais et de qualifs sont particulièrement peu représentatifs en endurance, et spécialement au Mans ? Surtout une année où les concurrents découvrent une nouvelle gamme de pneu ?
En P2 tout le monde à la même caisse, et pourtant il y a des écarts et personne ne dit rien. Pourquoi ?
LedZeppelin
15 juin. 2026 • 11:09
#7:
- capteur défaillant (si c'est un manque de fiabilité du matériel FIA c'est inacceptable).
- frayeur de Nick de Vries à l'entrée des stands Dimanche heureusement sans conséquence ni pénalité.
- crevaison lente en début de course.
#8:
- drive through dans la nuit.
- réparation nécessaire à l'avant gauche.
Greg78
15 juin. 2026 • 11:10
Sympa le capteur de la FIA qui oblige a réduire les perfs de la voiture...
Et ce coup de la vis qui usinait la jante, heureusement qu'ils s'en sont aperçus, je ne sais pas ce que ça aurait pu provoquer sur la piste.
Coup de comm de Toyota ou pas , qui dit ne pas avoir caché son jeu? Aucune idée. Effectivement, ils ne chassaient pas la pôle et ça s'est vu. Ils ont eu une belle maitrise de la course, une bonne stratégie et ils ont gagné, sans faire un hold up de la course dès la 1è heure.
La course était belle, et c'est ce que je retiendrais de cette édition 2026.
J'attends le débrief et les analyses d'EI en podcast (vidéo? siouplait, c'est tellement sympa de vous voir en plus de vous entendre, Laurent, Thibaut (sans L) et Pierre)
vnf GT
15 juin. 2026 • 11:20
C'est de bonne guerre, mais ne pas le reconnaitre, c'est juste nous prendre pour des quiches... ça me déçoit beaucoup de leur part...
Pour preuve, déjà le mardi vers 16h40 !!! surement facile a retrouver...
Hartley était 1"8 plus rapide que la Cadillac (3'25"673 sur le même tour) uniquement sur les 2 premiers secteurs avant de "lever" complet sur le 3è... Faites le calcul vous même !!!