Entretien avec Stéphane Ratel : GT3, GT4, Spa, Suzuka, IGTC, Macau

STEPHANE RATEL CEO SRO

Relancé l’année passée par Stéphane Ratel, le Championnat de France FFSA GT est reparti sur de bons rails. Le patron de SRO Motorsports Group peut être satisfait du travail accompli par ses équipes. La satisfaction est générale. Avec 39 autos en FFSA GT, 22 en Blancpain Sprint, 50 en Blancpain Endurance, le maître du GT a de quoi avoir le sourire. On peut rajouter à cela le développement de la Blancpain GT Series Asia et de l’Intercontinental GT Challenge, sans oublier la bonne forme du Pirelli World Challenge. Stéphane Ratel nous a accordé un entretien à Nogaro, théâtre des Coupes de Pâques.

Vous êtes un promoteur heureux à l’entame de cette saison 2018 ?

« La satisfaction est globale. La catégorie GT4 explose et le GT3 se maintient. Le GT4 s’impose aux Etats-Unis avec 38 autos la semaine passée à COTA. 47 GT4 seront en piste dans une semaine à Zolder et nous en avons 39 ce week-end à Nogaro. Le British GT est dans la même tendance à Oulton Park avec 26 GT4. Le boom du GT3 a été direct, contrairement au GT4 où il a fallu attendre un peu plus longtemps. Quand on voit arriver Audi, BMW et Mercedes, cela donne des envies aux autres de venir. L’Asie décolle un peu moins vite. Les constructeurs veulent d’abord livrer les Etats-Unis et l’Europe. De plus, l’Asie a un coût logistique plus élevé. »

Une marque française va arriver sous peu…

« Une GT française manquait depuis Venturi. Il y a eu VBM mais la dernière vraie GT française était la Venturi. Je suis ravi qu’Alpine soit de la partie. Après 25 ans GT, nous aurons enfin une voiture française ! »

Il faut s’attendre à voir d’autres marques en GT4 ?

« (il sourit). Ce serait sympa d’avoir Jaguar. Les teams ne sont pas assez créatifs. Je suis étonné de ne pas voir de Ford ou de Camaro en France. En Angleterre il n’y a pas d’Audi, en France pas de McLaren. J’espère qu’un jour on aura une GT4 italienne. Je sais que cela va arriver. Il n’était pas question d’accepter Ferrari et Lamborghini en l’état actuel des choses car elles sont trop chères et trop puissantes. »

Le paddock doit souvent vous rappeler de contrôler les coûts…

« Les circuits français avaient besoin de ce produit GT4. Avec cette catégorie, on a trouvé la bonne formule et on la contrôle de A à Z. C’est différent d’un système de commission FIA. La philosophie est claire : pas d’évolution. Les constructeurs plus artisanaux peuvent s’exprimer en GT4. Cela ne nous gêne pas qu’une Ginetta gagne des courses. »

A quand un championnat Endurance en GT4 ?

« Le produit dans son format actuel fonctionne. La réflexion d’un championnat Endurance est tentante. Il faut bien s’assurer de ne pas déshabiller Paul pour habiller Jacques. Je rappelle que les GT4 n’ont pas été conçues pour remplacer les GT3. C’est juste une complémentarité. On le voit avec 3Y Technology, Saintéloc Racing ou AKKA-ASP qui cumulent les deux. »

Venons-en au GT3. C’est une déception de n’avoir qu’une vingtaine d’autos en Sprint ?

« Je l’ai toujours dit, selon moi une grille de Sprint parfaite est 24 autos et 36 en Endurance. Il y a un mouvement de pendule et nous n’avons pas le monopole. Avec autant d’autos, ça fait beaucoup de gens qui ne gagnent pas et qui regardent ailleurs. On l’a vu en ADAC GT Masters. Parfois, on a du mal à comprendre le mouvement de balancier. C’est un ensemble de facteurs. Le Sprint représente un vrai challenge car il faut être le plus rapide possible au changement de pneus. C’est le cas depuis le GT1. Maintenant, il faut deux employés à plein temps qui ne font que ça. J’ai conscience qu’on a perdu quelques autos à cause de cela. La barre est haute. Toutefois, le nombre d’engagés en Endurance reste important. »

La grille des 10 Heures de Suzuka s’annonce explosive…

« Il y a deux ans, deux japonais sont venus à ma rencontre à Sepang en me demandant de m’occuper de cette course mythique. C’était un peu comme si l’ACO venait me demander que Le Mans fasse partie de notre championnat. Suzuka est une très grande course qui a 40 ans d’histoire. C’est la plus grande course du Japon. Je suis ravi d’y retourner. Les Japonais ont été réceptifs à l’idée de prendre Pirelli comme manufacturier unique car ils ne connaissent pas le pneu. »

L’Intercontinental GT Challenge continue de séduire ?

« L’intérêt est grandissant. Comme toute construction, cela demande du temps. On y va à tâtons, étape par étape. Les 11 marques présentes à Spa devraient rouler à terme en Intercontinental GT Challenge. »

Les décisions prises en Endurance ont été bien perçues ?

« La grille est identique en prenant moins de GT3 en Pro. La classe Silver se développe et le Pro-Am reprend un peu d’air. C’est ce qu’il fallait faire. 2018 marque les 70 ans des 24 Heures de Spa et il faut s’attendre à une édition extraordinaire. »

Tous les constructeurs seront enfin là…

« Il y a toujours eu une cassure avec Le Mans. Là, nous aurons Aston Martin, Ferrari et Porsche en lice pour la gagne. Ces trois marques ont enfin compris l’intérêt du GT3. Avec ces 11 marques, il n’y a pas mieux en sport automobile mondial. On peut me dire tout ce qu’on veut à ce sujet. Il y a la compétition et l’incertitude. On aura plus de 30 autos en Pro. Le plus terrible est que tout le monde ne terminera pas dans le top 10. »

La Coupe du Monde FIA GT sera à nouveau à Macau. Cela vous ravit ?

« C’est indispensable ! Cette course est folle, dingue, géniale. Ceux qui y vont connaissent le risque. Macau s’arrêtera quand il n’y aura plus de combattants, ce que je n’espère pas. C’est un vrai spectacle. »

Quid de la Coupe du Monde FIA GT Pro-Am ?

« On avance et on y est presque. Tout est arrêté même si cela a pris du temps. Le circuit est trouvé. »

Quels sont les prochains projets de Stéphane Ratel ?

 » (rires). Il y en a dans les cartons. Le jour où je n’aurais plus aucun projet, il sera temps d’arrêter. Même après 25 ans, nous n’en sommes qu’au début ou plus près du début que de la fin… »