24H Nürburgring

Pourquoi le projet de la Renault Twingo - Rauh Racing semble dans l'impasse ?

24H Nürburgring
23 jan. 2026 • 16:30
par
EI
© Rauh Racing

Il y a plusieurs semaines, Rauh Racing, équipe allemande basée près de Francfort, avait annoncé son souhait d'aligner un Renault Twingo au départ des 24 Heures du Nürburgring.

 

De quoi perpétuer la tradition des voitures « exotiques » sur la Nordschleife, comme avait pu l'être notamment la célèbre Dacia d'Ollis Garage, et d'un sport automobile le plus accessible possible.

 

Rauh Racing a toutefois publié un long post sur son site internet, indiquant que la participation au double tour d'horloge de l'Enfer Vert, programmé cette année du 14 au 17 mai, était compromise au regard des dernières communications avec l'organisateur (l'ADAC Nordrhein e.V).

 

Voici reproduit ci-dessous le texte dans son intégralité, concernant la situation actuelle.

 

« Il y a un an et demi, Rauh Racing a contacté les instances responsables des 24 Heures du Nürburgring avec une question simple : une Renault Twingo, construite selon des spécifications clairement définies, serait-elle admissible à la course ?Nous avons fait ce que l'on attend d'une petite équipe privée : demander d'abord, planifier correctement, puis commencer à construire.

 

En réponse, nous avons reçu une confirmation écrite indiquant que rien ne s'opposait à la participation d'une Twingo aux 24 Heures du Nürburgring. Sur la base de cette déclaration, nous avons pris une décision fondamentale : nous lancer à fond. Nous nous sommes engagés à construire la voiture selon les spécifications que nous avions communiquées à l'organisateur et à investir notre temps, nos économies et notre réputation pour tenir cette promesse. »

 

L'équipe avait même communiqué sur l'obtention de l'approbation du DMSB (Deutsche Motor Sport Bund), l'organe directeur du sport automobile allemand, pour aligner sa voiture en SP3.

 

« En l'espace de douze mois, cette idée s'est transformée en une voiture de course entièrement conforme à la réglementation pour la catégorie SP, une équipe entièrement constituée à partir de zéro, une communauté de plus de 75 000 personnes suivant le projet, un serveur Discord de 200 membres contribuant activement, des bénévoles passant leurs soirées dans l'atelier et des partenaires qui se sont engagés parce qu'ils voulaient voir cette Twingo courir. Tout cela n'est pas le fruit d'un budget excessif ou d'une infrastructure existante, mais de moyens limités, d'emplois à temps plein, de nuits tardives et d'importants sacrifices personnels.

 

Au cours des derniers mois, le cadre qui avait initialement rendu ce projet possible a changé. Dans une communication directe, l'organisateur a clairement indiqué que les voitures comme la nôtre n'étaient plus les bienvenues aux 24 Heures du Nürburgring. Nous avons également été informés que notre participation était désormais soumise à des « facteurs imprévisibles » et à des considérations supplémentaires non transparentes. Pris ensemble, ces messages laissent très peu de place à l'interprétation.

 

Se préparer correctement pour les 24 heures du Nürburgring 2026 nécessiterait d'engager un budget à cinq chiffres dans les mois à venir, sans soutien financier externe, en plus des contraintes de temps et de la charge mentale liées à la gestion de ce projet parallèlement à un emploi régulier. Engager autant d'argent, de temps et d'énergie physique pour un résultat qui n'est plus clairement lié à la préparation ou à la conformité réglementaire serait un pari que nous ne pouvons justifier.

 

C'est pourquoi, bien que notre voiture soit entièrement conforme à la réglementation en vigueur et prête à courir, RauhRacing ne s'engagera pas dans les prochaines 24 Heures du Nürburgring avec la Twingo. Cette décision n'a pas été facile à prendre et a nécessité plusieurs mois de coordination. »

© Rauh Racing

Comment la situation s'est retournée ?

 

Dans le post, Rauh Racing revient également sur les différentes étapes et l'avancée du projet depuis 2024. C'est en septembre 2025 que le programme a pris une tournure différente selon l'équipe.

 

Après plusieurs échanges sans objection, ni des organisateurs, ni de l'autorité directrice DMSB, comme l'explique Rauh Racing, un email datant du 4 septembre indiquerait que « « personne » de l'équipe ne les avait jamais contactés, alors qu'il existait une « absence d'objection » écrite datant de 2024 et un échange technique documenté avec ce même représentant en février 2025, détaille la structure allemande. Dans le même e-mail, ils décrivent notre voiture comme un « risque potentiel pour la sécurité », indiquent qu'aucune inscription à la course de 24 heures n'est envisageable et nous demandent de cesser toute déclaration publique suggérant que nous y participerons. »

 

Rauh Racing explique que l'organisateur des 24 Heures du Nürburgring a estimé que la prise de contact n'avait pas été faite dans les règles et a souhaité une présentation officielle du projet. Une démarche supplémentaire « qui n'est normalement pas demandée et n'est mentionnée nulle part comme une exigence, souligne Rauh Racing. C'est à ce moment-là que nous avons également reçu un message clair de la part de l'organisateur, nous indiquant qu'il ne souhaitait plus voir des voitures.

 

L'organisateur n'a pas non plus apporté de réponse claire à la question de savoir pourquoi les équipes existantes disposant de voitures similaires (par exemple, Dacia Logan, BMW E36 318ti) peuvent continuer à courir, mais que les nouveaux participants de la même catégorie ne sont pas les bienvenus.

 

Comme demandé par téléphone, nous avons préparé une présentation détaillée du projet concernant la voiture, le concept technique et notre plan, et l'avons envoyée à l'organisateur un mois avant la date de réunion convenue, afin de lui donner toutes les chances de l'examiner correctement à l'avance.

 

Lorsque nous nous sommes assis avec l'organisateur, il est devenu évident que notre présentation n'avait pas été lue ou n'avait pas été prise au sérieux : les personnes présentes dans la salle agissaient comme si elles n'avaient jamais vraiment vu le dossier qu'elles avaient exigé, et la conversation est rapidement devenue chaotique et incohérente. Au lieu de preuve de violations concrètes des règles, nous avons été confrontés à un mélange de doutes vagues sur la taille et les performances de notre voiture, à des références à des incidents passés impliquant des voitures complètement différentes et au message selon lequel des voitures « lentes » similaires pouvaient continuer à bénéficier d'une clause d'antériorité, tandis que notre nouveau projet, conforme aux règles, devait être suspendu. »

Nous avons contacté les 24 Heures du Nürburgring pour avoir une réponse à ce post de Rauh Racing, et n'avons pas eu de réponse à ce stade.

 

© Rauh Racing

La question du sport automobile accessible

 

Ce n'est un secret pour personne : le sport automobile est cher, et les coûts augmentent de façon croissante, tant pour les organisateurs que pour les équipes et les pilotes.

Nous vous invitons à réécouter le numéro de notre podcast Track Limit avec Laurent Gaudin, manager général des 24 Heures de Spa, sur ces questions de coûts.

 

Rauh Racing estime que cette situation met en lumière une difficulté de plus pour les structures à conserver des possibilités d'accession à la compétition automobile.

 

« Dans un contexte où le sport automobile est déjà confronté à de nombreux défis, les décisions sélectives et opaques prises à l'égard des équipes amateurs restantes accélèrent une évolution que beaucoup pressentent déjà : la lente disparition des grilles de départ diversifiées et ouvertes à tous, avance Rauh Racing. Dans de nombreuses séries, la plupart des participants sont des pilotes très fortunés pour qui la course automobile est avant tout un hobby coûteux, parallèlement à des programmes soutenus par des constructeurs ou des usines. Entre ces deux pôles, il ne reste qu'une poignée d'équipes privées authentiques.

 

Ces quelques équipes sont souvent présentées comme la preuve que « tout le monde est le bienvenu » et que la grille de départ est toujours diversifiée – les petits héros dans les coulisses du grand spectacle. En réalité, cette image est de plus en plus difficile à maintenir. En dehors d'un petit nombre d'opérations privées utilisées pour soutenir ce discours, il ne reste plus grand-chose du sport automobile populaire qui est encore invoqué dans le marketing autour des 24 Heures du Nürburgring. Ce sujet est rarement abordé publiquement, et pour les très petites équipes concernées, il est risqué de s'exprimer, car il n'y a que quelques grands organisateurs et événements auxquels participer.

 

Pour nous, le calcul est différent. Notre projet a toujours été fondé sur la transparence et une manière différente de raconter l'histoire. Cela nous place dans une position où il est logique d'aborder ces questions ouvertement, même si cela a des conséquences. Si les équipes qui tentent encore de s'engager avec des voitures non conventionnelles et des budgets privés réalistes ne disent jamais rien, l'espace pour des projets comme celui-ci disparaîtra tout simplement dans le silence [...] Lorsque l'image publique est celle de l'ouverture et de la diversité, mais que la réalité exclut discrètement certains types de voitures et d'équipes, il en résulte un paddock qui devient de plus en plus restreint et moins diversifié au fil du temps. Nous ne pensons pas que cela soit dans l'intérêt à long terme des 24 Heures du Nürburgring ou du sport automobile dans son ensemble. »

 

Quid de 2026 pour la Renault Twingo ?

 

Rauh Racing compte bien aligner sa voiture en piste en 2026. L'équipe avoue avoir contacter plusieurs séries d'endurance où la Twingo serait acceptée. Tout en laissant la porte ouverte à une présence aux 24 Heures du Nürburgring, « si, à l'avenir, l'organisateur revient à un cadre prévisible et transparent, nous sommes prêts à revenir à la table des négociations. »

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