Présent et avenir du China GT avec Davide De Gobbi (Topspeed)
Passé par Prema durant sa carrière européenne, notamment en tant que directeur technique et Team Manager, puis dans la détection de pilotes durant son passage au sein de Toyota F1, Davide De Gobbi a choisi au virage de l'année 2004 de se tourner vers un tout nouvel horizon avec la Chine.
Alors presque inconnu sur le plan du sport automobile, le pays accueille cette même année son premier Grand Prix de F1. Visionnaire avant l'heure, l'Italien sent que la Chine peut devenir un nouvel Eldorado en terme de compétition automobile.
D'abord en contact avec le pays, De Gobbi s'y rend d'abord en tant que directeur technique d'équipes en Asian Formula Renault. C'est ensuite vers la promotion du sport automobile que le Transalpin fonde Topspeed Limited Shanghai pour aider notamment les marques à s'implanter en compétition en Chine.
Aujourd'hui promoteur du China GT depuis 2025, mais aussi impliqué dans les 12 Heures de Sepang ou encore les 8 Heures de Shanghai, Topspeed a fait franchir une marge au championnat national. L'occasion de faire le point sur un China GT en pleine mutation.
Comment avez-vous lancé ce China GT « nouvelle formule » ?
Les pilotes locaux voulaient courir et nous avons donc commencé avec ce que nous appelions à l'époque le « GT Sprint ». Nous avons perçu un réel potentiel, mais après le Covid, la situation a changé : de nombreux pilotes basés en Chine étaient restés bloqués pendant trois ans. Plusieurs sont allés courir en Europe.
De notre côté, le championnat avait un peu perdu en fréquentation, mais tout a changé l'année dernière car nous avons acquis les droits du « China GT ». Avoir un titre national pour une épreuve chinoise change tout pour eux. Ils sont très fiers de cette appellation nationale. Et nous bénéficions ainsi d'un meilleur soutien de la part de la fédération, des circuits et des autorités locales. Les Chinois sont très fiers de leur pays. C'est pourquoi, avec le nom « China », nous pouvons attirer des partenaires.
Honnêtement, nous sommes aussi des promoteurs respectés : nous savons faire notre métier. Nous avons apporté beaucoup plus de professionnalisme à la série, notamment en termes d'organisation et de contrôles techniques. Les pilotes ont commencé à revenir, car s'ils aiment voyager, ils préfèrent rester en Chine si les événements s'y déroulent. Nous avons donc vu les gens revenir, et les effectifs ont recommencé à augmenter dès l'année dernière. Nous sommes remontés à 30, 32, 33 voitures, et l'intérêt grandit. Nous avons lancé un excellent calendrier, avec deux courses à Shanghai, car les Chinois apprécient Shanghai.
Au final, la situation diffère de l'Europe, où l'on peut gérer les paddocks via des appels d'offres ou profiter des opportunités offertes par de plus grands circuits. Ici en Chine, il y a peut-être deux ou trois autres circuits, mais cet endroit est très pratique : c'est près de l'aéroport, dans une grande ville avec des magasins et des divertissements, et les gens aiment venir ici. Nous avons donc investi pour courir ici, mais le retour sur investissement est important. Les pilotes apprécient le lieu et reviennent, tout comme les partenaires qui y organisent des opérations promotionnelles. Cela a créé un effet d'entraînement.
La participation d'une star très célèbre (Wang Yibo, acteur et ancien membre d’un groupe de K-Pop, Ndlr) a aussi eu un impact majeur sur le public et les médias, attirant énormément de monde, avec des gens qui n’étaient pas forcément fans de sport automobile. C’est agréable de courir devant des tribunes pleines, pour les partenaires et les sponsors.
Cela a aussi complètement changé la donne. Notre programme est désormais suivi par des millions de téléspectateurs. Lors de la dernière course, nous avons atteint plusieurs millions de téléspectateurs, des chiffres réels, pas des audiences achetées. Nous nous rapprochons ainsi des audiences des grands événements. Cela devient un argument pour les partenaires : même si le public n'est pas composé de fans de sport automobile, cela peut être intéressant pour d'autres produits, pour la promotion ou la publicité. Et donc les médias et les partenaires s'y intéressent.
Nous essayons d'attirer les fans de compétition mécanique, nous en avons beaucoup qui nous apprécient, mais nous touchons aussi d'autres types de fans. La présence de cette star aide à populariser la série, tout en s'ajoutant à notre base solide de fans de sport automobile. Nous avons désormais un atout supplémentaire que nous n'avions pas auparavant.
Et peut-être les convertir plus durablement au sport automobile ?
Oui. Les choses évoluent, cela commence à changer. Depuis l'année dernière, nous constatons une évolution. Quand nous organisons des événements sans lui, nous vendons quand même un nombre important de billets, alors qu'auparavant, les ventes étaient nulles. Or, pour être honnête, beaucoup d'événements de sport automobile n'attirent pas énormément de spectateurs. Même en Europe, hormis quelques grandes compétitions, l'affluence reste modeste. Nous avons donc remarqué que le public est présent même lorsqu'il ne vient pas. Nous avons aussi beaucoup de téléspectateurs.
Avez-vous constaté plus d’audience venant hors de Chine ?
Oui, le nombre de téléspectateurs augmente car tout le monde suit désormais les courses. C'est devenu un grand spectacle, ce qui le rend plus attractif. Nous voyons aussi arriver davantage de pilotes officiels. Nous retrouvons un grand nombre de marques automobiles engagées dans un championnat : Porsche, Ferrari, BMW, Audi... elles sont toutes présentes. La présence de certains constructeurs en attire d'autres, désireux de multiplier les actions promotionnelles. Ici, nous avons une Porsche dans le paddock (la 911 GT4 R). Le plateau s'agrandit, non pas grâce à la présence d'une star ou d'une célébrité, mais parce que les constructeurs voient que le spectacle prend de l'ampleur et veulent en faire partie. Ils viennent donc nous rejoindre. Avec 60 voitures et 120 pilotes, la dynamique est lancée et l'événement ne cesse de grandir.
Le marché chinois du GT est-il totalement différent de celui de l'Europe ?
Complètement différent. Ici, c'est le « gentleman driver » qui possède la voiture, et non l'écurie. L'amateur achète la voiture et confie sa gestion technique à une équipe. Il peut apprécier différents modèles ; certains ont une Ferrari, mais aussi une Lamborghini ou une Porsche dans leur garage. Une année, ils roulent avec l'une, l'année suivante avec une autre... Ils aiment acheter des voitures. C'est un marché bien distinct.
Notre stratégie repose également sur les pilotes amateurs. Ce n'est pas que nous refusons les pilotes officiels, mais ce n'est pas notre cible prioritaire. Nous ne visons pas les écuries professionnelles, mais bien les pilotes amateurs. Nous mettons tout en œuvre pour que les amateurs se sentent à l'aise dans ce championnat, car comme vous le savez, le marché automobile ne se porte pas très bien actuellement. Il faut donc être prêt : si le marché automobile faiblit, ce sont les gentlemen drivers qui soutiendront le secteur. Si un constructeur se retire, nous voulons éviter une chute brutale comme celle observée dans d'autres catégories, comme le tourisme, qui décline actuellement faute de constructeurs.
Ici, nous n'avons pas d'équipes d'usine. Certes, des pilotes officiels viennent parfois courir, mais il n'y a pas d'écuries officielles. Tout repose sur les gentlemen drivers. C'est le fondement même du sport automobile chinois, en particulier en GT : tout repose sur les propriétaires de voitures.
Mais certains possèdent leur propre équipe …
Certains possèdent leur équipe, d'autres font appel à des écuries existantes. Ils arrivent avec leur voiture et s'adressent à l'équipe A, B ou C. Ils demandent un devis, et c'est pour cela qu'on voit des équipes gérer une Ferrari, une Audi et une Mercedes-AMG, par exemple, tandis qu'une autre a une Lamborghini et une Porsche. Il n'y a pas cette fidélité à une marque qu'on trouve chez les équipes européennes. Les équipes européennes grandissent avec une seule marque. Ici, c'est un marché mixte.
Pourrait-on voir à l'avenir des équipes européennes venir ici avec des pilotes amateurs ?
Oui, bien sûr, elles connaissent déjà bien le marché asiatique. Elles apportent déjà leur soutien à certaines équipes du GT World Challenge. Un autre phénomène s'est produit pendant le Covid : la Chine était totalement fermée, aucun technicien ni ingénieur ne pouvait venir. Cela a forcé les équipes à se développer par elles-mêmes. Les Chinois sont vraiment intelligents et ont énormément progressé en trois ans. Nous avons désormais beaucoup plus d'équipes, d'ingénieurs et de mécaniciens. Si vous regardez autour de vous, vous verrez quelques ingénieurs européens, mais les mécaniciens sont tous locaux, et beaucoup d'équipes ont aussi des ingénieurs locaux.
La période du Covid a beaucoup aidé à développer l'expérience et le savoir-faire des équipes locales. Et si vous regardez la grille de départ, la présentation est soignée : les voitures sont bien préparées, les garages sont bien aménagés. Le niveau a augmenté. Le fait d'avoir été isolés pendant trois ans a obligé chacun à se développer par ses propres moyens. Les équipes peuvent bénéficier d'un soutien à distance, mais il faut se débrouiller seul, gérer la voiture soi-même. Et aujourd'hui, le niveau des équipes chinoises a clairement progressé. Nous avons des équipes chinoises ainsi que des pilotes ayant remporté le GT World Challenge ou des championnats asiatiques qui courent à un haut niveau. C'est une conséquence de la situation liée au Covid.
Pourrions-nous voir deux pilotes européens partager la même voiture, ou est-il obligatoire d'avoir un pilote chinois ?
Nous sommes ouverts à cette possibilité.
Nous pourrions donc voir deux pilotes amateurs venus d'Europe ?
Oui, tout à fait. Par contre, notre objectif premier n'est pas le professionnalisme. Honnêtement, je ne cherche pas à demander aux constructeurs d'engager une équipe officielle. Je ne le souhaite pas. Ce n'est pas dans notre intérêt. Notre priorité est de satisfaire les pilotes amateurs. Nous avons d'ailleurs cinq ou six catégories de podiums différentes. Ils veulent monter sur le podium avec un trophée, prendre des photos pour les montrer à leur famille ou au bureau. Nous avons donc des catégories « Amateur » et « Amateur Plus ». Nous divisons les pilotes en différentes classes.
Pourquoi ? Parce que dans la classification FIA, on trouve les catégories Platine, Or, Argent et Bronze. L'écart de performance peut être important : il peut y avoir environ deux secondes entre un bon pilote Argent et un bon pilote Platine, mais jusqu'à six secondes entre un bon amateur et un débutant. Nous divisons donc la catégorie pour distinguer les amateurs expérimentés des débutants, car nous en avons beaucoup.
Cela nous permet de mieux les motiver : un bon amateur est différent d'un amateur lambda. Nous appliquons donc des pénalités de temps différentes lors des arrêts aux stands. Le fait de diviser les classes et de prévoir des podiums distincts aide beaucoup à satisfaire les pilotes amateurs.
Gérez-vous votre propre BoP ?
Oui. Nous établissons notre propre BoP et nous avons développé notre propre système d'enregistrement de données pour cela. La Chine est très en pointe en matière de technologie, y compris pour la BOP. Le boîtier enregistre toutes les données et nous les transmet en direct. Nous pouvons ainsi suivre le comportement de la voiture en temps réel et intervenir immédiatement. Nous avons un suivi en direct et un enregistrement, ce qui permet aux commissaires de course d'analyser les actions des voitures. La localisation GPS, la signalisation des commissaires... tout est développé en interne.
Le GPS est obligatoire ?
Oui, nous surveillons la vitesse, notamment lors des neutralisations (Full Course Yellow). Nous contrôlons la vitesse en temps réel : si une voiture dépasse les 80 km/h, nous le voyons immédiatement grâce à la télémétrie en direct. Nous ne nous basons pas sur les écarts, mais sur la vitesse réelle. Nous recevons une alerte dès qu'une voiture dépasse la limite. Grâce à la transmission en direct, si une voiture effectue une manœuvre particulière pendant la course, nous pouvons l'analyser et prendre les mesures nécessaires.
Nous disposons également d'un système de signalisation de piste développé en interne ici en Chine, et bien moins cher que ceux des autres marques, qui nous permet de transmettre les informations comme les drapeaux et d'enregistrer les données. Autour de la BoP, nous restions proches des standards utilisés ailleurs et nous effectuons des ajustements en fonction de ce que nous observons sur la piste. Cela nous permet de réagir immédiatement, sans avoir à attendre un ingénieur spécialisé basé ailleurs.
Si une anomalie survient, car personne n'est parfait, nous pouvons réagir sur-le-champ grâce aux données de la voiture que nous comparons avec notre système d'acquisition. Quant aux commissaires sportifs, nous avons un mélange de personnel international venu de l'étranger et de personnel chinois.
La directrice de course, Janette Tan, vient de Singapour. Elle a été l'adjointe de Rui Marques, l'actuel directeur de course en Formule 1, et possède donc une grande expérience. Nous travaillons avec elle depuis longtemps ; elle parle chinois et anglais et dispose d'une solide expérience FIA. Nous avons un commissaire venu de l'étranger et deux commissaires locaux. Nous apportons ainsi une expérience internationale tout en aidant le volet sportif chinois à se développer, c'est notre démarche.
Vous allez à Sepang en Malaisie pour la première fois cette année, est-il prévu d’autres manches hors de Chine à l'avenir ?
Pas vraiment. Nous tentons l'expérience une première fois pour voir les retours, car, comme je vous le disais, les Chinois n'ont pas forcément l'habitude de s'exporter. Certains aiment voyager, d'autres sont plus réticents ou moins enclins à le faire. Nous essayons avec Sepang parce que c'est très pratique : le circuit est à 10 minutes de l'aéroport et l'hôtel est situé à l'aéroport même. Il y a aussi une importante communauté chinoise sur place, donc beaucoup de gens parlent chinois. Nous entretenons de bonnes relations avec le circuit. Nous allons donc essayer et voir ce que cela donne, mais honnêtement, notre objectif n'est pas de nous étendre à toute l'Asie.
Il s'agit probablement d'ajouter une manche supplémentaire, car nous devons trouver un circuit doté des infrastructures adéquates pour accueillir peut-être 70 voitures l'année prochaine, tout compris. Il nous faut donc des stands et un grand circuit, idéalement de catégorie 1. Les options sont limitées en Asie. Sepang est donc l'option la plus simple que nous envisageons. Nous verrons bien, mais pour l'instant, les retours sont positifs. Nous attendons un nombre important de voitures, y compris des concurrents locaux de Sepang qui devraient se joindre à nous.
Sepang est un autre pôle du sport automobile. Nous comptons donc sur leur participation. Le Japon est un autre pôle majeur, mais c'est un marché totalement différent. Les Malaisiens souhaitent y participer. Les Japonais, eux, ne viendront jamais, par exemple, car ils disposent de leurs propres championnats et d'une scène locale très développée. L'idée est donc de tenter le coup et de voir ce que cela donne, d'autant que nous organisons aussi les 12 Heures de Sepang. C'est donc un moyen pour nous d'y acheminer les voitures. Nous sommes également confrontés à une contrainte logistique : les voitures présentes ici sont importées en franchise de droits de douane, à condition que chaque année, le véhicule sorte du territoire.
Il faut faire sortir la voiture de Chine puis la faire revenir. Nous renouvelons donc la caution chaque année. Ainsi, l'équipe s'occupe de ce transfert aller-retour et en profite pour participer à une course. Sinon, le transport se ferait à vide, sans but précis. Au moins, cela permet désormais d'organiser un événement. C'est donc une combinaison d'avantages logistiques et d'une nouvelle piste pour eux. C'est un beau circuit, facile d'accès pour les équipes chinoises.
Vous avez aussi un volet Endurance à Shanghai et à Sepang ?
Oui, nous organisons les 8 Heures de Shanghai dans la foulée du Covid, et nous avions déjà repris les droits des 12 Heures de Sepang trois ou quatre ans auparavant. Nous constatons une forte augmentation du nombre de participants en endurance.
Mais elles ne font pas partie du championnat China GT …
Non. Le championnat compte cinq manches. Nous avons limité le championnat à cinq manches pour des raisons de coût et de logistique. Tout est concentré sur trois jours. Le vendredi, parfois le jeudi, car le programme est chargé, nous avons trois heures d'essais, puis les qualifications et la course. Nous ne multiplions pas les séances car nous voulons limiter les budgets. Il y a cinq trains de pneus, trois heures d'essais, qualifications et course.
Les pilotes ou les équipes ont-ils demandé à inclure des courses d'endurance dans le championnat ?
Non, il vaut mieux garder cela comme une course à part. D'ailleurs, notre licence pour le China GT ne couvre pas l'endurance. Il existe une licence spécifique pour les courses d'endurance. Nous préférons donc opérer séparément. Nous collaborons avec le circuit de Shanghai et ils souhaitaient développer leur propre propriété intellectuelle. Nous les aidons à mettre sur pied ce nouvel événement. Il en va de même pour Sepang : nous les aidons aussi à développer cette épreuve d'endurance, car ce sont les deux courses les plus importantes pour le marché asiatique.
Êtes-vous confiant quant à l'arrivée d'autres marques à l'avenir ?
Oui. Des constructeurs sont déjà en discussion avec nous. Ils envisagent de se lancer. Ils ont besoin de vendre des voitures et nous sollicitent pour une collaboration. Nous sommes en pourparlers avancés avec plusieurs autres constructeurs intéressés par une entrée sur le marché. Le problème, c'est que nous avons déjà beaucoup de voitures ; il est donc difficile de s'agrandir davantage. En fait, notre objectif principal pour l'avenir n'est pas d'augmenter le nombre de voitures, car comme je l'ai dit, nous visons un plateau de 32 voitures. Nous ne voulons pas aller au-delà afin de minimiser les problèmes, tant sur le plan sportif qu'en matière de sécurité.
Nous voulons donc davantage travailler sur l'aspect événementiel pour créer un véritable spectacle autour de la course, en proposant d'autres animations, des concerts, peut-être, ou des expositions automobiles et autres activités. Nous voulons en faire un événement familial et nous inspirer davantage de la Formule 1. La Formule 1, c'est certes une compétition sportive, mais c'est avant tout un spectacle global. Nous n'atteindrons jamais leurs chiffres, bien sûr, mais comme vous le voyez, nous attirons une foule importante et nous devons en tirer parti.
Nous devons exploiter ce potentiel et proposer quelque chose. Il nous faut donc faire preuve de créativité et proposer quelque chose de nouveau pour les inciter à venir avec leur famille et à passer une journée ou un week-end ici, en profitant d'une multitude d'activités liées au sport automobile. Je pense que nous avons déjà beaucoup grandi ; honnêtement, je ne vois pas vraiment de marge de progression supplémentaire, car nous ne pouvons pas agrandir la grille de départ.
C'est pourquoi je pense que nous exploitons déjà environ 90 % de notre potentiel dans le domaine du sport automobile. Certes, nous pourrions avoir davantage de pilotes officiels ou attirer d'autres marques, mais nous atteignons là nos limites. Nous voulons donc désormais nous concentrer sur la qualité du spectacle, l'arrivée de nouveaux partenaires et le divertissement.
Et à l'avenir, est-il possible de voir des constructeurs chinois en GT ?
Il y a des projets en cours. Certains sont venus nous voir. Ce n'est un secret pour personne qu'un constructeur de Pékin (Great Wall) a déjà annoncé un projet. Ils voient le potentiel du marché et considèrent probablement que c'est le moyen le plus simple pour eux de rivaliser dans ce segment. C'est un projet abordable par rapport à d'autres dans le sport automobile. Ils peuvent concourir ici, dans leur propre pays, puis s'étendre ailleurs. Nous avons déjà reçu plusieurs visites de constructeurs chinois et certains ont lancé leur projet immédiatement après nous avoir rencontrés, et je pense vraiment qu'ils vont le faire, j'en suis convaincu.
Je sais que certains développent déjà des projets et des idées pour être potentiellement prêts d'ici 2028. Peut-être que cela prendra un peu plus de temps, mais ils ont des idées et voient bien que c'est probablement le segment où ils peuvent mettre en valeur leurs performances actuellement. Car dans d'autres catégories, comme la Formule 1, dont ils parlent aussi, les budgets sont tout autres. Le GT3 est sans doute le niveau de compétition le plus abordable.
Et cela permet aussi de vendre des voitures de route …
Exactement. Par ailleurs, le marché chinois est un peu particulier en raison de l'essor des voitures électriques. Ce n'est pas évident. En fait, je suis même un peu surpris que certains décident de se lancer dans le GT3, car le marché est aujourd'hui dominé par l'électrique. Notre sponsor principal est Xiaomi, qui produit notamment des voitures électriques. Ils tiennent à être présents car ils se situent sur le même segment que toutes ces autres marques sportives. Et, même s'ils ne peuvent pas rivaliser directement avec les autres marques sportives, ils veulent au moins participer à l'événement. C'est leur philosophie.
Porsche Motorsport Asia Pacific est un partenaire majeur pour vous, pour Top Speed ?
C'est effectivement l'un des constructeurs présents ici. Nous avons d'autres activités avec eux, mais nous collaborons avec presque tous les constructeurs. Nous fournissons de nombreux services à différents constructeurs dans le cadre du China GT. C’est l'un des acteurs les plus importants du China GT, et le constructeur le plus représenté en GT3, GT4 et GTC. Nous entretenons donc d'excellentes relations et un partenariat solide avec eux.
Compte tenu de vos liens avec la fédération, est-il prévu de mettre en place un programme de développement pour faire émerger de jeunes pilotes dans le championnat ?
Pas vraiment dans ce segment, honnêtement. La fédération se concentre davantage sur le karting et les formules de promotion juniors. Mais, nous profitons du fait que ce secteur est en plein essor, car davantage de pilotes s'y intéressent. On voit d'ailleurs apparaître de nombreux jeunes pilotes qui sont les enfants des pilotes actuels. Beaucoup d'entre eux commencent par le karting. C'est donc dans cinq ou dix ans que la nouvelle génération arrivera, car le sport automobile n'est pas très populaire en Chine.
En fait, le problème n'est pas tant que c'est un sport coûteux, mais plutôt que ce n'est pas une discipline olympique. La Chine se concentre vraiment sur les Jeux olympiques et les championnats du monde. Le statut olympique compte beaucoup, surtout quand on sait que la Chine a appliqué la politique de l'enfant unique pendant de nombreuses années. Même si elle a été abandonnée, les familles n'ont souvent qu'un seul enfant, et on ne l'envoie pas forcément faire du sport automobile. L'accent est mis sur l'éducation.
Le sport automobile reste donc une niche très, très restreinte et c'est aussi un sport relativement nouveau. Les gens n'ont pas grandi avec la passion du sport automobile. Il n'y avait pas de voitures ici en Chine il y a quelques décennies. Or, pour faire du sport automobile, il faut sa propre voiture, il faut commencer à travailler dessus, la préparer, la régler.
C'est la génération qui apprécie le sport automobile ; ils achètent des voitures et commencent maintenant à y initier leurs enfants. Le sport automobile se développe donc, et beaucoup d'entre eux font faire du karting à leurs enfants. Nous avons quelques bons pilotes chinois, même s'ils sont très peu nombreux pour l'instant, mais je pense que dans dix ans, nous en verrons arriver de plus en plus grâce à l'engouement de cette génération.
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