GT World

Gaspard Simon : « Ma priorité reste de poursuivre en GT World »

GT World Challenge Europe
5 oct. 2026 • 10:00
par
Laurent Mercier, à Barcelone

Passer du GT4 au GT3 constitue déjà un changement de statut. Le faire dans l'un des championnats GT les plus relevés au monde en est un autre. Pour Gaspard Simon, cette saison en GT World a représenté une véritable année d'apprentissage, aussi bien sur la piste qu'en dehors. C'est tout ce qu'on attendait du premier lauréat de la SRO GT Academy.

Alors que sa saison 2025 avait failli s'arrêter prématurément en cours d'année en FFSA GT, le Français a finalement pu rebondir pour terminer la saison nationale et disputer cette saison neuf meetings en GT World, entre Sprint et Endurance, sur une Aston Martin Vantage GT3 EVO / Walkenhorst Motorsport. Une opportunité arrivée parfois au dernier moment mais qui lui a permis de franchir un cap important.

Entre découverte du GT3, travail avec une équipe étrangère, apprentissage technique, déception à Spa et difficultés budgétaires, Gaspard Simon revient sur une saison aussi riche que formatrice et évoque déjà la suite de son parcours.

Quel bilan tirez-vous de cette première saison en GT World ?

Le bilan est globalement très positif. C'était une année de découverte d'un nouveau championnat et cela représente un vrai pas en avant dans ma carrière. Il ne faut pas oublier que l'année dernière, tout risquait de s'arrêter avant même la fin de saison, faute de financement. Pouvoir finalement disputer neuf meetings en GT World sur une année est donc une opportunité majeure. J'ai énormément appris et découvert un environnement très différent de ce que j'avais connu auparavant.

 

Votre programme devait pourtant être différent au départ...

Initialement, le programme devait se limiter au Sprint. J'avais effectué des essais concluants au Paul Ricard puis à Misano avec l'Aston Martin et c'est à partir de là que le projet s'est construit. Pour l'Endurance, l'opportunité est arrivée au dernier moment. Sebastian Alvarez devait initialement être engagé, mais sa signature ne s'est finalement pas concrétisée une semaine avant le début de la saison. Walkenhorst Motorsport m'a alors contacté trois jours avant la première épreuve. L'équipe a fait de gros efforts financiers pour me permettre de rouler. C'est donc une saison qui s'est construite progressivement, avec parfois des opportunités que je n'avais pas forcément anticipées.

Le passage du GT4 au GT3 a-t-il été plus compliqué que vous ne le pensiez ?

Oui, et même davantage. Il y a une énorme différence, notamment en dehors de la piste. En GT3, il y a beaucoup plus de choses à gérer et le niveau de professionnalisme est très élevé. Pour donner une idée, une trentaine de personnes peuvent travailler autour d'une voiture en GT3, alors qu'en GT4 l'équipe est beaucoup plus réduite.

Et sur la piste, c'est encore un autre monde. En GT4, on pouvait avoir environ 25 voitures. Au Paul Ricard, on s'est retrouvé avec une grille de 60 voitures. Le trafic devient donc un élément à part entière de la course. La technique est également beaucoup plus poussée. Il existe une très large plage de réglages et l'électronique prend une place importante. Il faut donc comprendre beaucoup plus de choses pour être capable d'exploiter correctement la voiture.

 

Votre travail avec les ingénieurs a-t-il lui aussi évolué ?

Énormément. Le travail s'est vraiment densifié. On a des briefings et des débriefings beaucoup plus longs et, surtout, le travail ne s'arrête pas lorsque l'on quitte le circuit. Entre deux meetings, on continue à analyser les données et à travailler sur différents points. Par exemple, entre Zandvoort et Barcelone, il y avait encore beaucoup de choses à préparer. Je n'étais pas forcément très technique au départ, mais j'ai énormément appris cette année. Aujourd'hui, je suis davantage capable de comprendre ce que les ingénieurs recherchent et de leur donner des informations utiles. C'est aussi une partie importante de mon évolution comme pilote : ne pas simplement piloter la voiture, mais participer à son développement et être capable d'expliquer précisément ce que je ressens.

Les résultats ne reflètent peut-être pas complètement cette progression...

C'est vrai. Les résultats bruts sont plus mitigés. Le début de saison était pourtant très encourageant. Au Paul Ricard, il y a eu un 18e temps au général sur 60 autos et nous nous battions pour le top 10 malgré un problème technique. Ensuite, à partir de Monza, cela est devenu plus compliqué, notamment avec la gestion de la chaleur et l'exploitation de la voiture. Le niveau est tellement serré que le moindre détail peut coûter très cher. Une voiture qui est dixième peut très facilement se retrouver 35e avec seulement quelques dixièmes d'écart. C'est impressionnant.

En Sprint, c'est encore plus compliqué parce que les dépassements sont difficiles. La qualification devient donc primordiale. Si tu rates ton tour de qualification, tu peux quasiment condamner ton week-end. L'équipe a malgré tout réussi à redresser la situation à Magny-Cours avec de bonne prestations en Silver Cup. 

 

Les 24 Heures de Spa ont-elles été LA plus grosse déception de la saison ?

Oui, clairement. C'est l'épreuve que j'attendais le plus. Notamment parce que je voulais découvrir le roulage de nuit dans une course aussi importante. Malheureusement, nous avons abandonné dès le premier tour suite à un accrochage et je n'ai pu effectuer que huit tours de nuit pendant les essais libres. C'est forcément difficile à encaisser moralement quand on connaît mon envie de participer à cette course et d'acquérir de l'expérience. D'autant que l'accès aux 24 Heures de Spa dépend aussi des budgets disponibles à l'avenir. C'est donc une opportunité qui n'est jamais garantie.

La SRO GT Academy vous a également permis de franchir un cap...

La SRO GT Academy m'a notamment offert un stage à Paris pour assimiler le règlement sportif du GT World. Ce statut m'a apporté beaucoup de crédibilité auprès des équipes. C'est important parce que cela permet de ne pas être simplement considéré comme un pilote qui arrive avec un budget. Dans ce milieu, il faut évidemment apporter des partenaires, mais il faut aussi montrer que l'on est capable de comprendre le fonctionnement du championnat et de travailler professionnellement avec une équipe.

 

Comment avez-vous vécu votre intégration chez Walkenhorst Motorsport ?

C'était une expérience très enrichissante. Il a fallu travailler entièrement en anglais, ce qui m'a permis d'enrichir énormément mon vocabulaire technique. La mentalité allemande est également très différente. C'est très cartésien, très rigoureux. Chaque erreur est analysée de manière objective. Il n'y a pas forcément beaucoup d'affect. Au début, cela peut parfois être perçu comme froid, mais finalement c'est extrêmement formateur. On apprend à prendre du recul sur ses erreurs et à comprendre ce qui doit être amélioré. J'ai vraiment gagné en maturité grâce à cette expérience et j'ai appris à collaborer avec des personnes venant de cultures et d'horizons différents.

Votre absence à Portimão pour la finale Endurance est-elle uniquement liée au budget ?

Malheureusement, c'est la réalité du sport automobile. Le budget nécessaire a énormément augmenté. En trois ans, entre la Caterham et le GT3, on parle d'un budget multiplié par 20 à 22. C'est énorme. Et dans le contexte économique actuel, trouver des financements devient extrêmement compliqué. C'est aussi pour cela que chaque opportunité en GT World est importante. Il faut réussir à construire un projet suffisamment solide pour convaincre de nouveaux partenaires.

 

Justement, comment abordez-vous aujourd'hui la recherche de sponsors ?

Le GT World possède une vraie exposition et c'est évidemment un argument important. Mais je veux surtout présenter le projet comme une aventure humaine. Il ne s'agit pas uniquement de mettre un logo sur une voiture. Il faut proposer quelque chose aux partenaires, leur permettre de vivre l'aventure, de communiquer autour du projet et de bénéficier de la visibilité du championnat. Des discussions sont en cours avec plusieurs équipes pour étudier différentes possibilités, en Sprint comme en Endurance. Mais ma priorité numéro un est claire : je veux poursuivre en GT World et trouver de la stabilité.

L'Aston Martin Academy reste-t-elle également un objectif ?

Remporter l'Aston Martin Academy reste un objectif. Cela reste une opportunité importante et j'aimerais évidemment pouvoir aller chercher ce résultat.

 

Et si une autre opportunité se présente ?

Je ne ferme la porte à aucun championnat, aucun constructeur, aucune voiture et même aucun continent. Aujourd'hui, l'objectif est surtout de continuer à avancer. Cette saison m'a permis de découvrir le GT World, de comprendre son fonctionnement et de progresser énormément. Maintenant, il faut transformer cette expérience en quelque chose de durable. C'est vraiment l'enjeu de la prochaine étape.

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