Les 24 Heures de Spa, bien plus qu'une course
Si les 24 Heures du Mans demeurent logiquement l’épreuve que j’ai le plus fréquentée au fil des années, les 24 Heures de Spa occupent une solide deuxième place. L’édition 2026 marque ma 23e participation consécutive à la grande classique belge. Contrairement au Mans, je n’y ai d’ailleurs jamais assisté avec un simple billet de spectateur.
À ce stade, devrais-je envisager de demander la nationalité belge ? Sans doute pas. Pourtant, au fil de toutes ces années passées outre-Quiévrain, je trouve les Belges, dans leur ensemble, plus chaleureux et plus sympathiques que bien des Français.
J’ai découvert les 24 Heures de Spa en 2003, l’année de la victoire de la petite Porsche N-GT du Freisinger Motorsport confiée à Stéphane Ortelli, Romain Dumas et Marc Lieb. Une petite GT qui avait réussi à tenir tête aux imposantes GT1. Je peux donc dire que j’ai connu, à l’exception des deux premières éditions de l’ère GT moderne, quasiment toute l’histoire de la course dans sa période exclusivement GT. Depuis lors, l’épreuve n’a cessé de grandir sous l’impulsion de Stéphane Ratel et de SRO.
Même si l’époque des GT1 restera pour moi le summum, le niveau atteint aujourd’hui par les GT3 est tout simplement impressionnant. Il fut un temps où les 24 Heures de Spa n’étaient qu’une course automobile. Désormais, l’événement est devenu un rendez-vous sportif de dimension mondiale. Bien sûr, il y a la course, mais aussi les concerts, les animations, les activations, la parade, le track walk de nuit, les courses annexes, les demandes en mariage sur la piste dans ce cadre verdoyant qui peut parfois vous faire regretter votre venue lorsque la météo décide de jouer les trouble-fête. Cela fait aussi partie du charme de ce que beaucoup surnomment le « pot de chambre de la Belgique ».
Depuis plusieurs années, assister aux 24 Heures de Spa va bien au-delà de la simple compétition. Le premier à m’avoir fait comprendre ce qu’allait devenir l’épreuve n’est autre que Vincent Vosse. Rien d’étonnant, me direz-vous : il habite à quelques kilomètres du circuit. Le patron du Team WRT, lui-même vainqueur en 2002, avait très tôt compris que la course allait changer de dimension.
Si Stéphane Ratel a toujours cru au potentiel de développement de l’épreuve, Laurent Gaudin, manager général de la course et du GT World Challenge Europe, n’a jamais hésité à mobiliser ses équipes pour installer durablement les 24 Heures de Spa parmi les références mondiales du GT. Chaque année, des pilotes venus des quatre coins du globe convergent vers les Ardennes belges même si cette année l'IMSA met en face la manche de Watkins Glen.
L’année 2011 marque la naissance de la Blancpain Endurance Series, devenue ensuite Blancpain GT Series, puis Fanatec GT World Challenge Europe powered by AWS, avant d’être intégrée à l’univers GT World. Il a de la gueule ce nom GT World. Quinze ans plus tôt, la série démarrait déjà très fort avec un plateau de plus de 60 GT et la présence de Bob Sinclar sur scène.
Je garde un souvenir particulier de cette édition 2011. Le plateau réunissait des GT3, complétées par quelques GT4. Le règlement laissait alors aux équipes la liberté de choisir leur manufacturier pneumatique : Michelin, Dunlop, Yokohama, Avon et Pirelli étaient en concurrence. Saviez-vous qu’à Spa, une seule GT3 roulait en Pirelli cette année-là ? Il s’agissait de la Dodge Viper Competition Coupe du GCR. McLaren faisait quant à elle débuter sa MP4-12C GT3 chaussée en Michelin et Avon, une voiture qui ne laissera finalement pas un souvenir impérissable.
Au-delà de la pole position signée Maxime Martin et de la victoire de WRT avec, notamment, Greg Franchi, premier champion de l’histoire de la série, deux souvenirs me reviennent particulièrement. Le premier concerne les débuts en endurance de Hexis Racing avec l’Aston Martin DBRS9 et déjà Fred Mako au volant. Peu de monde aurait parié sur un bon résultat, mais les voitures terminèrent finalement aux 8e et 15e places. Le second concerne la Ferrari 458 Italia GT3. Chez Sofrev ASP, on s’attendait presque à devoir remballer dès le samedi soir. Nous en plaisantions d’ailleurs avec les pilotes. Finalement, Guillaume Moreau, Jean-Luc Beaubelique, Ludovic Badey et Franck Morel terminèrent sixièmes tout en remportant la catégorie Pro-Am. À l’époque, finir sixième signifiait tout de même terminer à quinze tours des vainqueurs.
L’édition 2012 reste encore celle des équipes privées, malgré la présence chez WRT d’un équipage composé de Tom Kristensen, André Lotterer et Marcel Fässler. Venue uniquement pour Spa, l’Audi Sport Performance Team, opérée par Phoenix Racing, s’imposa. Plus étonnant encore, cinq équipages Pro-Am figuraient dans le top 10 final. Croyez-le ou non, il fallait alors débourser 30 euros pour bénéficier d’une connexion Internet plus souvent en panne qu’opérationnelle. Mon image forte est celle de José Close qui claque le moteur de sa Ford Mustang à l'arrivée, contraint de pousser sa monture jusqu'au damier.
Place à 2013, année de mes débuts aux commentaires du direct vidéo aux côtés de Bruno Vandestick et Joost Custers. Une idée un peu folle de Laurent Gaudin qui, treize ans plus tard, fonctionne toujours avec Thomas 'Je n'ai pas les mots' Bastin. Cette année-là voit également la création du stand Endurance-Info avec vue sur la pitlane, ainsi que l’organisation de conférences GT3 au sein de plusieurs équipes. Vingt-quatre ans après son succès sur Ford Sierra, Bernd Schneider offre la victoire à la nouvelle Mercedes SLS AMG GT3 devant 65 000 spectateurs. Mais lorsque je repense à cette édition, c’est surtout la spectaculaire figure d’Alessandro Pier Guidi au sommet du Raidillon dès le départ qui me revient en mémoire.
Chaque édition apporte son lot d’anecdotes. La présence d'Alex Zanardi en 2015 reste à souligner avec son arrivée en retard pour une interview et son "désolé je cherchais mes jambes" avec un large sourire. Parmi celles qui me reviennent figure celle de 2016, avec la pénalité infligée aux six Mercedes-AMG GT3 à l’issue de la Superpole. Le constructeur tenta bien de faire appel, mais trop tard. Voir ces voitures immobilisées pendant cinq minutes dès le début de la course reste une image peu commune. À l’arrivée, il manquera seulement 1’55 à la Mercedes d’AKKA ASP pour s’imposer face à la BMW de ROWE Racing. Quant à Bentley, pourtant bien armée sur le papier, ce fut un véritable camouflet.
L’édition 2017 restera celle de la victoire de l’Audi de Saintéloc Racing confiée à Christopher Haase, Markus Winkelhock et un certain Jules Gounon, alors prêté par AKKA ASP. Mon échange avec Fred Thalamy, directeur sportif de Saintéloc Racing, coupe à la main après l’arrivée, demeure l’un de mes plus beaux souvenirs humains sur cette épreuve.
Deux ans plus tard, la météo bouleverse le déroulement de la course avec un long drapeau rouge. Je me souviens encore d’un café pris au petit matin dans le stand GPX Racing, à quelques mètres de la Porsche 911 GT3 R de Richard Lietz, Kévin Estre et Michael Christensen. À ce moment-là, personne au sein de l’équipe n’imagine la victoire. Pourtant…
En 2020, il faut attendre le mois d’octobre pour assister à une édition disputée à huis clos. Jusqu’à quelques heures du départ, beaucoup craignent encore une annulation. Les tests PCR rythment le week-end et l’atmosphère est particulièrement étrange. Parmi mes souvenirs les plus marquants figure le bruit anormal de la Porsche ROWE Racing de Nick Tandy franchissant la ligne d’arrivée.
L’édition 2021 reste avant tout sportive, avec le duel final entre Alessandro Pier Guidi et Dries Vanthoor. Le pilote Ferrari offre la victoire à Iron Lynx au terme d’un dépassement décisif, avec seulement trois secondes d’avance sous le drapeau à damier.
En 2022, la victoire revient à la Mercedes-AMG GT3 d’Akkodis ASP. Je garde surtout en mémoire une longue discussion avec Jérôme Policand, assis sur le muret des stands une fois l’effervescence retombée. Nous reviendrons dans quelques années sur les éditions 2023, 2024 et 2025, encore trop récentes pour être regardées avec le recul nécessaire, même si l'épuisement de Mirko Bortolotti à l'arrivée l'année passée est un moment fort.
On parle souvent de BoP, beaucoup moins des histoires humaines qui font pourtant l’âme de cette course. Elles sont pourtant innombrables, et il ne fait aucun doute que l’édition 2026 en écrira de nouvelles sur ce que les Belges considèrent comme le plus beau circuit du monde.
Endurance-Info sera bien entendu présent toute la semaine pour vous faire vivre au mieux l’événement. Sachez qu’il reste encore quelques exemplaires du casque « #20ans » de Fred Mako aux couleurs d’Endurance-Info à la boutique Spark du circuit. Nous préparons également un grand concours de pronostics avec un beau lot à la clé.
N’oublions pas non plus la traditionnelle parade dans le centre-ville de Spa, mercredi en fin de journée. Quant à nous, chaque journée débutera sur la terrasse de la Pit Brasserie autour d'un café matinal. Spa beau ça ?
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