TDS Racing : de zéro à la victoire, par Jacques Morello
Pour interviewer le management de TDS Racing, on pense immédiatement à Xavier Combet, toujours prêt à répondre aux questions avec franchise.
La structure montpelliéraine, qui a fêté l'année passée ses 20 ans, est une référence en catégorie LMP2, comme en témoignent ses multiples victoires et titres. Le plus récent est celui de l’European Le Mans Series, décroché sous l’entité VDS Panis Racing.

Pour cette interview retraçant l’aventure TDS Racing, nous n’avons pas contacté Xavier Combet. Nous avons préféré passer du temps avec Jacques Morello, l’autre propriétaire de l’équipe, en novembre dernier à Daytona.
Plus axé sur la stratégie et la technique, Jacques n’est pas du genre à se livrer devant les caméras. C’est l’homme de l’ombre, discret, exigeant, mais toujours prêt à partager : il cherche la perfection plutôt que les projecteurs. Assis au fond du trailer à Daytona, nous lui avons donné carte blanche pour revenir sur l’histoire de TDS Racing.

L’aventure commence
Tout a commencé en 2004, à Alès. Xavier travaillait chez Hexis Racing, moi chez LD Autosport en Formule 3. On avait tous les deux ce sentiment un peu frustrant : l’année précédente, j’avais roulé en F3 Euroseries, mais pour l’avenir… rien.
Xavier était dans la même situation. On s’est rencontrés, on a discuté, et assez vite, l’idée est venue : pourquoi ne pas tenter quelque chose ensemble ? Xavier avait des contacts et a parlé avec Pouchelon Racing, qui voulait courir en Renault Megane Trophy. Il allait devenir team manager, et moi, je l’accompagnais pour diriger la partie technique. La saison 2005 s’est passée comme ça. On a donné le maximum, mais à la fin de l’année, l’équipe est venue nous voir et nous a dit : « Les gars, c’est top ce que vous faites, mais ça coûte trop d’argent. »

C’était le moment de vérité. On s’est retrouvés à se demander : « Et maintenant ? » Ludo Badey, qui venait de faire une belle saison et que Xavier connaissait bien, était là. Avec lui, on pouvait se lancer. Tout est parti de là : créer notre propre structure, partir de zéro, et voir jusqu’où on pouvait aller.
La naissance de TDS Racing
On était novices. Vraiment. On n’avait rien. Pas de local, pas de camion, pas de voiture… juste l’envie et la détermination. On a trouvé un petit local à Béziers, loué un camion, et acheté une première Renault Megane pour Ludo. Il a fallu gérer un vrai casse-tête : un pilote nous plante à la dernière minute, et là, il faut prendre une décision rapide pour aligner deux autos.
C’est à ce moment-là que la famille Badey est entrée en jeu. Sans leur aide pour financer la deuxième voiture, l’aventure aurait pu s’arrêter avant même d’avoir commencé. Mais ils ont dit oui, et nous voilà partis.

Ludo gagne dès le deuxième meeting à Istanbul. Un moment de joie intense… avant que l’été ne vienne nous rappeler que tout peut basculer. Ludo se casse le bras en faisant du quad. Retour à la case départ. On aurait pu baisser les bras, mais on continue. On fait rouler d’autres pilotes, on s’adapte, on apprend à se battre avec les moyens du bord.
À l’époque, nos ressources étaient ridicules : un local quasi vide, une seule voiture, une caisse à outils de 1500 €, un camion loué… mais l’énergie et la passion compensent tout.
Grandir et se faire un nom
Avec le temps, l’équipe grandit. On passe d’une voiture à deux, puis trois, puis quatre. Les résultats arrivent. TDS Racing remporte ses premiers titres. On attire de nouveaux pilotes et de nouvelles ambitions. Pierre Thiriet nous rejoint, débutant en Megane Trophy. Ses performances sont solides et rapidement, on commence à regarder vers l’Endurance.
En parallèle, je travaille comme prestataire chez LD Autosport en Formula Le Mans en 2010, pour préparer notre passage vers cette discipline exigeante. Pour la famille Thiriet, l’objectif était clair : le LMP2, un vrai saut dans la cour des grands.

En 2011, on acquiert l’Oreca 03. Affronter les Zytek, HPD et Lola… ça semblait impossible. Et pourtant, on s’est retrouvé au départ de Petit Le Mans à jouer les premières positions. Si on nous avait dit ça un an en arrière, on en aurait rigolé.
La méthode TDS
Avec Xavier, toutes les décisions se prennent à deux, sauf pour la technique pure. On peut avoir des désaccords, mais l’objectif reste toujours le même : avancer.
Depuis le début, on a appris que la réussite ne vient pas seule. En LMP2, nos arrêts nous donnaient jusqu’à 8 secondes d’avance sur les autres. Pourquoi ? Parce que nous, on s’entraînait, on ajustait tout au millimètre. La voiture était posée sur des palettes, nos moyens étaient réduits… mais notre organisation était précise. Cette rigueur nous a permis de nous placer devant.

Aujourd’hui, l’écart s’est réduit. Tout le monde exploite la 07 depuis des années. Mais la philosophie reste : ne jamais se reposer sur ses acquis, toujours tester, toujours chercher à améliorer, même si le moteur et la voiture n’évoluent pas.
Les choix difficiles et les leçons
Certaines opportunités ne se sont pas concrétisées. Revenir en GT, tenter le DPi en IMSA… ça ne s’est pas fait. Mais nous n’avons jamais de regrets. Bien sûr, il y a eu des déceptions. Comme cette année au Mans, où une vis cassée à 15 minutes de la fin nous a coûté la victoire. C’est dur. Mais on continue. On regarde toujours devant.

TDS Racing, c’est l’histoire de la passion, de la détermination, de la persévérance. Partir de presque rien, traverser les obstacles, apprendre de chaque erreur et de chaque victoire… C’est ce qui nous a forgés et continue de guider notre chemin.
Le saviez-vous ? TDS veut dire Top Drive Services. Depuis peu, l'équipe a lancé une fondation. Le Fonds de dotation TDS Racing Impact est né de la volonté de l’équipe TDS Racing de mettre la performance et l’esprit collectif au service de causes qui comptent. À travers ses actions, le fonds soutient des projets autour de la santé mentale, de l’éducation et de l’environnement, avec une conviction simple : partager l’énergie et les valeurs du sport au-delà des circuits.
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