GT World

Thomas Neubauer, pilote de sprint avec l’endurance chevillée au corps

GT World Challenge Europe
25 Aoû. 2026 • 9:00
par
Laurent Mercier

En se concentrant cette saison sur la seule version Sprint du GT World Challenge Europe, Thomas Neubauer sait qu’il part avec un handicap face à des pilotes qui enchaînent les programmes et accumulent les kilomètres au volant. Le pilote Ferrari Competizioni GT partage le baquet de la Ferrari 296 GT3 EVO/AF Corse n°50 avec Arthur Leclerc.

Quatrième du championnat après trois rendez-vous, le Français peut néanmoins compter sur quelques épreuves longues pour pleinement exprimer son profil de pilote d’endurance, à commencer par les 24 Heures du Nürburgring et les 1000 km de Suzuka. Car l’endurance et Thomas Neubauer ne font finalement qu’un. 

Lorsqu’il n’est pas au volant de la Ferrari, il n’est jamais bien loin d’une activité sportive. On le retrouve régulièrement sur la piste en fin de journée, au guidon de son Factor, ou quittant le paddock à vélo pour avaler les kilomètres sur la route. Le Factor, son compagnon de voyage, ne le quitte jamais sur les circuits. 

Le sport occupe une place centrale dans son quotidien, au point d’en être devenu un véritable mode de vie. Un sportif accompli, donc, mais aussi un pilote qui a su mener de front sa carrière et ses études, avec l’obtention l’an passé de son diplôme à l’École de Management Léonard-de-Vinci.

Il reste deux meetings Sprint (Zandvoort, Barcelone) pour tenter d'aller coiffer la couronne dans une série toujours plus relevée. Thomas Neubauer dresse un bilan contrasté de son début de saison en GT World Challenge. « Il y a eu un peu de haut et de bas. Personnellement, je manque encore de régularité, mais le niveau du championnat est extrêmement relevé », explique le Français qui s'est imposé à Brands Hatch avant de connaître une nouvelle fois le podium à Magny-Cours.

Son programme, limité au Sprint, ne facilite pas les choses. « Comme je ne fais pas d'endurance, j'ai plus de difficultés à exploiter le pneu neuf Pirelli utilisé uniquement en qualifications, souligne-t-il. À ce niveau, deux dixièmes de seconde peuvent faire perdre dix ou quinze places. » 

Ne faire que le Sprint n'était d'ailleurs pas son choix : « Si je participe au GT World Challenge, je préférerais tout faire, ou au moins l'endurance. Arriver uniquement pour le Sprint est compliqué, car la majorité des pilotes de pointe disputent également l'endurance ou le DTM en parallèle. Ils disposent donc d'une meilleure connaissance du pneu et de son fonctionnement. »

Une Ferrari plus aboutie, mais une BOP plus contraignante

Cette saison marque également l'arrivée de la version Evo de la Ferrari. Pour le pilote Ferrari, le nouveau package constitue une nette amélioration. « Elle corrige les défauts de l'ancienne version et elle est vraiment agréable à piloter », tient-il à préciser.

Le Français estime toutefois que la Balance of Performance n'est pas très avantageuse. « En vitesse de pointe, nous sommes tellement ralentis par rapport aux autres que nous devons être parfaits partout ailleurs, explique le Français qui poursuit avec le sourire : « Un pilote professionnel qui ne se plaint pas de la BOP n'est pas vraiment un pilote professionnel ! »

Thomas Neubauer ne cherche pourtant pas à tout mettre sur le compte de la voiture :  « Je dois aussi travailler sur moi-même. Je ne suis pas parfait. »

Le Nürburgring, entre performance et frustration

Les 24 Heures du Nürburgring occupent une place particulière dans son cœur, mais la dernière édition lui a laissé un goût amer : « La performance était là. J'étais très bien préparé physiquement et j'avais même perdu six kilos pour cette course. »

Photo : DR

Auteur d'un magnifique début de course sur la Ferrari 296 GT3 EVO / Kondo Racing qu'il partageait avec Thierry Vermeulen, David Perel et Dennis Marschall, le double tour d'horloge s'est brusquement arrêté suite à une sortie de piste de l'un de ses coéquipiers : « Je sors de la voiture alors que nous sommes en tête avec une avance confortable et, finalement, nous abandonnons très tôt. C'est frustrant parce que nous n'avons pas pu montrer notre véritable potentiel. »

Des opportunités internationales avec Ferrari

En parallèle du GT World Challenge, Thomas Neubauer apprécie les opportunités qui lui permettent de rouler dans d'autres championnats et sur d'autres circuits. Il entretient notamment une relation privilégiée avec l'équipe japonaise Maezawa Racing. On le retrouvera d'ailleurs dans peu de temps aux 1000 km de Suzuka sur la Ferrari engagée en Bronze Cup avec à ses côtés Naoki Yokomizo et Yusaku Maezawa. 

« J'ai construit une super relation avec eux, se félicite le Français. Je suis notamment allé à Fuji pour les aider à comparer le kit EVO avec la version précédente. J'adore rouler au Japon, ce sont des circuits monuments. »

Le projet pourrait même aller plus loin : « Le propriétaire est un véritable passionné. Il veut faire progresser l'équipe et envisage peut-être de venir courir en Europe à l'avenir. Cela pourrait représenter une belle opportunité pour moi. »

Ferrari a ravivé la motivation

Son arrivée parmi les pilotes officiels Ferrari a également changé sa perception de sa carrière. Après quelques périodes plus compliquées, l'ancien pilote de Formule Renault Eurocup assure avoir retrouvé une motivation totale après avoir roulé en GT3 sur Mercedes, Lexus, Audi et BMW. 

« Être chez Ferrari est exceptionnel, c'est un rêve de gosse, sourit-il. On ressent immédiatement une différence dans le regard des gens. Avec ce statut vient aussi une responsabilité particulière. Nous sommes des ambassadeurs. Ferrari sera toujours là alors que nous ne sommes que de passage. Notre rôle est donc aussi de mettre la marque en avant. »

Le triathlon comme outil de performance

En dehors des circuits, le pilote Ferrari s'est également découvert une véritable passion pour le vélo mais aussi le triathlon. Une activité qu'il considère autant comme un plaisir que comme un prolongement de son métier de pilote.

« J'adore ça, sourit-il. C'est une manière de m'exprimer qui correspond parfaitement à ma préparation de pilote. Quand on pose le vélo et qu'il reste encore 21 kilomètres à courir, il faut aller chercher quelque chose mentalement. On retrouve certaines émotions que l'on peut ressentir dans une voiture dans des conditions difficiles, comme à Spa. »

Photo : Thomas Neubauer

Cette pratique joue également un rôle important dans la gestion de son poids. « Je tourne autour de 80 kg et, avec ma grande taille, c'est un élément crucial pour la performance. »

Le Mans comme objectif ultime

Lorsqu'on lui demande ce qu'il reste sur sa « bucket list », la réponse ne laisse aucune place au doute : les 24 Heures du Mans. Il compte à ce jour deux participations chez JMW Motorsport en GTE-Am, toutes deux soldées par des abandons. 

« En tant que Français, mon objectif ultime et mon seul rêve, ce sont les 24 Heures du Mans, explique-t-il. Peu importe la catégorie. Bien sûr, je vise d'abord le GT, mais le rêve reste le même. »

Le Mans 2023 (photo : MPS Agency)

Le triathlon lui offre également un nouveau défi comparable aux 24H du Mans sur le plan de l'intensité : « J'ai prévu de participer à un Ironman complet en 2027. Mon objectif est de le terminer en moins de dix heures. »

Sa performance sur l'Ironman 70.3 de Mallorca laisse entrevoir un fort potentiel avec ses 1900m de natation, ses 90 km de vélo et ses 21,1 km de course à pied, le tout bouclé en 4h53mn. 

Une vie rythmée par le sport

Pour atteindre ces objectifs, Thomas Neubauer s'impose une discipline quotidienne : « Je fais du sport tous les jours. Lorsque je suis chez moi, c'est souvent deux séances par jour. Même pendant les week-ends de course, je fais du vélo ou de la course à pied le matin. Je garde simplement une faible intensité pour ne pas accumuler de fatigue. »

Le sport est devenu indispensable à son équilibre : « C'est désormais un besoin. Si je ne fais pas de sport, je sens qu'il me manque quelque chose. »

Photo : Bee & Co

Son volume d'entraînement a d'ailleurs considérablement augmenté depuis ses années où il rêvait encore de Formule 1 : « Je fais beaucoup plus de sport aujourd'hui. Cette année, j'ai déjà accumulé environ 350 heures, avec une moyenne de 15 à 16 heures par semaine. Je peux faire des sorties vélo de six heures ou parcourir plus de 200 kilomètres. »

Le vélo, une nouvelle passion

Le vélo est d'ailleurs venu plus récemment dans sa vie, mais la passion a rapidement pris une autre dimension : « J'en fais depuis trois ans, mais je suis vraiment piqué depuis deux ans. Je ne regarde quasiment plus que ça sur les réseaux sociaux ! (rires) »

Il bénéficie notamment du soutien de Factor Bikes. Un projet de vélo personnalisé est même en préparation. « Nous allons créer un vélo qui reprend un design inspiré de mon casque », se réjouit-il.

Pour lui, les parallèles entre le cyclisme de haut niveau et le sport automobile sont nombreux : « Il y a énormément de similitudes, notamment autour de l'aérodynamique et de la relation entre l'homme et la machine. »

À 27 ans, Thomas Neubauer semble ainsi avoir élargi sa définition de la performance. Entre Ferrari, le GT World Challenge, le triathlon, le vélo et, toujours en ligne de mire, les 24 Heures du Mans, le Français poursuit une même quête : repousser ses propres limites.

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