Le Mans

Jeff Kettman et Cadillac au Mans en 2000 : « Nous étions largement dépassés par Audi »

24 Heures du Mans
7 juin. 2023 • 9:05
par
lmercier, au Mans
Cadillac fait son retour aux 24H du Mans cette année avec trois prototypes engagés dans la catégorie Hypercar. En 2000, la marque américaine était déjà au départ dans la catégorie reine avec la Northstar.

Il aura fallu attendre 21 ans pour revoir Cadillac aux 24 Heures du Mans. On doit ce retour à la nouvelle réglementation Hypercar qui réunit LMH et LMDh. Avant cela, la Northstar LMP était engagée en Sarthe, trois autos pour Team Cadillac, une pour Team DAMS. La suite passera par LMP-01 et LMP-02 avec comme meilleur résultat sur les trois ans une 9e place en 2002 grâce à Max Angelelli, Christophe Tinseau et Wayne Taylor.

 

Jeff Kettman, responsable du programme Le Mans Prototype de GM Racing au début du programme, était auparavant responsable du programme NASCAR de GM. Souvenirs... 

Connaissant les difficultés initiales d'un nouveau programme et observant la Cadillac V-Series.R de loin, quelles sont vos impressions ?

 

Je vois des parallèles avec ce que nous avons vécu à la fin des années 90 et au début des années 2000, car il s'agissait d'une nouvelle technologie pour l'époque. J'ai beaucoup de respect pour ce programme, et je suis époustouflé par la quantité de technologie qu'ils mettent en œuvre avec l'hybride. En ce qui concerne les difficultés initiales, il est difficile de gérer deux séries sur deux continents. Nous y sommes un peu parvenus en engageant l'équipe DAMS pour nous aider. Une grande partie de la raison pour laquelle nous avons fait cela était d'avoir une connexion française afin de faciliter notre retour au Mans après 50 ans d'absence. L'équipe DAMS était à la fois une bonne équipe et en ayant une meilleure connaissance de la façon dont les choses fonctionnent en Europe. Le fait de gérer deux programmes permet d'améliorer la base de connaissances. Cependant, il était également difficile de soutenir quatre voitures. Nous étions largement dépassés par Audi et cela se voyait aussi dans leur présence sur le circuit.

 

Les nombreuses aides à la conception et au développement étaient déjà disponibles ?

 

Nous utilisions l'ingénierie assistée par ordinateur, mais nous n'avions pas de CFD à l'époque. Nous faisions encore des modèles à l'échelle de 40 %. Nous n'avions pas la simulation dont nous disposons aujourd'hui. Il n'y avait certainement pas de simulateur de pilotage dans lequel on pouvait s'asseoir, alors tout se passait plutôt à l'ancienne : on construisait des pièces, on allait sur le circuit et on faisait des essais. Évidemment, on s'assurait que la structure était solide avant de la construire grâce à l'ingénierie informatique, mais il n'y avait pas de simulation comme aujourd'hui.

 

Que pensez-vous du programme triennal qui mettait l'accent sur Le Mans ?

 

Je dirais que d'un point de vue marketing, c'est une réussite car à l'époque, 'Arts & Sciences' était le thème marketing de Cadillac et c'était le pont entre les Cadillac à toit en vinyle et la CTS-V, qui a été la première année de production en 2003. La raison pour laquelle Cadillac s'est impliquée en sport automobile était de faire évoluer l'image de Cadillac vers un véhicule plus sportif. Nous n'avons pas obtenu de bons résultats sur la piste, mais le fait que nous n'ayons pas eu de problèmes majeurs était impressionnant. Nous n'avons vraiment pas eu beaucoup de temps : moins d'un an avant la première course pour construire la voiture de A à Z.

Commentaires (1)

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JIPE1050

7 juin. 2023 • 11:53

Cette affirmation est vraiment à prendre au 36ème °: en effet, je n'ose imaginer que l'état major de l'équipe pensait concurrencer Audi avec son châssis dernier cri en posant son moteur dans un Riley&Scott qui s'était fait laminer les années précédentes par les TWR Porsche ou BMW Williams. Mais 2000 était un tour d'observation, passe encore. Sauf que 2001 ne montrait pas grand progrès. C'est en 2002 que les choses sérieuses débutaient avec la participation de Nigel Stroud pour concevoir une voiture autrement plus aboutie. Hélas, les progrès entrevus n'ont pas été suffisant pour convaincre le conseil d'administration de poursuivre en 2003. Le programme Chevrolet allait prendre la priorité avec les GT, et ce sera un succès. Tristes débuts des LMP900: on aurait pu voir les Audi concurrencées par Porsche ( stoppé certainement pour non concurrence), Toyota ( qui préfèrera la F1), Cadillac, Chrysler ( qui jettera l'éponge après un an suite à leur déroute financière) ou Bentley si le programme avait été plus ambitieux. La Coupe Audi débutait, Pescarolo fut valeureux, mais il faudra attendre Peugeot pour voir enfin une vraie compétition.