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Artisanat automobile...

24 Heures du Mans
9 nov. 2021 • 8:10
par
lmercier
Il est parfois bon de se replonger dans les archives. Certains écrits, qui datent de plusieurs décennies, peuvent toujours être d'actualité.

Ancien directeur du quotidien sportif L'Equipe, Edouard Seidler était connu pour sa passion du sport, de tous les sports. Le mardi 17 juin 1980, soit deux jours après la victoire de Jean Rondeau et Jean-Pierre Jaussaud aux 24 Heures du Mans, Edouard Seidler écrivait un édito en Une du quotidien L'Equipe. C'était il y a plus de 40 ans. Où est l'artisanat en 2021 ? A méditer... 

 

"Pour le grand public, désormais habitué à ce que les grands succès du sport automobile ne s'acquièrent qu'à coups de millions lourds, la victoire de "l'artisan" local, Jean Rondeau, est accueillie comme une grande surprise. Pour les initiés, qui l'ont accueilli avec beaucoup de sympathie, ce succès est pourtant surtout un retour aux sources. 

 

C'est déjà en "artisans" que des Porsche et Ferrari sont venus au Mans après la guerre, et y ont conquis leurs premiers titres de noblesse. C'est en artisans aussi que les Chapman, Brabham, McLaren, Tyrrell, Williams et autres Ligier ont débuté dans la compétition. Nombre d'entre eux, qui ont pourtant signé déjà des victoires retentissantes, en sont restés encore au stade de l'artisanat. Rares sont en effet ceux qui ont réussi à se muer en industriels. Porsche, Ferrari et Chapman (Lotus) l'ont fait. La plupart des autres ne l'ont pas même tenté. 

 

Ligier, qui était en position de réussir pareille mutation, s'est fait couper les ailes par les limitations de vitesse et la crise de l'énergie. Il n'en continue pas moins à construire des voitures de course, activité qui est pour lui, comme pour beaucoup d'autres, une fin en soi. 

 

La compétition automobile repose bien plus en fait, sur les artisans que sur les grands constructeurs. Ces derniers n'ont de présence massive que dans les rallyes où ils font courir des versions améliorées de leurs véhicules de série. Dans les épreuves d'endurance, les plus grands n'ont toujours eu que des présences épisodiques : Mercedes jadis, Ford ou Renault plus près de nous, ont quitté les circuits dès lors qu'ils avaient fait la preuve éphémère de leur supériorité. Seules aujourd'hui parmi les grandes maisons, Fiat, Renault et Alfa Romeo participent au Championnat de Formule 1. 

 

C'est donc bien sur les spécialistes, souvent plus passionnés qu'argentés, que repose aujourd'hui l'avenir de la compétition automobile. Leur survie et, quelque fois, leur prospérité est fondée sur deux facteurs. D'abord, la possibilité pour eux d'utiliser des groupes mécaniques existants (Ford Cosworth pour Rondeau et De Cadenet, par exemple, Peugeot pour WM), voire des voitures de petite série qu'ils améliorent et affûtent en fonction de la course (ainsi notamment des Porsche de Joest et Kremer).

 

Ensuite, l'aide qu'ils peuvent espérer de commanditaires qui ne sont plus seulement des entreprises du secteur automobile. Il n'y aurait pas de Ligier sans SEITA, et il n'y aurait pas eu de Rondeau si ITT, Le Point et Belga n'étaient venus renforcer l'appui d'un Total. 

 

La participation des grands au sport automobile étant de plus en plus aléatoire, c'est le couple artisan-sponsor qui peut assurer l'avenir de la compétition. En renouant avec le passé du Mans, Rondeau en préfigure sans doute aussi l'avenir." 

Commentaires (1)

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jyh5322@gmail.com

9 nov. 2021 • 11:36

Malheureusement ça ne pourrait être réalisé qu'en WEC puisque l'IMSA ne veut pas de marque en LMH fabriquant moins de 2500 voitures par an...Quid des LMDh ?