Hans-Joachim Stuck : « Sebring, c'est toujours une aventure »
Sebring occupe une place à part dans la carrière de Hans-Joachim Stuck. « Quand j’étais enfant, mon père me disait qu’il y avait quelques courses qu’un pilote devait absolument gagner : les 24 Heures du Mans, le Grand Prix de Monaco, les 12 Heures de Sebring et Indianapolis 500, se souvient-il. J’ai eu la chance de gagner Sebring et Le Mans. Ce sont des courses qui comptent énormément dans une carrière. »
« Sebring a toujours été un circuit très spécial pour moi. Ce n'est pas vraiment un circuit au sens traditionnel : c’était à l’origine un ancien aérodrome. Certaines portions utilisent encore aujourd’hui les mêmes dalles de béton. Pour aller vite là-bas, il fallait beaucoup d’expérience et de courage. Les bosses rendaient la conduite très exigeante. Mais l’ambiance était toujours incroyable, avec des spectateurs passionnés. Sebring, c'est toujours une aventure. »
S'il a remporté sa première victoire en 1975 sur une BMW 3.0 CSL, Stuck a beaucpup piloté pour Porsche dans les années 80, notamment au volant de la légendaire 962. Une voiture qui lui inspirait une grande confiance, tant des raisons liées à la sécurité qu'à la fiabilité.
« Avec une Porsche, on avait une sorte d’assurance, reprend-il. Les voitures conçues par Norbert Singer étaient extrêmement solides et la sécurité du pilote était toujours une priorité. Dans certaines voitures que j’ai conduites dans ma carrière, il arrivait que des pièces se détachent. Avec une Porsche, on savait que la voiture tiendrait. Cela vous permettait d’attaquer et de vous concentrer uniquement sur la course. D'autant qu'avec Norbert et Roland Kussmaul, nous avions toujours droit à des réglages spéciaux pour Sebring. »
Et cela revêt toute son importance, à Sebring encore plus qu'ailleurs. Mais en évoquant cela, Stuck ne peut s'empêcher un aparté sur les 24 Heures du Mans.
« Au Mans, la portion des Hunaudières est une route ouverte à la circulation, souligne-t-il. Et elle est concave. Avec toutes les autres voitures de course que j'ai pilotées, je devais toujours me concentrer. Avec la Porsche, on pouvait lâcher le volant et elle avançait toute seule, car Norbert Singer avait créé une suspension spéciale. Seule Porsche a fait ce genre de choses. »
Un gain en confiance qui n'est pas négligeable au moment de partir à l'assaut du chrono en qualifications. Notamment en 1985, quand Hans-Joachim Stuck a signé la pole position à Sebring avec la Porsche aux couleurs de Coca-Cola.
« Avant les qualifications, je me demandais où je pouvais encore gagner quelques dixièmes, où prendre un peu plus de risques, se souvient-il. À l’époque, il n’y avait pas les grandes zones de dégagement que l’on voit aujourd’hui sur les circuits F1. Il y avait de l’herbe, parfois rien du tout. Il fallait attaquer presque à 100 %, tout en s’assurant que la voiture serait encore en état pour la course. »
Mais la victoire obtenue l’année suivante, sa deuxième après celle décrochée en 1975 et donc la première avec Porsche reste l’un de ses souvenirs les plus marquants, malgré un contretemps dont il se serait bien passé.
« Normalement, perdre une roue sur une Porsche est presque impensable, rigole-t-il. Pourtant, cela nous est arrivé. Je l’ai perdue dans une ligne droite, ce qui m’a permis de garder le contrôle et de revenir aux stands à allure réduite pour éviter des dégâts trop conséquents. Mais perdre une roue et gagner la course le même jour, cela n’arrive pas souvent ! »
À l’époque, les courses d’endurance exigeaient une gestion constante de la mécanique. La douceur de pilotage était essentielle. Mais l'Allemand se souvient également d’une période où les risques étaient beaucoup plus importants qu’aujourd’hui.
« Sur une course de 12 heures, on ne pouvait pas rouler à 100 % tout le temps, reconnaît-il. On tournait plutôt autour de 75 à 80 % pour préserver le moteur, la boîte de vitesses et les freins. Parfois, en garder un peu sous la pédale vous permettait de vous épargner un changement de plaquettes, ce qui n'est pas négligeable. Il fallait être très fluide avec l’embrayage et les changements de vitesse.
La fiabilité faisait souvent la différence à la fin. Et puis nous avions des châssis en aluminium, alors qu’aujourd’hui les monocoques en fibre de carbone offrent une bien meilleure protection. Nous avons perdu beaucoup d’amis à cette époque. J’ai eu de la chance d’en sortir indemne. »
Ce ne fut pas le cas de son ami Joe Gartner, décédé le 1er juin 1986 au Mans, quelques semaines après avoir remporté le tour d'horloge floridien avec Stuck et Bob Akin.
« Joe et moi étions liés par une amitié particulière, nous a conté Stuck. Ce n’était pas seulement un bon ami, c’était aussi un très bon pilote. Un pilote qui savait aussi écouter les autres. Il apprenait, demandait des conseils et respectait les règles que nous avions établies. C'est important, surtout à Sebring. Il fallait faire attention aux dépassements, aux tours de retard. »
Un événement tragique qui participe sûrement au fait que de ses trois succès sur l'ancien aérodrome militaire, celui décroché en 1986 est celui que Hans-Joachim Stuck chérit le plus. C'était il y a 40 ans...
Commentaires
Connectez-vous pour commenter l'article