China GT : la Chine se construit un championnat GT3 à sa mesure
Longtemps resté dans l'ombre des grands championnats GT asiatiques tels que le Super GT, le Super Taikyu ou le GT World Challenge Asia, le China GT est en passe de franchir un cap : plateau GT3 en hausse, multiplication des constructeurs, arrivée de nouveaux acteurs chinois, professionnalisation des équipes et première sortie hors de Chine à Sepang : le championnat national chinois cherche désormais à dépasser le simple statut de série locale.
Ce week-end, 31 GT3 sont attendues à Shanghai pour le pénultième meeting de la saison, sans oublier 22 GT4 et 7 GTC, soit un total de 60 GT. Le China GT prend de l'ampleur.
Un championnat national qui veut devenir une référence
Le China GT reste avant tout le championnat national GT chinois. Son ambition affichée est cependant beaucoup plus large : devenir une plateforme de développement pour les pilotes et les équipes et construire une série GT de référence à dimension internationale.
La saison 2026 marque à ce titre un changement important. Le calendrier comporte cinq rendez-vous, avec Shanghai, Ningbo, Zhuhai, un nouveau passage par Shanghai puis une finale à Sepang, en Malaisie, du 6 au 8 novembre. Cette manche malaisienne constitue un symbole. Le China GT va pour la première fois réellement sortir de son territoire national dans le cadre de son championnat 2026.
Il ne faut toutefois pas y voir encore une véritable série asiatique. Une seule épreuve hors de Chine ne suffit évidemment pas à transformer un championnat national en championnat régional. Mais le mouvement est intéressant : le China GT commence à utiliser des circuits et des marchés qui dépassent son environnement domestique.
Et Sepang n'a pas été choisi au hasard. Le circuit malaisien est depuis longtemps un point de passage du GT asiatique et permet de mesurer le niveau d'une équipe ou d'un pilote chinois face à un environnement international. De quoi également permettre aux équipes de sortir du pays même si certaines ont déjà l'expérience des courses internationales.
Une pyramide GT qui commence à prendre forme
L'autre évolution importante concerne la structure du championnat sous l’égide de Top Speed, promoteur bien connu en Asie.
En 2026, le GT3 est séparé des catégories inférieures. Les GT3 disputent leur propre compétition tandis que GTS et GTC évoluent ensemble. Cette évolution donne davantage de lisibilité à l'ensemble et rapproche le fonctionnement du championnat de ce que l'on retrouve dans les grandes séries GT internationales.
Le GTS accueille des voitures répondant aux spécifications GT4 internationales. On retrouve notamment des Porsche 718 Cayman GT4 RS Clubsport, BMW M4 GT4 EVO, Toyota GR Supra GT4 EVO II, Mercedes-AMG GT4 ou Audi R8 LMS GT4. Le GTC fonctionne sur un principe différent avec des voitures de coupe : Porsche 911 GT3 Cup, Ferrari 296 Challenge et Lamborghini Huracán Super Trofeo EVO2.
Une nouvelle génération de GT3
Ferrari a notamment fait débuter en Chine sa 296 GT3 EVO, avec FIST Team AAI et Climax Racing. Porsche aligne la 911 GT3 R EVO, tandis que BMW est toujours représenté par la M4 GT3 EVO et Mercedes-AMG poursuit avec la GT3 EVO. Audi conserve plusieurs R8 LMS GT3 EVO II alors qu'Absolute Racing engage une Lamborghini Huracán GT3 EVO2.
Pour un constructeur, disposer d'une activité de compétition-client en Chine ne consiste plus simplement à vendre quelques voitures à des gentlemen drivers. Il faut désormais pouvoir compter sur des équipes capables d'exploiter correctement une GT3, de fournir un service technique et de faire progresser les pilotes.
Et c'est précisément ce qui est en train de se mettre en place. Dans le passé, c’est ce qui faisait défaut dans la région avec des équipes européennes qui intervenaient en renfort sur site.
Une relation à double sens
Le championnat offre aux pilotes internationaux un terrain supplémentaire pour courir en GT3, tandis que les équipes chinoises bénéficient de leur expérience. Citons Lorenzo Patrese, Neil Verhagen, Enzo Trulli, Dennis Marschall ou encore Tom Kalender. C'est une relation gagnant-gagnant avec des équipes chinoises qui se professionnalisent
Le plateau n'est plus constitué d'une poignée de structures capables d'aligner une voiture de manière occasionnelle. Plusieurs équipes disposent désormais de véritables programmes à plusieurs autos.
610Racing est probablement le meilleur exemple. L'équipe aligne cinq GT3, avec des Porsche, des Audi et une BMW M4 GT3 EVO engagée sous la bannière TBC by 610Racing.
Cette capacité à gérer plusieurs constructeurs est intéressante. Elle montre qu'une équipe chinoise peut devenir une véritable structure de compétition-client, plutôt que le simple prolongement sportif d'un concessionnaire ou d'un pilote. Même constat pour Climax Racing, FIST Team AAI, Phantom Global Racing, Absolute Racing, UNO Racing Team ou GAHA Racing.
Contrairement à l'Europe, les pilotes veulent de suite rouler en GT3. Certains débutent carrément en compétition par la catégorie reine.
Absolute Racing, un pont avec le GT asiatique
Dans cet environnement, Absolute Racing occupe une position particulière. La structure basée à Zhuhai, Bangkok, Sepang et Shanghai possède une expérience qui dépasse largement le China GT. Elle a participé à l'Asian Le Mans Series, au GT World Challenge Asia, aux 24 Heures de Spa, aux 24 Heures du Mans et à plusieurs grandes courses comme les 12 Heures de Bathurst ou la Coupe du Monde FIA GT.
Sa présence en Chine constitue donc un lien naturel entre le marché domestique et le reste de l'Asie. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles le niveau du China GT ne peut plus être considéré isolément. Les mêmes équipes, pilotes et ingénieurs circulent désormais entre plusieurs championnats asiatiques.
Xiaomi entre en scène
L'autre particularité de 2026 est Xiaomi qui rejoint le pool de partenaires officiels. Pendant longtemps, le GT3 chinois a surtout servi de vitrine aux marques européennes. Porsche, Ferrari, Lamborghini, Mercedes-AMG, BMW ou Audi disposent d'une histoire considérable dans cette discipline. Mais l'industrie automobile chinoise est en train de changer.
L'arrivée de Xiaomi comme partenaire titre montre que le sport automobile devient également un outil de communication pour les nouveaux constructeurs chinois. Il ne s'agit pas encore de voir une Xiaomi GT3 prendre le départ aux côtés des Porsche ou Ferrari mais le constructeur utilise déjà l'environnement du China GT pour construire son image de marque sportive.
Le China GT face au GT World Challenge Asia
Il serait toutefois impossible de parler du développement du GT chinois sans évoquer le GT World Challenge Asia. La série SRO Motorsports Group possède une dimension internationale que le China GT ne peut pas encore revendiquer. Son calendrier 2026 passe par la Malaisie, l'Indonésie et le Japon avant de revenir en Chine. Mais surtout, le GT World Challenge Asia renforce lui aussi son implantation chinoise.
Après Okayama le week-end dernier, le championnat se rendra à Beijing E-Town du 2 au 4 octobre, avant de terminer la saison à Shanghai du 30 octobre au 1er novembre. Deux championnats GT3 vont donc désormais se retrouver sur le même marché.
La concurrence obligera chaque série à proposer un produit suffisamment attractif pour les clients. Il serait cependant réducteur de parler de concurrence frontale.
Le GT World Challenge Asia est une compétition régionale, construite autour de six rendez-vous et de douze courses d'une heure. Le China GT reste une compétition à vocation nationale, avec une forte dimension de développement du marché chinois. Les deux championnats peuvent donc cohabiter.
Pour une équipe chinoise, le China GT peut constituer son championnat domestique, tandis que le GT World Challenge Asia offre la possibilité de se mesurer aux meilleures structures de la région.
Reste une question que les chiffres ne permettent pas de résoudre totalement : quel est le niveau réel du China GT par rapport aux grandes séries GT3 internationales ? Le China GT ne dispose pas encore de la même profondeur de plateau professionnel, ni du même nombre de constructeurs disposant d'une structure officielle ou semi-officielle.
Ce serait exagéré et inexact de le présenter comme l'équivalent asiatique du GT World Challenge Europe. En revanche, le potentiel de progression est réel.
La Chine, prochain grand marché du GT3 ?
La question peut sembler ambitieuse. Elle ne l'est pourtant pas tant que cela. L'Europe reste le centre de gravité historique du GT3. Les Etats-Unis disposent d'un marché extrêmement puissant avec l'IMSA. Le Moyen-Orient et l'Asie développent progressivement leurs propres plateformes.
La Chine possède quelque chose que peu de marchés peuvent offrir : une industrie automobile gigantesque, un marché premium important, des circuits modernes et une génération de pilotes et d'équipes en construction.
Le China GT est encore jeune par rapport aux références européennes et les constructeurs chinois n'ont pas encore investi les circuits. La série peut aussi compter sur des séries support : Lamborghini Super Trofeo Asia, China GR86 Cup, F4 Chinese Championship.
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