Ford dévoile le moteur de son Hypercar et ses trois premiers pilotes
Des annonces attendues avec impatience, puisque le géant américain s'était fait très discret depuis sa conférence de presse menée en marge de la 93e édition des 24 Heures du Mans, en juin dernier.
« Il y a un an, nous avons promis de revenir au plus haut niveau des courses d'endurance, rappelle Dan Sayers, directeur du programme Hypercar de Ford Racing. Aujourd'hui, il ne reste plus que 12 mois avant le départ. En sport auto, c'est un délai qui est de nature à vous donner des palpitations. »
Pour rappel, en 2027, Ford devrait être présent uniquement en WEC, avant d'y ajouter probablement par la suite l'IMSA SportsCar Championship, même si rien n'a encore été officialisé en ce sens.

« Bâtir un programme Hypercar à partir d'une feuille blanche pour arriver sur la grille de départ du Mans en seulement deux ans est, objectivement, presque impossible, a-t-il poursuivi. Mais chez Ford Racing, rendre l'impossible possible est la seule façon avec laquelle nous savons travailler. Nous avons passé l'année dernière dans les tranchées, et même si le gros est encore à venir, l'âme de cette machine commence déjà à rugir. »
Alors qu'avons-nous appris ?
Un moteur 100% Ford
Si Ford avait révélé en juin dernier le nom de son partenaire châssis, en l'occurence Oreca, restait encore à connaître l'architecture du moteur. Et conformément à ce que nous avions mentionné à plusieurs reprises, il s'agira bel et bien d'un V8 atmosphérique.
« L'âme demeure le moteur, a expliqué Dan Sayers. C'est plus qu'un simple composant, c'est l'identité même de la voiture. Lorsque vous entendez une Ford avaler la ligne droite des Hunaudières à trois heures du matin, vous ne devez pas avoir besoin de regarder le logo apposé sur la carrosserie pour savoir de quelle voiture il s'agit. C'est pourquoi nous avons choisi le Coyote. »

« Notre Hypercar sera donc équipée d'un V8 atmosphérique de 5,4 litres, a-t-il ajouté. Lorsque vous disposez d'un moteur aussi emblématique dans votre arsenal, un moteur qui définit déjà nos programmes Dark Horse R, GT4 et GT3, vous n'avez aucune raison de chercher une alternative. Vous vous appuyez sur votre ADN. Ce V8 est un pont entre les légendes de 1966 et 2027. »
Mais si le V8 qui équipe la Mustang GT3 est l'oeuvre de M-Sport, Ford a décidé – dans le cas présent – de ne pas s'appuyer sur un quelconque sous-traitant.
« Pour la première fois de notre histoire, ce moteur de compétition est entièrement développé en interne, a enchaîné Sayers. Notre équipe de Dearborn (Michigan. Ndlr) travaille en étroite collaboration avec Red Bull Ford Powertrains pour allier la technologie haute tension à la puissance brute née à Détroit. »
Après avoir reçu un V6 bi-turbo (Acura), un V6 turbo (Alpine) et un V8 bi-turbo (Genesis), le châssis LMDh d'Oreca va donc cette fois être équipé d'un V8 atmosphérique.
Qui derrière le volant ?
Ça, c'est la deuxième annonce du jour. Et en toute honnêteté, personne ne s'attendait à ce que trois pilotes soient officialisés dès maintenant. Trois pilotes au background très différent.
En effet, on retrouve dans ce trio un ex-pilote de F1 en la personne de l'Américain Logan Sargeant (25 ans) et un pilote très expérimenté ayant déjà remporté les 24 Heures du Mans, à savoir l'Allemand Mike Rockenfeller (42 ans). Mais aussi un jeune à fort potentiel mais qui a encore tout à prouver : le Britiannique Sebastian Priaulx (24 ans).

« Seb et Rocky font déjà partie de la famille Ford, ayant prouvé la valeur de la Mustang GT3 avec deux victoires en IMSA l'année dernière, explique Dan Sayers. Seb est un pur talent naturel ; Rocky est un vétéran qui a tout vu et tout gagné. Ils sont rejoints par Logan Sargeant, qui nous arrive tout droit de la F1, apportant avec lui un niveau de sophistication technique et une expérience des voitures générant de l'appui qui sont essentiels pour un programme de cette envergure. »
Logan Sargeant rebondit bien, lui qui avait finalement tourné le dos à Genesis début 2025 avant de faire son retour en fin de saison en IMSA, dans la catégorie LMP2.
« Avoir un Américain de retour dans une Ford au Mans semble tout à fait approprié, poursuit Sayers. C'est un clin d'œil à des géants comme Dan Gurney et A.J. Foyt, qui ont montré au monde entier en 1967 ce qui se passe lorsque la détermination américaine rencontre l'ambition mondiale. »
Pour mémoire, 1967 marque la seule victoire 100% américaine en terre sarthoise, avec équipe, constructeur moteur et châssis et pilotes originaires d'outre-Atlantique.
Pour les épauler, les noms de Matt Campbell ou Felipe Nasr reviennent avec insistance, mais pour en avoir la confirmation, il va encore falloir patienter un peu.
Un programme sur les rails ?

L'Hypercar frappée de l'ovale bleu semble déjà avoir effectué un ou des passage(s) en soufflerie si l'on en croit l'un des visuels fournis. Mais selon nos informations, le premier roulage n'est pas prévu avant le mois d'août, comme ce fut le cas pour la Genesis GMR-001. S'en suivront de longues journées de travail et moult séances d'essai.
« Cependant, nous n'allons pas attendre 2027 pour commencer à nous lancer dans la lutte, assure Dan Sayers. Nous avons le moteur. Nous avons les pilotes. Nous avons la vision. Pouvoir lever le voile lors du lancement de la saison 2026 est une étape importante, mais le travail est loin d'être terminé.
Nous construisons plus qu'une simple voiture, nous construisons un héritage. Nous reprenons notre place au sommet des courses d'endurance. Nous sommes une équipe de course américaine et nous venons conquérir le monde. »
Une approche agressive qui n'est pas sans rappeler celle de la marque lors de son arrivée au Mans dans les années 60. La suite, on la connaît...
Un programme LMP2 pour se rôder...
La démarche ne semble pas être similaire à celle du Trajectory Program de Genesis qui avait également pour but de former mécaniciens et ingénieurs. Encore que cela est bien possible, mais nous n'avons pas encore davantage d'informations sur le sujet. Mais Ford sera bien présent dès cette saison sur les circuits.

« Afin de préparer notre équipe de course interne, Seb et Rocky participeront en 2026 à l'European Le Mans Series en LMP2, a révélé Sayers. Nous sommes en train de constituer une équipe, d'affiner nos processus et de faire nos preuves dans le monde réel. Nous prenons les éléments constitutifs de ce programme et les soumettons à des tests d'Endurance dans les conditions les plus exigeantes de la planète. »
Selon toute vraisemblance, ils séviront au volant de l'Oreca 07 n°9 de Proton Competition, qui est également le partenaire de Ford en WEC pour le programme LMGT3 avec la Mustang. Mais la voiture pourrait être co-engagée avec Venture Motorsports, allié de Ford dans son aventure Endurance, comme cela a été révélé en septembre. Et à en croire les photos, le troisième homme devrait être Jonas Ried, qui officierait alors en tant que pilote Argent du trio.
L'occasion pour Priaulx de faire ses débuts en Prototype, même s'il participé à l'édition 2022 des 24 Heures de Daytona sur une Ligier LMP3. Vainqueur des 24 Heures du Mans 2010 sur Audi R15 plus, Mike Rockenfeller connaît pour sa part déjà le mode de fonctionnement d'une LMDh puisqu'il totalise depuis sept départs avec la Porsche 963.
S'il n'est pas impliqué, Logan Sargeant devrait de son côté disputer le WEC sur une Ford Mustang GT3. Une auto également engagée par Proton Competition et qu'il a découvert en novembre à Bahreïn, à l'occasion du Rookie Test.
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