Stéphane Ratel : « Le sport automobile mourra d’être trop pasteurisé »

Le meeting Blancpain GT Series Sprint de Misano marque la dernière répétition de plusieurs équipes avant les Total 24 Heures de Spa fin juillet. Stéphane Ratel a fait le déplacement au bord de la mer adriatique pour suivre le sixième rendez-vous Blancpain GT Series de la saison. Le président de SRO Motorsports Group, fidèle à sa disponibilité, a fait le point avec nous sur Spa, l’Intercontinental GT Challenge et le Bahrain GT Festival.

Comment se présentent les Total 24 Heures de Spa ?

« Chaque édition est plus belle que la précédente. On a la quantité, la qualité et la diversité. Pas moins de 13 marques sont attendues pour cette 70e édition qui s’annonce plus ouverte que jamais. Il suffit de regarder le nombre d’autos au départ pour la gagne. C’est une belle satisfaction de voir les retours de Porsche et Aston Martin avec plusieurs autos en Pro. Le monde du GT a été séparé trop longtemps. »

Vous faites allusion aux constructeurs impliqués en GTE ?

« La « bande » des quatre (Aston Martin, Corvette, Ferrari, Porsche, ndlr) a longtemps préféré le GTE pour la gagne, contrairement aux autres marques. C’est le cas depuis le World GT1. Trois des quatre sont présents officiellement en GT3. Les choses évoluent dans le bon sens. »

Les marques s’intéressent de plus en plus à l’Intercontinental GT Challenge ?

« Suzuka est une très belle satisfaction. Le meeting s’annonce bien, toutes nos équipes travaillent d’arrache-pied pour faire que l’événement soit un succès. L’Intercontinental GT Challenge n’a pas pour mission de recréer le World GT1. Il faut rester fidèle au concept qui est de garder les autos locales en fonction des pays. Il y a de très bonnes équipes en Asie, Europe et aux Etats-Unis. L’idée est d’avoir une ou deux autos soutenues par les constructeurs. On commence aussi à avoir des gentlemen, tels que West, Leventis, Pappas ou Abul. Un trophée Am sera d’ailleurs décerné en fin de saison. L’objectif est bien de fidéliser les pilotes plus que les équipes. »

Le Bahrain GT Festival commence à prendre forme ?

« L’idée de faire cette Coupe des Nations plaît au plus grand nombre. Entre la Blancpain GT Series européenne et asiatique, nous avons 41 nationalités. Le potentiel est bien là. Je suis persuadé que l’on va avoir beaucoup de nationalités au départ. Le meeting GT4 s’annonce lui aussi sous de bons auspices. A l’heure actuelle, la catégorie GT4 n’a pas beaucoup de courses exotiques. »

Bahreïn accueillera l’événement chaque année ?

« Le vrai challenge reste de trouver des pays différents sachant qu’il faut, bien entendu, convaincre un promoteur. L’intention est clairement de faire varier les pays et les continents. »

Vous restez un inconditionnel de Macao pour la finale FIA GT World Cup ?

« Je reste un grand supporter de cette épreuve. Macao est un événement magnifique et unique. C’est le parfait endroit pour faire de l’activation. Je ne peux pas nier qu’il y a de la casse. Cette course excite beaucoup de monde. Le sport auto mourra d’être trop pasteurisé. »

Ce n’est pas un secret que vous aimez les Hypercars. Quel regard portez-vous sur l’annonce du futur règlement FIA/ACO ?

« J’ai suivi cela de très loin. Avoir un look identifiable au premier regard est louable. L’ADN des 24 Heures du Mans est de garder l’aspect « banc d’essais » pour les nouvelles technologies, ce qui fait que l’équation n’est pas facile à monter. Pour ma part, j’ai une partie plus facile avec des voitures issues de la production. Combiner la technologie et le marketing n’est pas évident. »

Après Ferrari, Aston Martin propose une GT3 qui peut être transformée en GTE. Selon vous, l’idée est bonne ?

« Je ne suis pas certain que cela fonctionnera avec toutes les marques. La Ferrari 488 GT3, qui partage son châssis avec la GTE, est plus chère mais c’est une Ferrari. Si Audi fait la même chose, je ne suis pas certain que cela fonctionne. »

Vous avez de nouveaux projets en cours ?

« Tout reste à être inventé. Le challenge est de voir comment amener le sport automobile au plus grand nombre. »

On l’a vu encore il y a peu avec Lamborghini à Monza. SRO n’hésite pas à taper du poing sur la table quand il faut. La rigueur est indispensable ?

« La rigueur est la seule façon de contrôler les choses. On ne peut pas laisser le moindre soupçon de légèreté s’installer. J’ai passé 17 ans sous l’égide de la FIA. Un promoteur se doit d’être dur, mais juste. On ne me voit jamais en direction de course, dans le box technique ou chez les commissaires. J’ai gardé cette habitude d’avoir des départements sportifs et techniques totalement indépendants. Je ne donne pas mon opinion, je fais juste remonter les infos. La séparation des pouvoirs est le meilleur moyen pour que les choses se passent bien. Mon rêve serait de voir tout le monde en 0.1s. »

Le savoir-faire de SRO sur la BOP n’est plus à démontrer dans le monde…

« La force de SRO est de couvrir une dizaine de séries et des centaines d’autos. Claude (Surmont, le monsieur BOP de SRO, ndlr) récolte un maximum de données. Plus on met de données dans le calculateur, plus c’est efficace. Le Mans a une course prestigieuse qui domine le reste. Nos événements sont certes moins prestigieux, mais nous avons les Total 24 Heures de Spa, Suzuka, Bathurst, Macao et d’autres. Si un constructeur vient à nous tromper, on peut réagir. Si Claude se rend compte qu’il y a un souci en course, il n’y aura pas la moindre hésitation à disqualifier le fautif. »