272 mètres contre 2 229 mètres, la montagne ça vous gagne
Tout est parti d’une discussion avec Jules Gounon il y a déjà pas mal de temps : venir faire du vélo en Andorre. Simple sur le papier, encore fallait-il pouvoir mettre la chose en place. Le sport automobile est une chose, le vélo en est une autre.
Jules est mon point de contact avec Specialized France qui m’a permis de passer au Tarmac SL8. Chez Spe, on a aussi la passion du sport auto. Une magnifique machine, amplement suffisante pour un gars comme moi qui réside dans un département où le point culminant, situé à 10 kilomètres de mon domicile, culmine à… 272 mètres. Pour moi, l’usage du vélo se limite donc essentiellement au plat. Aller rouler en montagne représente un véritable saut dans l’inconnu, même si Zwift est devenu mon partenaire quotidien pour la montagne virtuelle.
Avec le temps qui passe et l’âge qui avance, je peux rouler avec les vétérans et ce n’est pas l’année supplémentaire qui approche qui va changer grand-chose. Le cyclisme et le sport automobile sont d’ailleurs intimement liés. Mon premier vélo de route était un Cannondale acheté grâce à Fred Mako et Richard Lietz. Est-ce que le sport auto est devenu, au fil du temps, un métier et le vélo une passion ? Possible. Dans tout métier, il faut tout de même garder un côté passion mais j'avoue regarder bien plus de courses de vélo que de courses de voitures par les temps qui courent. Est-ce que l'environnement pour travailler en tant que journaliste est plus facile qu'en sport auto ? Non certainement pas. C'est l'époque qui veut cela et il faut faire avec. Je deviens âgé mais trop jeune pour avoir connu les belles heures du vrai âge d'or de l'Endurance.
Les discussions dans les paddocks autour du vélo sont de plus en plus fréquentes, que ce soit avec Guillaume Moreau, Fred Mako, Jean-Claude Ruffier, Jules Gounon, Thomas Neubauer, Thomas Drouet, Stéphane Ortelli, Marco Mapelli et bien d’autres. Il devient de plus en plus compliqué de pouvoir parler « on record » avec des pilotes, le plus souvent castrés par des communicants qui, pour certains, n’ont strictement rien compris à la communication. Mais ceci est un autre débat. Alors, on parle souvent vélo. C'est aussi le cas chez Lionspeed GP qui a sorti un vélo Factor spécial aux couleurs de l'équipe. Avec certains, pas une semaine ne se passe sans que l'on s'appelle pour parler vélo, et sans évoquer forcément le sport auto. Une soupape de décompression peut-être...
Alors que Pierre et moi sommes en Andorre, Antho est aux Gets pour la Coupe du Monde de VTT avec DragonSpeed DH. C'est amusant car à la création d'Endurance-Info il y a 20 ans, ni lui ni moi n'avions cette passion du vélo.
Cela faisait donc un moment que nous évoquions ce déplacement. Avant cela, un passage par le très beau magasin Specialized de Toulouse pour une petite révision du Tarmac. Rendez-vous était pris en cette fin de mois d’août pour établir notre camp de base à Andorre-la-Vieille, en compagnie de Pierre, le tout entrecoupé de suivis de courses à Spa-Francorchamps et sur le VIR.
Pierre, son truc à lui, ce sont les montées pyrénéennes en… VTT sur la route. Un sacré exercice. Pour ce déplacement qui se veut le plus écologique possible, l’idée est de laisser la voiture au garage de l’hôtel et de partir rouler directement à vélo. Le VTT a été remplacé par un Scott.
Alors, croyez-le ou pas, mais Jules Gounon, un peu l’instigateur du déplacement, n’était pas là. Quoique…
En descendant en voiture vers Andorre-la-Vieille depuis le Pas de la Case, on croise une palanquée de cyclistes qui en chient tous. À un moment, on croit reconnaître Jules en pleine montée sur son Specialized Roubaix. Bien entendu, on lui envoie un message. C’était bien lui, avant de quitter son domicile pour un énième déplacement professionnel.
Une fois arrivés sur place, on se dit qu’on va aller se dégourdir les jambes en milieu d’après-midi et voir ce que donnent ces fameuses montées andorranes. Avec Pierre, nous prenons la direction de La Massana. On arrive à un rond-point et qui voit-on sur notre droite ? Le même Jules Gounon, cette fois en voiture et nous équipés en cyclistes. Improbable.
Après un rapide échange au bord de la route et quelques conseils de sa part pour les cols à monter, nous poursuivons notre route vers Ordino avant de redescendre à Andorre-la-Vieille pour attaquer le col de la Comella. Un peu plus de 8,5 % sur certaines portions : autant dire que nous sommes déjà bien loin de mes 272 mètres d’altitude habituels. Une belle petite saloperie qui arrache bien en guise d’apéritif.
Pour beaucoup, Andorre est avant tout le pays de la fiscalité facile. Pour les cyclistes, c’est surtout un endroit idéal si vous aimez les montées. Où que vous partiez, ça monte.
Samedi matin, de bonne heure, direction la station de Pal et ses 1 900 mètres d’altitude. Une montée qui se termine par une descente sous une pluie fine. Comme nous avions encore un peu de jus dans les jambes, retour vers la Comella, mais cette fois par le versant le plus difficile. L’entame donne immédiatement le ton avec ses 8,5 %.
Et là, un mec équipé en Bahrain Victorious nous passe. Lenny Martinez. Le gars fait un petit signe de la main. Toi, tu continues à monter à ton rythme et lui sort tranquillement son portable pour le consulter. Normal.
Deux jours plus tard, nous croisons Magdeleine Vallières, championne du monde en titre et coureuse chez EF Pro Cycling dans la montée du même col. Là aussi, petit signe de la main. C’est un peu le rituel lorsqu’on se croise, qu’on dépasse ou qu’on se fait dépasser.
Et inutile de chercher à suivre les pros pour faire le barbeau. Le col de La Comella n’est peut-être pas très long, mais c’est tout de même une belle petite saloperie que montent également deux coureurs de Picnic PostNL.
Par chance, nous bénéficions d’une météo plutôt sympa. Dimanche, nous tentons la montée vers Arcalis, à 2 229 mètres. Une belle vue au sommet et, surtout, un gars qui est monté en handbike. Respect.
Dans la descente, nous nous faisons doser par une coureuse de Visma-Lease a Bike que nous avons eu du mal à reconnaître. Où que vous alliez en Andorre, vous finissez par tomber sur des cyclistes professionnels en plein entraînement.
Tout cela est forcément entraînant et pousse à en faire toujours un peu plus. Lundi matin, la météo semble plus capricieuse, mais nous montons tout de même vers Engolasters et son passage à 10 %. Là, c’est un cycliste de NSN qui monte à son rythme. On entend un hélicoptère au loin et tu te prends à penser que tu es en pleine étape de La Vuelta. Sauf que personne ne t’encourage et que tu es tout seul comme un con sur ta machine à enchaîner les épingles.
Si, dans pas mal de pays, le partage entre automobilistes et cyclistes est pour le moins compliqué, Andorre est à l’inverse de tout cela. Les automobilistes se montrent particulièrement patients avec les vélos, sans compter les belles zones dédiées présentes sur bon nombre de routes fréquentées. On se sent rapidement en sécurité, ce qui n’est pas forcément le cas partout.
Sortir à vélo demande tout de même une certaine préparation. Il faut charger le téléphone, le GPS, le radar, le capteur de puissance, le dérailleur électrique, la ceinture cardiofréquencemètre, la montre Garmin, le Whoop… Le seul truc que tu ne peux pas charger en USB ou USB-C, ce sont tes jambes.
Ces quelques sorties nous auront finalement permis d'accumuler environ 4 000 mètres de dénivelé positif. Honnête pour un gars qui habite au niveau de la mer et pour un autre qui débutait sur un vélo de route. Nous aurions pu pousser un peu plus fort mais ce n’était pas vraiment le but. L’idée était surtout de découvrir, de rouler, de profiter et de partager quelques kilomètres.
Mon Whoop m’a d’ailleurs indiqué que ce plan de roulage était parfait pour ma perte de poids. Ouais… sauf qu’il faudrait plutôt arrêter d’en perdre pour en reprendre. Encore une histoire de BoP tout ça. Quand je vous dis que sport auto et vélo font bon ménage...
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