Le WEC à Monza : trois éditions, trois scénarios
En seulement trois éditions, de 2021 à 2023, le WEC aura connu son lot de rebondissements à Monza. L'Autodromo Nazionale a en effet bénéficié de deux circonstances totalement indépendantes du sport automobile pour accueillir le championnat du monde d'endurance, après avoir déjà organisé les essais d'avant-saison en 2017.
En 2021, c'est la pandémie de Covid-19, qui n'avait pas encore totalement tiré sa révérence, qui a permis à Monza de faire son entrée au calendrier du WEC. Cinq ans plus tard, le contexte est bien différent, mais les raisons sont à nouveau extérieures au sport : l'instabilité géopolitique au Moyen-Orient a contraint le championnat à revoir ses plans et à se tourner une nouvelle fois vers le circuit italien. Les milliers de tifosi ne s'en plaindront certainement pas.
Un détail mérite toutefois d'être souligné : les trois précédentes éditions du WEC à Monza se sont toutes déroulées en juillet, avec des conditions climatiques forcément bien différentes de celles attendues en novembre. En 2021, l'épreuve avait lieu avant les 24 Heures du Mans et les deux années suivantes dans la foulée de la classique mancelle. Cette fois, c'est la finale WEC qui se rend à Monza.
Monza 2021 : Toyota au bout de l'effort
Après 29 ans d'absence, le WEC retrouvait Monza pour une course particulièrement animée, à un mois des 24 Heures du Mans. Toyota décroche une troisième victoire consécutive en 2021, mais le succès de la GR010 Hybrid n°7 est loin d'avoir été une formalité. Partie depuis la pole position, la Toyota n°7 de Mike Conway, Kamui Kobayashi et José María López mène les débats durant une grande partie de l'épreuve. Sa sœur, la n°8 de Sébastien Buemi, Kazuki Nakajima et Brendon Hartley, connaît en revanche une course cauchemardesque, marquée par plusieurs problèmes de pression de carburant et de perte de puissance.
La concurrence en profite. L'Alpine A480 n°36 d'André Negrão, Nicolas Lapierre et Matthieu Vaxiviere affiche un excellent rythme et reste à l'affût du moindre faux pas japonais. La Glickenhaus 007 LMH se montre également compétitive, au point de prendre brièvement la tête avec la n°709 de Romain Dumas, Franck Mailleux et Richard Westbrook.
À deux heures de l'arrivée, la Toyota n°7 connaît à son tour des difficultés. Kamui Kobayashi doit immobiliser sa voiture en piste pour effectuer une réinitialisation, tandis qu'une crevaison impose un passage supplémentaire par les stands.
Alpine revient alors dans la course à la victoire. Mais le constructeur français ne parvient pas à renverser la situation. Malgré une fin de course sous pression, Mike Conway franchit la ligne d'arrivée en vainqueur avec 1' d'avance sur l'Alpine n°36. Toyota signe ainsi un premier pour l'équipage de la n°7.
Derrière les deux Hypercars, la catégorie LMP2 voit United Autosports USA s'imposer avec l'Oreca 07-Gibson n°22 de Phil Hanson, Fabio Scherer et Filipe Albuquerque. L'équipage britannique complète même le podium général, à quatre tours des vainqueurs.
En GTE Pro, la lutte entre Porsche et Ferrari tient toutes ses promesses. La Porsche 911 RSR n°92 de Kevin Estre et Neel Jani prend finalement le dessus sur la Ferrari 488 GTE Evo n°51 d'Alessandro Pier Guidi et James Calado. Cette dernière doit effectuer un ultime ravitaillement à deux minutes de l'arrivée, alors qu'elle pouvait encore espérer la victoire.
Enfin, en GTE Am, AF Corse signe une superbe remontée avec la Ferrari n°83 de François Perrodo, Alessio Rovera et Nicklas Nielsen. Partie du fond de grille à la suite d'une infraction technique, elle s'impose devant deux Aston Martin.
Monza 2022, Alpine fait tomber Toyota au terme d'un duel épique
Un an après le retour du WEC à Monza, le circuit italien offre un nouveau spectacle de premier plan. Cette fois, c'est Alpine qui s'impose face à Toyota au terme d'une course particulièrement disputée, marquée également par les débuts en compétition de la Peugeot 9X8, un an après sa présentation officielle en Italie.
La Glickenhaus 007 LMH n°708 d'Olivier Pla, Romain Dumas et Pipo Derani se montre la plus rapide en qualifications. En course, le prototype américain confirme son potentiel et prend rapidement les commandes. Pendant près de trois heures, il semble en mesure de décrocher sa première victoire en WEC. Mais un problème de turbo met brutalement fin à ses ambitions. La Glickenhaus abandonne alors qu'elle possède une avance confortable, laissant Toyota et Alpine se disputer la première place.
Les deux Toyota GR010 Hybrid sont dans le match, mais l'Alpine A480 n°36 d'André Negrão, Nicolas Lapierre et Matthieu Vaxiviere ne lâche rien. Le duel prend une autre dimension dans la cinquième heure, lorsque Vaxiviere et Kamui Kobayashi se retrouvent côte à côte dans la ligne droite principale. Le contact entre les deux prototypes provoque une crevaison sur la Toyota n°7, qui doit repasser par les stands. Kobayashi est ensuite sanctionné d'un stop-and-go de 90 secondes, jugé responsable de l'accrochage. La Toyota n°7 perd toute chance de victoire.
Dans la dernière heure, la bataille se concentre sur Matthieu Vaxiviere et Ryo Hirakawa, au volant de la Toyota n°8. Le Français résiste au retour du Japonais et franchit finalement la ligne d'arrivée avec seulement 2,782 secondes d'avance. Alpine signe ainsi sa deuxième victoire de la saison après Sebring. Derrière, la Toyota n°7 de Conway, Kobayashi et López termine troisième, à deux tours des vainqueurs.
Cette édition est également marquée par les débuts en compétition de la Peugeot 9X8. Les deux prototypes français sont attendus avec beaucoup de curiosité, mais leur première sortie est compliquée. La n°93 de Paul Di Resta, Mikkel Jensen et Jean-Éric Vergne abandonne après un accident à l'entrée de la voie des stands. La n°94 de Loïc Duval, Gustavo Menezes et James Rossiter termine loin, à 25 tours des vainqueurs.
En LMP2, Realteam by WRT s'impose avec l'Oreca 07 n°41 de Rui Andrade, Ferdinand Habsburg et Norman Nato.
En LMGTE Pro, Corvette crée la surprise avec la C8.R n°64 de Tommy Milner et Nick Tandy. Les deux hommes profitent notamment d'un ultime arrêt des Ferrari pour décrocher la victoire. En LMGTE Am, Dempsey-Proton Racing l'emporte avec la Porsche n°77 de Harry Tincknell, Christian Ried et Sebastian Priaulx. Les Iron Dames signent quant à elles une belle deuxième place avec leur Ferrari.
Monza 2023 : Ferrari triomphe à domicile devant les tifosi
Pour son retour à Monza, Ferrari ne pouvait rêver meilleur scénario. À domicile, devant des milliers de tifosi, la marque italienne remporte les 6 Heures de Monza avec la 499P n°51 d'Alessandro Pier Guidi, James Calado et Antonio Giovinazzi. Une victoire symbolique, quelques semaines après le triomphe de la marque aux 24 Heures du Mans.
La course est particulièrement disputée dans la catégorie Hypercar. Toyota, Ferrari, Porsche et Cadillac se livrent une bataille intense, avec des stratégies différentes et plusieurs changements de position. Partie depuis la pole position, la Ferrari n°50 d'Antonio Fuoco, Miguel Molina et Nicklas Nielsen joue également les premiers rôles, mais c'est finalement la voiture sœur qui va tirer son épingle du jeu.
La Toyota GR010 Hybrid n°7 de Mike Conway, Kamui Kobayashi et José María López reste longtemps dans le match. La n°8 de Sébastien Buemi, Brendon Hartley et Ryo Hirakawa connaît en revanche une course compliquée, notamment après un contact avec la Ferrari n°51.
La fin de course tourne finalement à l'avantage de Toyota. La GR010 Hybrid n°7 de Mike Conway, Kamui Kobayashi et José María López résiste au retour de Ferrari et s'impose après 200 tours. La n°50 d'Antonio Fuoco, Miguel Molina et Nicklas Nielsen termine à seulement 16,520 secondes. Peugeot complète le podium avec la 9X8 n°93 de Paul Di Resta, Mikkel Jensen et Jean-Éric Vergne. Un résultat encourageant pour le constructeur français, qui confirme ses progrès depuis Le Mans.
Cette édition permet également de mesurer la progression des différents constructeurs. Porsche, qui engage sa 963 pour la première fois à Monza, montre déjà un potentiel intéressant. Cadillac poursuit son apprentissage avec la V-Series.R, tandis que Glickenhaus reste dans le match malgré des performances moins éclatantes qu'en 2022.
En LMP2, Jota s'impose avec l'Oreca 07 n°28 de Pietro Fittipaldi, Oliver Rasmussen et David Heinemeier-Hansson. En LMGTE Am, Dempsey-Proton Racing remporte la course avec sa Porsche n°77 de Christian Ried, Mikkel Pedersen et Julien Andlauer. Corvette décroche toutefois le titre mondial de la catégorie à l'issue de cette manche.
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