Mike Rockenfeller : entre passion, famille et Ford Mustang GT3
À 42 ans, Mike Rockenfeller continue de défier le temps. Toujours aussi affûté physiquement, toujours aussi précis derrière le volant, l’Allemand fait figure de référence au sein du programme Ford Multimatic Motorsports en IMSA. “Rocky” demeure l’un des grands noms de l’endurance moderne malgré son retrait de la catégorie reine de l'Endurance.
Révélé au plus haut niveau avec Porsche puis Audi, Rockenfeller a signé en 2010 un exploit rarissime : remporter la même année les 24 Heures de Daytona et les 24 Heures du Mans au général. À Daytona, il s’imposait avec Action Express Racing sur une Riley-Porsche DP, avant de triompher au Mans au volant de l’Audi R15 TDI Plus officielle en LMP1. Depuis, seul Fernando Alonso a réussi un tel doublé, en 2019.

Si ses débuts et ses grands succès sont européens, la deuxième partie de carrière de Rockenfeller s’est largement écrite aux États-Unis. Corvette GT et Prototype, programme Garage 56 de NASCAR et Hendrick Motorsports au Mans en 2023, piges en NASCAR Cup Series avec Legacy Motor Club : “Rocky” est devenu l’un des visages du sport automobile américain moderne.
Depuis 2024, il est pleinement engagé avec Ford, au point d’être le seul pilote conservé à temps plein sur les deux premières saisons du programme Mustang GT3 en IMSA dans la classe GTD PRO. Une fidélité rare, à l’image de la relation particulière qu’il entretient désormais avec le constructeur de Dearborn.
Rockenfeller reconnaît que rejoindre Ford a représenté un changement culturel profond par rapport aux marques allemandes qu’il a connues plus tôt dans sa carrière.
« D’où je viens, je n’étais pas surpris… mais à Charlotte, lors du lancement de saison il y a deux ans, je venais juste d’arriver dans le programme, donc je ne comprenais qu’en partie, explique-t-il. Mais ils font la NASCAR. Le tout-terrain. La Baja. Ils vont faire de la F1. Puis l’Hypercar/GTP… oui, c’est l’Europe pour l’instant, mais j’espère qu’ils viendront aux États-Unis. C’est irréel de voir à quel point leur programme est vaste. »
Cette immersion chez Ford a également permis à Rockenfeller de mesurer l’écart de perception de la marque entre les continents.
« Pour moi, venant d’autres constructeurs et en rejoignant une nouvelle marque, en Europe, Ford est perçue différemment de ce qu’elle est aux États-Unis, confie-t-il. Ici, c’est énorme. Là-bas, ce sont les marques allemandes qui dominent, et c’est normal. J’ai toujours eu des amis qui roulaient en Ford. Un ami de karting possède trois concessions Ford. J’ai toujours regardé la marque, mais je n’aurais jamais imaginé courir pour Ford. »
Cette dimension émotionnelle s’est renforcée lors de la première course à Detroit avec Ford. « La première année à Detroit, nous avons visité la maison d’Henry Ford, là où il vivait. C’est presque un musée, raconte-t-il. C’est incroyable d’entendre les histoires, celles d’Edsel (fils de Henry Ford, ndlr) notamment. Écrire de l’histoire ensemble, je l’espère vraiment. Je me sens vraiment partie intégrante de tout cela. S’identifier prend un peu de temps. Il faut connaître les voitures, les gens, vivre les succès et les échecs ensemble. La troisième année… La saison 2025 a beaucoup changé pour moi. Je sens que j’y suis maintenant. »
La progression de la Ford Mustang GT3 entre 2024 et 2025 a été spectaculaire. Pole position aux 24 Heures de Daytona pour celle de Rockenfeller (victoire de la Ford soeur, ndlr), podium final avec Austin Cindric en remplaçant de Ben Barker blessé, puis surtout deux victoires marquantes à Detroit et à Indianapolis, sans oublier une deuxième place à Road America. Rockenfeller et Seb Priaulx ont terminé troisièmes du championnat GTD PRO.

Pour 2026, la Ford Mustang GT3 reçoit quelques évolutions. La Mustang EVO a roulé face à la concurrence en novembre dernier à Daytona.
« Chaque victoire est spéciale à sa manière », explique Rockenfeller.« Detroit est le seul circuit urbain pour le GTD PRO. C’est un décor incroyable, différent. J’adore courir en ville, mais c’est la seule occasion de le faire dans la saison. C’est la course à domicile de Ford Motor Company, et GM est juste en face. C’est une grande bataille entre nous. En sortir vainqueurs, c’était le moment fort. Indy, c’était génial. Nous étions deuxièmes l’année précédente, on savait que c’était un circuit fort pour nous. Gagner avec ‘Sebby’ était important, car nous venions juste de commencer à travailler ensemble et le duo a très bien fonctionné. »

En 2026, Rockenfeller se concentrera sur la Michelin Endurance Cup, partageant la Mustang GT3 n°64 avec Dennis Olsen et Ben Barker sur les grandes classiques de l’endurance américaine. Avec un objectif clair : gagner à nouveau à Daytona.
« À la fin, pour gagner, il faut être parfait, analyse-t-il. L’autre voiture avait un meilleur réglage que nous, probablement deux dixièmes de mieux. Ils méritaient leur victoire. J’étais heureux pour eux. Je suis un pilote Ford, donc quand la voiture gagne, c’est bon pour tout le monde. Si vous me demandez ce que je préfère entre Daytona et le championnat, je ne sais pas. Probablement le championnat, parce qu’il donne une image plus juste de toute l’année. Mais à Daytona, j’aimerais bien gagner une montre gratuite et ne pas avoir à en acheter une ! »
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ArthurM57
6 jan. 2026 • 14:54