Bruno Famin (Peugeot Sport) : « Nous souhaitons que le règlement ouvre le jeu. »

Sur le stand Peugeot du Salon de l’Automobile de Genève, juste devant le 3008 DKR de Stéphane Peterhansel, victorieux du Dakar 2017, Bruno Famin, le directeur de Peugeot Sport, répond aux questions d’un journaliste espagnol. Un petit signe de la main nous fait vite comprendre qu’il va être disponible pour parler. Histoire de faire le point sur l’avancement d’un éventuel retour du Lion en Sarthe…

Bruno, revenons tout d’abord sur ce succès en Amérique du Sud des 3008 DKR, un succès qui doit faire plaisir : « Nous sommes effectivement vraiment satisfaits de ce Dakar. Réaliser le triplé, dans des conditions aussi difficiles, avec autant de concurrence, c’est vraiment un résultat exceptionnel. De plus, il a été obtenu avec un esprit d’équipe vraiment très fort et très plaisant à vivre. »

Esprit d’équipe entre pilotes ou beaucoup plus globalement de toute l’équipe ?

« De l’ensemble du team. Je pense que plus les conditions sont dures, plus ça force les gens à se rapprocher et les équipages ont vraiment montré l’exemple. Ca a commencé par les copilotes. Les nouvelles règles de navigation les inquiétaient et cela les a amenés à travailler beaucoup plus ensemble qu’ils ne le faisaient jusqu’à présent. Les pilotes ont suivi le mouvement puisqu’il y a eu un très grand respect mutuel malgré la bagarre finale entre Stéphane et Seb. Ca s’est ensuite ressenti sur toute l’équipe avec des conditions climatiques très compliquées mais qui laissent le souvenir d’une superbe aventure. »

Sans vouloir entrer dans une polémique, Carlos Sainz commet encore une faute qui l’élimine du Dakar sur sortie de piste. Cela pourrait avoir des conséquences ?

« Je pense que c’est une petite faute d’inattention qui est très chèrement payée du fait de la topographie du lieu. Cela aurait pu être un simple tonneau sans trop de conséquences. Malheureusement, la durée de réparation de la voiture était rédhibitoire. Il n’y avait rien de grave sur la voiture. Mais la partie centrale de la carrosserie de la voiture, porteuse d’autres éléments tels que les capots, les veines d’air, le pare-brise était totalement « mâchée » donc il y avait tout à refaire. Il n’y avait vraiment rien de compliqué à réparer mais ça nécessitait un temps pour remettre la voiture en état dont nous ne disposions pas avant le départ de la spéciale du lendemain.

Il faut tout de même se souvenir qu’en 2016, s’il abandonne, ce n’est pas de son fait. C’est lui qui découvre l’une des faiblesses de la voiture mais ça n’est pas à mettre à son passif. Ça fait partie du sport. »

Pas de remise en question pour Carlos, donc ?

« Aujourd’hui, nous avons une dream-team de pilotes. On ne va pas tout remettre en cause pour une petite faute de cet ordre. Si nos équipages devaient être revus, ça ne serait pas pour cette raison mais plutôt pour des questions budgétaires. »

On attendait Toyota beaucoup plus menaçant…

« Je reste convaincu que la Toyota était très très rapide sur ce Dakar d’ailleurs Nasser (Al Attiyah) l’a démontré sur la première étape en la gagnant malgré un problème mécanique. Il était sur le point de gagner la troisième lorsqu’il abîme son train arrière. Elle va donc très vite mais je reste également convaincu qu’en Rallye-Raid de même qu’en Rallye classique, il y a plus de différence entre les pilotes qu’entre les voitures. Même si nous avons une très bonne voiture, nous avons avant tout les meilleurs pilotes. »

Le Silk Way Rally approche…

« Effectivement, nous venons juste d’annoncer que nous y allions comme l’année dernière avec trois voitures confiées à Despres, Loeb et Peterhansel. Ca ne sera pas facile car Nasser y sera d’autant plus redoutable que ce rallye ne se déroule pas en altitude. Donc la Toyota devrait bombarder… »

Allez, venons-en à ce qui concerne un peu plus directement les lecteurs d’Endurance-Info…

« Ah mais je ne vois vraiment pas vers quel sujet nous allons glisser alors ! (Rires) »

On connaît depuis longtemps les trois conditions mises par Carlos Tavares au retour de Peugeot en endurance. Depuis le long article paru dans Auto Hebdo il y a quelques semaines, y a-t-il du nouveau ? Les précédentes interviews de Bruno Famin et Carlos Tavares sur le retour de Peugeot en Endurance sont à relire ici et

« Non, non, nous attendons justement de savoir comment les choses évoluent. »

Les relations avec l’ACO sont fréquentes ?

« Les discussions sont en cours avec l’ACO et la direction technique de la FIA mais aussi avec la Commission Endurance. Je crois qu’il y a une vraie prise de conscience de la nécessite de réduire les coûts. Et ce qui fait plaisir, c’est que les constructeurs déjà présents se rallient également à nos arguments. »

Quelle est la condition nécessaire sur le plan du règlement pour que Peugeot puisse revenir ?

« Il faut que nous puissions nous battre pour la victoire sans avoir à dépenser des fortunes mais avec un niveau d’hybridation raisonnable. »

2011-peugeot-908-hybrid42Donc, ça ne signifie pas la mort de l’hybride ?

« Ah non, nous, nous voulons l’hybridation. Il faut absolument que nous puissions communiquer sur l’hybride, sinon ça n’a pas de sens. Il faut garder cette dimension technologique au sein du WEC. En revanche, la viabilité du championnat étant directement liée à la rentabilité économique que peuvent en tirer les constructeurs présents, il faut faire très attention au rapport coûts/retombées. Bien évidemment, il faut continuer à développer les retombées et sur ce point, je pense qu’il y a des gens qui s’en occupent plutôt bien. Par contre, nous disons qu’il est inutile de récupérer 10MJ. Si on en a que 3 ou 4, on a une voiture hybride avec une technologie qui a un vrai sens par rapport à ce que l’on peut transmettre à la voiture de tous les jours. Le message de lien entre la compétition et la série est bel et bien là et justifié.

Nous sommes convaincus que ce qui est d’ordre 1 aujourd’hui au niveau des coûts, c’est, pour parler crûment, le nombre de kilos d’hybride que l’on ajoute dans l’auto. Il en faut mais raisonnablement. Les coûts aujourd’hui sont rédhibitoires car la multiplicité des systèmes hybrides et celle des stockeurs d’énergie font que les voitures deviennent extrêmement complexes. Ce n’est pas parce qu’on ajoute un système hybride de plus qu’on ajoute 50 % de complexité à la gestion de l’auto. Ce serait plutôt exponentiel ! Nous souhaitons absolument conserver l’aspect technologique du championnat car c’est ce qui a fait son succès aujourd’hui et nous ne souhaitons absolument pas remettre ça en cause ! Il s’agit simplement de mettre le curseur au bon endroit pour que ce soit cohérent en terme de communication et de technologie. »

A l’époque du programme 908, vous ne souhaitiez pas avoir de restitution électrique sur le train avant. Est-ce un point sur lequel vous êtes toujours fermés ?

« Non, nous ne sommes pas dogmatiques sur le sujet. PSA vient de présenter une DS7 qui se transforme en 4 roues motrices lorsque l’hybride se met en route donc on peut très bien l’imaginer également pour une voiture de compétition. De même, nous ne sommes pas fermés sur le nombre de systèmes hybrides autorisés. Si un constructeur désire en mettre 2 ou 3 à bord, rouler avec 10 ou 12 MJ, libre à lui. A condition que celui qui ne veut pas aller aussi loin puisse rester compétitif. Nous souhaitons simplement que le règlement ouvre le jeu. »

Dans les plans futurs d’engagement en compétition de la marque Peugeot, est-ce que c’est réellement Le Mans qui tient la corde ?

« Je ne sais pas si l’on peut dire ça mais clairement, Carlos Tavares a dit que c’est un programme qui nous intéressait, qui correspondrait bien à ce que la marque veut montrer. Il s’agit avant tout d’un Championnat du Monde Constructeurs où l’on peut faire étalage de sa technologie face à des constructeurs de très bon niveau. C’est clairement valorisant et cela nous intéresse. Maintenant, comme tous les programmes que nous faisons, il faut qu’il offre un retour sur investissement compétitif puisque nous sommes là avant tout pour communiquer. »

Ce n’est évidemment pas un paramètre que vous pouvez maîtriser mais la présence valorisante des constructeurs de renom dont vous parliez est-elle un préalable nécessaire et indispensable ?

« On ne s’est pas vraiment posé la question en ces termes. Nous ne sommes pas en train de lister les choses qui feraient que ça ne marche pas, nous poussons sur les points nécessaires pour que ça fonctionne et qu’un éventuel retour de Peugeot soit possible. »

Allons un peu plus loin dans la prospective. Si ça se fait, si Peugeot revient en endurance, est-ce que cela se fera comme lors de la période 2007-2011 ou Peugeot Sport prenait tout en charge, de la conception à la réalisation en passant par l’exploitation ?

« Nous n’en sommes pas là du tout dans le projet. Nous n’avons pas réfléchi au-delà de faire des chiffrages de grande masse. Tous les aspects organisation et technique n’ont pas été évoqués. Nous n’avons pas une personne qui a planché sur des avant-projets. Nous n’en sommes pas là… »