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6 H. de Fuji – Peugeot, des qualifications et un 3e secteur à la gomme

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9 sep. 2023 • 19:00
par
Thibaut Villemant, à Fuji
Malgré un regain de forme et une BoP fort avantageuse, la 9X8 n'est pas encore au niveau des Ferrari et autres Toyota. Après une séance de qualification fort décevante, que peut espérer l'écurie française demain ?
© Peugeot Sport

Quelles ont été les performances des 9X8 cette semaine ?

Lors des trois premières séances d'essais libres, disputées dans des conditions changeantes, les 9X8 ont donné l'impression de plutôt bien se comporter. Et pour cause, la n°94 a signé respectivement les deuxième et troisième chronos des première et troisième sessions. Las, cet après-midi en qualifications, cette dernière a échoué au 11e rang à 4''028 de la pole, juste derrière la n°93, dixième à 2''104.

 

A la question de savoir si ce piètre résultat l'a surpris, Jean-Marc Finot – Directeur de Stellantis Motorsport – nous a répondu : « Terminer 10e et 11e, ce n'était clairement pas l'objectif. Plus encore après notre podium à Monza. » Et comment, seule la Vanwall Vandervell 680 est derrière, et la meilleure LMP2 est seulement à 2''2 de la n°93.

Que s'est-il passé en qualifications ?

Non, l'écart entre la 9X8 et la GR010 Hybrid n'est pas supérieure à deux secondes. Peugeot a pourtant confié l'exercice des qualifications à deux de ses pilotes de référence, le Danois Mikkel Jensen et le Français Loïc Duval, qui connaît le tracé mieux que quiconque. Alors que s'est-il passé ?

© Peugeot Sport

« Cette piste est très spécifique et nous n'avons tout simplement pas réussi à faire entrer les pneumatiques dans leur fenêtre optimale de fonctionnement, nous a confié un Jean-Marc Finot quelque peu dépité. La n°94 a bloqué les roues, ce qui a entraîné un plat. Nous avons dû changer les pneus et quand la voiture a repris la piste et que les gommes se sont retrouvées dans la bonne fenêtre de fonctionnement, il s'est mis à pleuvoir. Reste que même sur la n°93 nous n'avons pas réussi à les mettre dans la bonne fenêtre. »

 

Les conditions changeantes rencontrées en Essais Libres ont-elles compliqué la tâche de la firme au lion ? « Ce qui est sûr, c'est que nous avons travaillé l'exercice des qualifications durant la troisième séance d'essais libres et que les conditions différaient clairement de celles auxquelles nous avons dû faire face cet après-midi » nous a répondu le manager tricolore.

 

Son pilote Mikkel Jensen arborait également la mine des mauvais jours. « Jamais je n'ai senti les pneus mordre la piste. C'était dès lors compliqué de faire un bon tour. Et il nous faut donc en trouver la raison. » Particulièrement si les conditions sont similaires demain durant la course.

Le Fuji Speedway convient-il à la 9X8 ?

© Peugeot Sport

A notre arrivée à Fuji, certains avançaient que c'est ici, au Japon, que la 9X8 avait le plus de chances de briller. « La vitesse de déclenchement de son système hybride lui permet de bénéficier des quatre roues motrices à partir de 135 km/h (sur piste sèche. Ndlr), nous a-t-on glissé. Dans ce troisième secteur très sinueux, cela lui sera fort favorable car la motricité y joue un rôle primordial. »

 

Pour rappel, la vitesse de déclenchement du moteur électrique de la Ferrari 499P et de la Toyota GR010 Hybrid est fixée à 190 km/h, quand les LMDh ont leur moteur électrique branchée sur l'essieu arrière et ne bénéficient donc jamais des quatre roues motrices. Reste que la BoP est similaire à celle en vigueur à Monza, et si les chiffres diffèrent c'est uniquement parce que le tracé nippon n'a pas les mêmes caractéristiques que l'Autodromo Nazionale, et il en sera de même à Bahreïn.

 

« Malgré son abaissement à 135 km/h, la vitesse de déploiement arrive après le moment où nous sommes en souffrance, nous a d'ailleurs confirmé Mikkel Jensen. La vitesse dans ces virages est de 90 km/h. C'est là que nous sommes à la peine. Quand le moteur électrique se déclenche, c'est trop tard. »

© Peugeot Sport

De quoi tempérer les ambitions du clan tricolore, qui n'en demeure pas moins optimiste. « Nous n'arrivons pas en terrain inconnu, nous avions un rythme convenable l'an dernier et nous pensons que la piste peut nous convenir », nous confiait jeudi Olivier Jansonnie, qui omet volontairement de mentionner une BoP autrement plus favorable par rapport à 2022.

 

« Nous sommes clairement mieux armés que l'an passé, reprend-il. Mais je pense que si vous analysez les moyennes, vous pouvez voir qu'il nous en manque encore un peu par rapport à Toyota et Ferrari. Et nous avons, de surcroît, rencontré des soucis avec une de nos deux autos en Italie. La BoP n'ayant pas changé, je ne vois pas pourquoi la hiérarchie évoluerait par rapport à Monza. » 

Une monte pneumatique préjudiciable à Fuji ?

Les explications quant à l'apport offert par l'abaissement à 135 km/h de la vitesse de déploiement du moteur électrique peuvent s'entendre. Mais cela a finalement pour unique but de compenser le déficit de traction dont souffre la LMH française depuis ses débuts dans ce troisième secteur si spécifique.

 

Dotée de quatre pneus de 31 cm quand ses rivales s'appuient sur des gommes de 29 cm à l'avant et de 34 cm à l'arrière, la 9X8 a une bande de roulement postérieure inférieure de six centimètres à celle de ses rivales, ce qui est tout sauf négligeable. Conjugué à un déficit d'appui aéro sur l'essieu arrière d'une dizaine de pour cent de par une répartition des masses à 50/50, la lionne souffre doublement dans ce troisième secteur sinueux où seul le grip mécanique compte. « Il est clair que ça ne joue pas en notre faveur, admet Jean-Marc Finot. Nous y perdons beaucoup de temps. » 

© MPS Agency

En effet, en qualifications, Jensen accuse respectivement 0''398, 0''358 et 1''236 de retard sur la marque de référence dans les trois secteurs. En EL3, Duval a lui concédé 0''044, 0''124 et 0''439. C'est bien le dernier secteur qui pêche... Autre point faible : la vitesse de pointe. La 9X8 a été flashée en qualifications à 311,2 km/h - comme la Vanwall - contre 319.5 à la Ferrari, 317.6 à la Toyota, 315.8 à la Porsche et 312.1 à la Cadillac. 

 

Si ces chiffres, tout comme les qualifications, peuvent paraître alarmants, on se refuse à tout défaitisme dans le clan français. « Les conditions seront différentes, tentait de se rassurer Jean-Marc Finot cet après-midi. Nous aurons le temps de mettre les pneus dans leur bonne fenêtre de fonctionnement. » 

 

« Ce dont nous devons nous assurer en premier lieu, c'est que les deux autos rallient l'arrivée sans souci, tout en ayant opté pour la bonne stratégie et les bons pneus, nous avait confié pour sa part en amont Olivier Jansonnie. Rappelez-vous qu'à Monza, nous avons perdu une auto relativement tôt dans la course, ce qui réduit statistiquement vos chances de bon résultat de 50%. »

 

Les facteurs externes peuvent être multiples. Peugeot est bien placé pour le savoir puisque la 9X8 n°93 doit sa troisième place à Monza en partie aux soucis rencontrés par la 499P n°51 et la GR010 Hybrid n°8. Qui plus est, au moment où nous écrivons ces lignes, la probabilité de pluie pendant la course dépasse les 40%.

 

« Quand tu pars 10e, tu préfères toujours quand la donne est corsée, a d'ailleurs reconnu Mikkel Jensen. Donc peut-être la pluie serait-elle la bienvenue. » Des conditions qui avaient permis à la lionne de se montrer à son avantage dans la Sarthe. Ne reste plus qu'aux Français à prier les Dieux du ciel...

Commentaires (7)

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Gyom Bourtazin

9 sep. 2023 • 19:34

Je ne comprend pas votre façon de toujours dire que la BOP est favorable ou défavorable.
Les voiture doivent être dans une fenêtre et ensuite en fonction d’où on est dans la fenêtre il y a une BOP. Elle n’est pas favorable ou défavorable, elle est juste adaptée à la ou je suis.

tvillemant

9 sep. 2023 • 19:54

Disons qu'après la refonte de la BoP après Le Mans, Peugeot s'est retrouvé soudainement devant Porsche et Cadillac...

Skyd

9 sep. 2023 • 20:12

J ai chanté pendant 29 minutes !
Sur il y aura de la pluie au Japon 😉

spiritofsebring

9 sep. 2023 • 22:12

quand la 9X8 aura t elle le "droit" de changer la taille des ses pneus? ou Peugeot a t il utilisé trop de jokers?

Gurneyflap

10 sep. 2023 • 9:16

On nous parle sans arrêt du déficit de motricité dû à la configuration etc….mais n’oublions pas qu’avec ses gros pneus av et sa répartition des masses/appui aéro adaptée la Peugeot est censée rentrer dans les virages plus vite que la concurrence. De toutes évidences ce n’est pas le cas et insuffisant pour contrebalancer leur déficit de motricité. Mais tout cela ça se simule et il faut croire qu’ils ont été un peu trop optimiste. Le déficit récurent de vitesse de pointe est aussi un problème s’il n’est pas lié à la motricité inférieure.