Nicki Thiim (Comtoyou Racing) : « Je me sens comme chez moi avec l'Aston Martin »
C'est « un retour à la maison », comme aime à le dire le principal intéressé. Figure de proue des programmes Aston Martin en GT depuis une décennie, Nicki Thiim disputera enfin son championnat de coeur en 2026 avec sa marque fétiche.
Le fils de Kurt Thiim, champion DTM en 1986 avec une Rover Vitesse, le Danois évolue depuis plusieurs saisons dans la série allemande, mais uniquement avec la Lamborghini Huracan GT3 EVO / EVO2, sous les bannières T3 Motorsport, SSR Performance et Abt.
Avec la clé une victoire au Norisring en 2024, là-même où son père l'avait emporté en 1989 et 1991 avec Mercedes.
La poursuite de l'engagement de Comtoyou Racing avec la Vantage GT3 a offert l'opportunité à Thiim et Aston Martin de valider une alliance de raison entre le double champion du monde GTE PRO (2016 et 2019-2020) et un attelage anglo-belge qui ne cherche qu'à progresser face aux habitués du championnat.
Confiant quant à ses chances de bien figurer après deux saisons décevantes en terme de résultats, Nicki Thiim a confié ses attentes en amont de la saison 2026.
Vous bouclez quelque peu la boucle en évoluant enfin en DTM avec Aston Martin ?
Ce n'est un secret pour personne que le DTM est probablement la dernière chose qui figure sur ma liste de choses à accomplir. C'est la raison pour laquelle j'ai commencé le sport automobile et maintenant, alors que ma carrière est dans sa dernière partie, je suis ici. C'est quelque chose d'important, mais surtout cette année, c'est un grand rêve qui se réalise. Je le réalise enfin avec ce que j'appelle ma famille. Je fais partie de la famille Aston Martin depuis 10 ans maintenant. Donc, poursuivre mon rêve de participer au DTM, et le faire avec Aston Martin est un rêve d'enfant qui se réalise. Je suis super motivé et je remercie évidemment Comtoyou Racing d'avoir rendu cela possible.
C'est également fantastique pour la marque. Nous sommes tous très motivés. C'était déjà un rêve à l'époque où j'étais chez Audi. Il y avait quelque chose de spécial, en particulier avec les voitures de Classe 1 (ancien règlement technique en DTM avant l'arrivée du GT3 en 2021). Puis, évidemment, le rêve s'est un peu effrité. Je ne devrais pas me plaindre, car cela m'a permis de remporter deux championnats du monde avec Aston Martin en WEC (avec Marco Sørensen, dans le fameux « Dane Train »).
Mais je dis toujours qu'il faut continuer à se battre et à y croire. Évidemment, le passage au GT3 m'a ouvert à nouveau la porte pour que ce rêve devienne réalité. Je suis arrivé dans le DTM avec une marque différente. Je ne connaissais pas la voiture, mais cela montre simplement l'amour que j'ai pour cette série.
Ressentez-vous une certaine pression à cause de cette histoire avec Aston Martin ?
Je représente ma famille. Je représente cette marque et je le fais depuis de nombreuses années. Nous avons tout gagné ensemble et ce serait une chose énorme, tant sur le plan personnel que pour la marque, de prouver la valeur de la voiture sur des sprints. Ce projet demande beaucoup d'énergie et de temps. Nous sommes confrontés aux meilleurs qui font cela depuis des années.
Quel élément fait le sel de cette série selon vous ?
En DTM, en tant que pilote, vous n'avez pas vraiment besoin de réfléchir. C'est « à fond », dès le drapeau vert, en jouant des coudes si besoin. Il n'y a pas vraiment de grande stratégie en tant que pilote. Évidemment, ils veulent changer un peu cela maintenant avec l'arrivée des nouveaux pneus Pirelli dans la série, ce qui est super intéressant. J'ai vraiment hâte de voir où cela va mener.
En tant qu'équipe, vous avez plus d'options, en particulier l'équipe technique et les mécaniciens, qui sont très motivés car ils ont vraiment le sentiment de pouvoir faire la différence ici. Dans toutes les autres séries, ils essaient toujours d'avoir de l'action sur la piste. Ils fixent donc le temps des arrêts aux stands alors qu'en DTM, les mécaniciens ont un vrai rôle.
Diriez-vous que le niveau de pilotage et surtout d'engagement en piste est plus élevé que dans d'autres séries ?
Si l'on compare avec le GT World Challenge Europe Sprint, qui dure également une heure, le DTM est réservé aux spécialistes. Les pilotes sont très professionnels et ont beaucoup d'expérience. Le directeur de course met vraiment beaucoup d'efforts et donne des instructions claires sur la manière de se comporter en piste, donc je pense que ce mélange est plutôt bon.
Évidemment, on joue des coudes, mais de nos jours, avec cette distance de freinage très courte avant les virages et toute l'aide dont on dispose, nous avons vraiment des directives claires sur la manière d'agir, en particulier dans la zone de freinage. Je pense que c'est un bon mélange entre une course intense et une certaine équité. Je dois dire que c'est probablement l'une des séries les plus équitables, où les pilotes se respectent mutuellement sur la piste.
Vous avez remporté les 24 Heures de Spa avec Comtoyou Racing (en 2024 avec Marco Sørensen et Mattia Drudi), mais Jean-Michel Baert a déclaré que malgré toute l'expérience acquise à Spa et en GT World Challenge Europe, le DTM représentait un niveau supérieur pour eux l'année dernière. Avez-vous déjà ressenti des changements au sein de l'équipe à l'approche de la nouvelle saison ?
Le DTM reste le DTM. C'est pourquoi nous l'aimons tant. C'est quelque chose de complètement spécial et différent de toutes les autres séries GT3. J'ai le plus grand respect pour l'équipe qui y place tant d'efforts. L'année dernière, tout s'est fait dans l'urgence. Ils sont arrivés en tant que nouveaux venus, sans aucune préparation, et si je les compare à HRT, par exemple, qui est arrivé avec une Ford l'année dernière, je dois être honnête et dire qu'ils ont fait un meilleur travail qu'une grande équipe du DTM comme HRT.
Il suffit de voir l'évolution au cours de la saison pour constater l'engagement, la passion et la qualité de cette équipe. Cette année, il y a évidemment eu quelques changements dans l'équipe, toujours dans le but de continuer à progresser, et le fait d'être la première équipe à avoir annoncé son engagement dans la série montre que nous essayons d'avoir une longueur d'avance.
Vous avez couru contre eux l'année dernière en DTM. Avez-vous vraiment pu suivre les progrès de Comtoyou ?
Vous discutez avec eux. Évidemment, vous n'entrez pas dans les détails, mais vous essayez de poser des questions et même de leur donner quelques conseils, même si vous ne devriez probablement pas le faire en tant que concurrent, mais c'est évidemment la famille et les amis. Vous voulez les voir réussir. Le fait qu'ils aient terminé la dernière course en pole position, montre vraiment que tout allait dans la bonne direction. Je n'ai que le plus grand respect pour cela et c'est pourquoi la motivation n'est pas un problème pour moi en tant que pilote cette année.
Quelle pourrait être votre plus grande contribution à l'équipe cette année ?
C'est l'expérience, mais aussi l'expérience dans la série. Je ne le répéterai jamais assez. Le DTM est quelque chose d'unique. C'est difficile à exprimer avec des mots, mais cette série est tellement différente de toutes les autres. Le DTM est vraiment le top. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles j'essaie de recruter dans l'équipe des personnes qui travaillent en DTM depuis plusieurs années et qui ont connu le succès.
L'ADAC introduit de nouveaux pneus avec Pirelli cette année. Quels sont vos retours après les premiers essais ?
Les tests ont évidemment suscité beaucoup de commentaires différents. Le problème avec les pilotes de course modernes, c'est que nous sommes trop habitués à ce que tout fonctionne. Nous ne nous posons même plus la question de savoir si une voiture de course peut tenir 24 heures. Ce n'est plus comme avant, où il fallait prendre soin du moteur, de la boîte de vitesses ... Et nous en sommes arrivés au même point avec les pneus. Vous roulez pendant 24 heures, vous roulez à fond pendant une ou deux heures. Les pneus peuvent le supporter.
J'aimerais vraiment que ce soit comme en Formule 1, où les pneus s'usent beaucoup, et je pense que c'est ce sur quoi travaillent l'ADAC et Pirelli. On essaie vraiment de faire bouger les choses et, en tant que pilote, je vois évidemment cela comme un gros avantage, car cela permet, espérons-le, de faire une plus grande différence grâce à l'expérience.
Il s'agit simplement d'essayer de rendre les choses encore plus intéressantes sur la piste. Nous savons tous à quel point il est difficile de dépasser avec une voiture GT3. Mais si vous mettez des pneus qui s'usent vraiment, vous obtiendrez probablement des courses encore plus intéressantes.
Vous aurez l'occasion de piloter la même voiture dans toutes les séries auxquelles vous participerez cette année. Qu'est-ce que cela change pour vous ?
Évidemment, vous ne voulez pas changer de voiture. J'ai piloté des voitures à traction avant, des voitures à quatre roues motrices, tout, de la Cup à la Classe 1. Normalement, ce n'est pas le plus gros problème de changer, mais là encore, chaque détail compte. La Lamborghini était une voiture très spécifique, mais avec l'Aston, je me sens vraiment chez moi. Nous avons prouvé que la voiture était performante dans les courses d'endurance. Elle me va comme un gant. C'est là que je me sens à l'aise. Cette année, ce sera la première fois que tout le monde dispose vraiment du même terrain de jeu.
Pouvez-vous nous expliquer un peu plus en détail pourquoi il vous était si difficile de courir au volant de la Lamborghini ?
Vous ne pouvez pas imaginer combien de nuits blanches j'ai passées à cause de cette voiture. J'ai probablement concouru avec le meilleur pilote dans cette voiture, Mirko Bortolotti, et j'ai beaucoup appris de lui. Je savais dès le début que je serais désavantagé. Surtout la première année, mais c'est une autre histoire. C'était juste une voiture très particulière à conduire. C'est difficile à expliquer... Nous avons vraiment tout essayé.
Lors des qualifications, où il faut être en parfaite harmonie avec la voiture, j'ai vraiment senti que je n'étais pas à ma place. Il faut vraiment passer tous les week-ends dans la voiture, comme tous les autres pilotes, pour pouvoir gagner ces un à trois dixièmes qui vous propulsent en tête, surtout en DTM.
Cela ne vient pas instinctivement, et si vous devez réfléchir dans une voiture de course, vous êtes déjà trop lent, et c'était clairement mon problème avec la Lambo. Je devais dépenser de l'énergie là où je ne le voulais pas. Je sais moi-même ce dont j'ai besoin et ce dont je n'ai pas besoin. Ça ne marchait tout simplement pas. Ça a été deux années d'apprentissage sur beaucoup de choses et, au final, ça ne fait que vous rendre plus fort.
Comment appréhendez-vous le fait de pouvoir piloter la Vantage avec vos propres réglages, sans partage de l'auto ?
C'est le rêve de tout pilote de course. Vous pouvez demander à n'importe qui sur la grille : avoir ce privilège est quelque chose de spécial. On voit souvent des pilotes de monoplaces issus de la F2 ou d'autres séries rejoindre le WEC, par exemple, et là, ils doivent partager la voiture, ce qui est difficile pour eux. On apprécie d'autant plus d'avoir la chance de disposer de sa propre arme, de la perfectionner et de faire tout ce qui est en son pouvoir pour la rendre aussi rapide que possible. Mais en plus de cela, si vous ne réussissez pas, c'est aussi de votre faute. C'est vraiment à vous qu'il incombe de tirer le meilleur parti de l'ensemble.
Commentaires (1)
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ben76500
1 Mar. 2026 • 16:59