Jules Gounon (Bentley) : « Je réalise la chance que j’ai »

2017 a permis à Jules Gounon d’asseoir sa position de pilote de pointe. Vainqueur des Total 24 Heures de Spa sur une Audi R8 LMS du Saintéloc Racing, l’Ardéchois a raflé la couronne du très réputé ADAC GT Masters sur une Corvette C7 GT3-R du Callaway Competition. On l’a vu aux 24 Heures de Daytona chez Montaplast by Land Motorsport, en Intercontinental GT Challenge sur une Acura et en Blancpain GT Series sur une Mercedes du Team AKKA-ASP. Difficile de faire plus varié. C’est maintenant Bentley qui lui permet d’être pilote officiel sur une des deux Continental GT3. Une juste récompense pour le jeune pilote de 23 ans qui doit sa carrière à ses performances et non à une mallette pleine d’euros.

Comment se passe la relation avec Bentley ?

« Tout s’est très bien passé à Bathurst où j’ai découvert une équipe très professionnelle. Malheureusement, nous n’avons pas eu de chance alors que nous étions 2e. Je me suis de suite senti à l’aise dans l’auto. Le team a eu confiance en moi en me laissant les deux dernières heures dans l’auto. Avec Steven (Kane) et Guy (Smith), nous sommes complémentaires. »

Bathurst reste une belle expérience ?

« J’espère bien avoir la possibilité de disputer à nouveau Bathurst. Rouler pour la première fois là-bas entre des murs sur une GT3 à conduite à droite est très déroutant au début. J’ai demandé à Guy comment je pouvais avoir des repères. J’ai eu droit en réponse : ‘tu le sauras si tu es près du mur alors tu sentiras trembler la portière » (rire). Il avait raison. L’échappement passe si près du mur que la portière tremble. On sent de l’air. C’est un circuit à l’ancienne, l’ambiance est extraordinaire. Il y a une vraie admiration pour les pilotes et les équipes, ce qu’on n’a pas en Europe. Le public est très connaisseur et passionné. »

C’est différent de rouler pour un constructeur ?

« On est sur une autre dimension. J’avais pu en avoir un premier aperçu à Spa en étant pilote officiel Audi. Ce n’est pas rien de représenter un constructeur. Il y a aussi un rôle d’ambassadeur de la marque. Cependant, une fois qu’on a le casque sur la tête, le but reste le même : aller le plus vite possible. C’est une opportunité pour moi d’être pilote officiel. je réalise la chance que j’ai. Je me lève chaque matin en me disant que j’ai cette chance. C’est pour moi une aventure extraordinaire. Je vis mon rêve et c’est quelque chose qu’il ne faut surtout pas oublier. Je n’ai jamais eu de budget pour le karting, jamais fait de monoplace à haut niveau. Là, je me bats contre des pilotes qui sont allés en Formule 1. J’ai toujours eu la rage avec l’envie de réussir. »

Être polyvalent est votre force ?

« Les gens m’ont vu rouler sur des marques différentes : Lamborghini, Audi, Acura, Corvette, Mercedes, Porsche. Cette polyvalence m’a aidé. »

Les essais avec la nouvelle Continental GT3 vont dans le bon sens ?

« Nous avons bouclé trois tests de 30 heures, ce qui n’est pas rien. L’ancien modèle a fait ses preuves. Là, nous avons une toute nouvelle auto. L’équilibre des masses est proche de 50/50. Le moteur a été baissé d’environ 13 mm. Pour être franc, je n’ai pas l’impression de piloter une Bentley. Les GT3 de 2012/2013 étaient encore assez proches de la série. Maintenant, nous avons de vraies voitures de course. »

L’objectif est de gagner dès cette année ?

« La Blancpain GT Series est le championnat qui possède l’un des plus gros niveaux au monde. Ce n’est pas facile d’y faire débuter une nouvelle voiture. Cependant, l’objectif reste d’aller le plus vite possible. »

Que pensez-vous des nouvelles règles sportives du championnat ?

« Avoir trois qualifications qui comptent donne de l’importance aux trois pilotes. J’ai roulé avec Jean-Luc Beaubelique la saison dernière mais il n’a pas pu défendre réellement ses chances dans la voiture. Avec cette règle, les gentlemen sont remis en avant, ce qui est positif. »

Votre parcours est quand même atypique…

 » (rire). Mon père m’a toujours dit que, si j’avais de la chance, ce serait sur un malentendu. Je suis allé suivre les essais de BOP avec Callaway et ils m’ont pris pour la saison. J’ai remplacé au pied levé un pilote sur une séance d’essais chez AKKA-ASP et ils m’ont fait confiance toute l’année. Je montre qu’on peut y arriver sans budget, uniquement grâce à l’aide de petits partenaires. »

Vous avez d’autres objectifs ?

« J’espère que ce n’est pas la fin pour moi, loin de là… Je compte bien disputer les 24 Heures du Mans mais pas uniquement dans le but d’y participer. Mon rêve serait que le règlement s’ouvre aux Hypercars et d’avoir la chance d’y rouler pour un des constructeurs présents. »