24H Spa

Gros plan sur la partie restauration de Comtoyou Racing avec Nathalie Verbist

GT World Challenge Europe
22 juin. 2026 • 16:00
par
EI
Photo : Comtoyou Racing

Tout est parti d'une discussion autour d'un café dans la structure Comtoyou Racing en GT World à Monza, un meeting disputé dans la chaleur à l'image de ce qui s'annonce aux 24 Heures de Spa. On parle souvent des voitures, des pilotes, des ingénieurs, de la BoP, mais moins de tout ce qu'il y a dans l'arrière-cour. 

Sur un circuit, il faut restaurer les pilotes, le personnel et les invités. A Monza, l'exercice n'était pas simple compte tenu de la chaleur. Préparer à manger n'est pas la même chose qu'il fasse 15°C ou 35°C. L'échange avec Jean-Michel Baert, patron de Comtoyou Racing, a vite dévié sur la gestion de la restauration d'une équipe de course. Pour cela, Nathalie Verbist est l'interlocutrice parfaite. Rompue à la tâche, elle est aux petits soins pour le staff Comtoyou Racing. Un métier qui peut emmener jusqu'en prison. 

 

Nathalie, le menu pour les pilotes est-il spécifique ?

Pour les pilotes, c'est un menu à la demande, généralement pâtes blanches et poulet. Dans d'autres équipes, c'est du riz et du thon, mais ici eux c'est pâtes blanches et poulet.

 

Est-ce que tout est commandé spécifiquement en amont du meeting où il y a des choses qui sont achetées sur place ? 

(Jean-Michel Baert intervient dans la discussion) :  C'est un métier de logistique qui démarre de notre lieu de vie en Belgique. Il faut qu'on amène la cuisine, le matériel nécessaire. On doit savoir en amont combien d'invités nous allons avoir, combien de mécanos vont devoir manger, à quelle heure nous pouvons rentrer sur le circuit. L'organisateur, il dit "Vous pouvez rentrer à 17h." Oui, mais les gars à 19h, ils ont faim. On doit leur préparer quelque chose à manger. Nous n’avons pas le matériel pour transporter la nourriture fraîche. Il faut donc aller faire les courses plusieurs fois par meeting.

Photo : Comtoyou Racing

Vous savez combien il y a de repas environ sur chaque meeting ?

Je le sais toujours en avance. Quelques jours avant le meeting, j'ai plus ou moins le nombre mais souvent sur la course, on me dit la veille, demain tu auras 10 personnes en plus et quand tout est déjà prévu, il faut gérer. Je ne vais pas dire que je suis à zéro gaspillage mais nous faisons très attention. Il y a aussi un budget à respecter et donc tout ce qui est non périssable, tout est acheté généralement en avance. 

J'enchaîne quasiment deux mois parce que je travaille pour une autre équipe en parallèle. Donc, de Monza, je pars au Mans pour DKR Engineering. Puis de là, je vais directement au Lausitzring pour le DTM. Ensuite, durant la nuit, nous partons aux 24 Heures de Spa et je reste à Spa la semaine qui suit avec les 25H Fun Cup. 

 

Combien de personnes travaillent en terme de logistique pour tout ce qui est cuisine sur un meeting comme Monza ?

Pour la préparation vraiment cuisine, uniquement moi. Et normalement j'ai un commis ici, et mon frère qui donne un petit coup de main pour la vaisselle ou d'autres tâches. Entre 60 et 80 personnes à deux, ça se gère. Ici, à Monza, nous sommes trois, et je respire mieux. 

Photo : Comtoyou Racing

Comment cela se passe-t-il en amont ?

Il y a le montage et le démontage. A la différence de beaucoup de cuisiniers, j'y participe. Je participe au transport parce que j'ai mon permis poids-lourd. Donc, je fais le voyage, je roule avec mon camion et mon frère René. Nous arrivons souvent avant le reste de l'équipe parce que les hospitalités peuvent toujours rentrer en premier. Nous mettons la base : la dalle, le sol. 

Jean-Michel Baert : Nous n'avons pas une hospitalité de dingue et cela ne m'intéresse pas. Nous ne montons pas un château. Mais par contre, et avec Nathalie c'était aussi le briefing de départ, c'est de dire « nous voulons avoir une qualité pour les gens qui travaillent chez nous. Un petit déjeuner qui est à la hauteur de ce qu'il pourrait y avoir dans un hôtel. Il n’y a plus personne qui veut manger à l'hôtel. Nathalie fait les petits déjeuners et pour cela, elle arrive avant eux. Elle est prête dès 5h30.

 

Combien y’a-t-il de personnes ici à Monza entre invités, mécanos, pilotes ? Cela représente combien de repas ?

Environ 130 par jour. 

 

Vous tenez en plus à ce que l'espace soit ouvert ?

Jean-Michel Baert :  Le réceptif est ouvert mais nous ne pouvons pas non plus dire à tout le monde : « Entrez et mangez. » J'aimerais bien mais nous ne pouvons pas parce qu’à un moment donné, techniquement c'est pas possible pour Nathalie. 

Nathalie Verbist : Je dors sur place. Je ne veux pas dormir à l'hôtel mais c'est un choix personnel.

Photo : Comtoyou Racing

Jean-Michel Baert :  Cela n'est pas imposé par le team. C'est un choix que je ne partage pas, parce que moi je trouve que tout le monde a le droit de dormir dans un vrai lit. Nathalie, c’est une Verbist qui va toujours te dire : « on voit bien que tu n’as pas fait le Dakar ». C'est un choix. On pourrait très bien leur donner une voiture pour rentrer à l'hôtel et revenir et et ça augmenterait certainement d'une demi-heure le matin et d'une demi-heure le soir pour rentrer à l'hôtel.

Je trouve que c'est un métier qui est incroyable dans un team, qui est essentiel et surtout dans le nôtre où moi je veux que les gens aient à manger à la hauteur de l'exercice physique qu'ils vont faire. Parce qu'un mécano qui fait le tour de la voiture en 6 ou en 15 secondes en GT World Challenge ... Il a intérêt à manger de la viande, à bien manger. Moi je veux qu’ils aient ça. Il est hors de question de leur donner un panini tous les jours ou un burger vite fait. Sur le sujet, nous sommes en ligne. Il y a du temps passé pour la qualité des menus et avant tout la qualité de vie des mécanos qui vivent dans le team. Les VIP, ils viennent faire du inside de team et viennent manger ce qu'on mange chez nous. C'est ce qu'ils aiment.

Photo : Comtoyou Racing

Nathalie, vous aimez le sport automobile ?

Dans la vie, il faut être passionné par ce que l'on fait. Personnellement, je ne suis pas passionnée de voiture. Il y a certaines courses où je ne vois même pas le box. J'envoie les filles qui travaillent avec moi. Mais je suis passionnée par l'ambiance et par le travail ici. 

 

Une anecdote à raconter ?

En Asian Le Mans Series, je me suis retrouvée en prison en Malaisie alors que je travaillais pour DKR Engineering. J’ai été enfermée pendant 30 heures pour une histoire de courses impayées dans un magasin très mal conçu quand on est étranger. Pour résumer, j'ai été accusée de ne pas avoir payé ce que j'avais mis dans le chariot. Je pensais que tout était dans le même magasin mais ce n'était pas le cas. Les magasins étaient différents.

Mon passeport a été récupéré et j'ai été jugée. J’ai dû plaider coupable, sinon je restais une semaine en prison pour avoir mon jugement. J'ai été interrogée à plusieurs reprises et c'est l'ambassadeur belge qui m'a sorti d'affaire. Si je ne plaidais pas coupable, c'était reporté à une semaine. En plaidant coupable, je risquais une amende ou 7 ans d'emprisonnement. 

Photo : Comtoyou Racing

Je pense que sur 30h, j'ai perdu 5 kg tellement je pleurais, tellement je me suis effondrée. J'ai été menottée. Quand on est venu me chercher, on veut me mettre les menottes. Je dis non, le gars me sort son pistolet en me disant "tu vas mettre les menottes". Je suis en cellule et on me dit que je vais être présentée le lendemain à des juges. Moi je pense que je vais arriver dans un bureau. J'arrive, je vois les prisonniers assis sur des planches. Je ne pouvais pas croiser les jambes. 

Sur une estrade derrière des vitres avec un micro pour m'adresser au juge. J'avais l'ambassadeur qui était à côté de moi et qui traduisait tout. C'était l'enfer. Et puis à un certain moment, on me dit « on va délibérer ». Ils reviennent et me disent que je suis condamnée. Je ne comprends pas très bien ce qu'il se dit. Quand ils ont décidé de vous mettre en prison, on ne peut rien faire. J’entends ma sentence,  je ne comprends pas le montant mais que c'est un montant à payer, pas d'emprisonnement. Ils viennent quand même me rechercher, me mettre les menottes et me remettre dans le cachot du tribunal tant que la somme n'a pas été payée. Il y avait 86 € dans mon chariot et j'ai reçu une amende de 100 €. L’hiver dernier, nous nous sommes mis en relation avec l'ambassade pour savoir si je n'avais pas un casier et si je pouvais bien aller en Malaisie.

 

 

 

 

 

Commentaires (1)

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slemeret

22 juin. 2026 • 16:24

Une super personne, et pour la petite histoire, c'est la soeur de René Verbist, ingénieur historique de Comtoyou. Et donc la tante de François, qui est le boss après Jean-Michel. Et tout ce petit monde était chez WRT (où François roulait) avant la création de Comtoyou, donc Nathalie a été la première cuisinière de WRT et j'en garde d'excellents souvenirs.