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Hans-Joachim Stuck, la consécration aux 24 Heures du Mans (1985/1998)

Dossiers Auto
24 Heures du Mans
8 aoû. 2021 • 12:00
par
dbristol
Nous sommes en 1985 et Hans-Joachim Stuck vient de rejoindre les rangs de l'usine Porsche. Dès lors, une longue et fructueuse collaboration va avoir lieu entre lui et le constructeur allemand...
Hans Joachim Stück
Le Mans 1986

La première participation de Hans-Joachim Stuck aux 24 Heures du Mans avec l’équipe usine Porsche remonte à 1985. Il est associé à son coéquipier habituel du championnat du monde, Derek Bell, sur la Porsche 962C #2 Rothmans Porsche. Ils finissent alors 3e laissant la victoire à Joest Racing et sa 962C aux couleurs New Man. « J’avais piloté la 956 avant, mais je découvrais cette année là la 962C.  Il n’y avait pas de grosses différences par rapport au modèle précédent, c’était surtout qu’elle était plus longue au niveau de l’empattement (12 cm de plus de manière à loger le pédalier derrière l'axe des roues avant, ndlr). Pour en revenir sur la 956, la première fois que je l’ai pilotée, j’ai immédiatement compris que personne ne pourrait battre Porsche car c’était tout simplement la meilleure voiture. Elle était faite pour les pilotes, on pouvait se concentrer uniquement sur notre pilotage, tout fonctionnait bien, la boite de vitesses, rien ne cassait. En gros, c’était une voiture fantastique ! »

Hans Joachim Stück
Le Mans 1985

Le pilote allemand remporte les 24 Heures du Mans à deux reprises avec la Porsche 962 C Rothmans Porsche en 1986 et 1987 à chaque fois avec Derek Bell et Al Holbert. « Déjà, j’avais vraiment de la chance d’avoir Derek et Al avec moi. Nous avions énormément de respect les uns envers les autres. Ce qui nous a surtout permis de l’emporter c’est la stratégie mise en place par l’équipe ainsi que son organisation. Il fallait bien suivre les consignes. Tout cela était un processus complètement nouveau pour moi, mais cela nous a conduit à la victoire. Ce ne fut pas facile pour ma part car j’étais le petit dernier dans l’équipe. J’ai énormément appris avec Porsche.1986 reste mon meilleur souvenir au Mans car ce fut la première de mes deux victoires. Cette édition reste aussi la pire car j’y ai perdu un ami cher, Jo Gartner pendant la nuit (Porsche 962C Kremer Racing).

Hans Joachim Stück

1987 a été particulièrement dur à cause de la pluie et de la nuit. Ce fut l’une des premières fois où j'ai passé presque quatre heures dans la voiture et de nuit. Après deux relais, le team manager m’a appelé pour me dire : il pleut à certains endroits, peux tu rester dans l'auto ? Si je mets Derek, il va lui falloir cinq tours pour apprendre les conditions et, en plus, tu es en train de rattraper les Jaguar. Après le 3e, il m’a de nouveau demandé d’en faire un de plus. Je lui ai répondu que j’en étais capable. Quand je suis descendu de la voiture, je peux vous jurer que j’étais épuisé, la 962C était physique. Elle était la combinaison parfaite de la puissance et de l’appui aéro. Je n’ai jamais piloté une voiture de course aussi high-tech que la Porsche 962C avec la transmission semi-automatique PDK. »

Hans Joachim Stück
Hans Joachim Stück

L’année suivante, le pilote allemand passe à moins un tour d’une 3e victoire consécutive aux 24 Heures du Mans mais l’un de ses coéquipiers, Klaus Ludwig, tombe en panne d’essence (désamorçage de la pompe puis souci de refroidissement) avec la Porsche 962C #17 engagée par l’usine. Il enchaîne alors sur une autre superbe édition en 1989 où il est associé à Bob Wollek sur une Porsche 962C préparée par Joest Racing. Malheureusement, il doit laisser la victoire à Sauber Mercedes et finit 3e suite à des soucis de refroidissement et un embrayage fatigué. Idem en 1990 où toujours chez Joest Racing, il ne peut faire mieux que 4e sur la 962C #7 qu’il pilote avec Derek Bell et Frank Jelinski. Cette année là, il va remporter le championnat DTM avec Audi.

Hans Joachim Stück
Le Mans 1988
Hans Joachim Stück
Le Mans 1989 photo @ACO (D.R)
Hans Joachim Stück
Le Mans 1990

Sa dernière apparition avec la 962C a lieu en 1991 sur l'une des voitures de Konrad Motorsport / Joest Racing. Il est associé à nouveau avec Derek Bell et Frank Jelinski. Ralentis par de récurrents soucis de refroidissement sur les 962C depuis quelques années, ils ne peuvent faire mieux que 7e.

Hans Joachim Stück
Le Mans 1991

Cette édition marque aussi sa dernière participation avec Derek Bell, un coéquipier qu’il apprécie énormément. « Si je devais choisir mon meilleur 'partenaire', je dirais Derek Bell sans hésitation. Nous avions énormément de respect l’un envers l’autre. J’avais toute confiance en lui, je savais que quand il était dans la voiture, je pouvais dormir tranquille. Il n’es jamais sorti. Nous acceptions aussi les forces de l’autre. Derek savait que je pouvais être plus rapide en qualifications et, par contre, je savais que je pouvais compter sur lui en course, notre entente était parfaite ! »

Hans Joachim Stück
Hans Joachim Stück et Derek Bell au Hall of Fame en décembre 2019

Après être passé en GT avec la Porsche Turbo LM usine qu’il partage avec Hurley Haywood et Walter Röhrl (abandon sur sortie de piste), il est de nouveau en lice pour la victoire au général avec la Dauer Porsche 962 LM #35 (Thierry Boutsen, Danny Sullivan). « Elle n’était pas si différente des Porsche 962 Groupe C. C’était quasiment la même, nous n’avons tout simplement pas eu de chance avec mes coéquipiers cette année là (casse d'un arbre de roue, ndlr). » Ils finissent 3e…

Hans Joachim Stück
Le Mans 1994
Hans Joachim Stück
Le Mans 1994

L’année suivante, il roule sur la Porsche K8 Kremer Racing toujours avec Thierry Boutsen et un autre vainqueur, Christophe Bouchut. Après une 6e place lors de cette édition, Porsche met en route son programme GT1. Hans Joachim Stück roule avec cette auto à deux reprises en Sarthe, d’abord en 1996 avec Bob Wollek et Thierry Bousten (2e et vainqueur de la catégorie GT1) et en 1997 avec le même équipage (abandon). « Cette auto a plus été un problème pour moi. Le moteur était issu de la 911 et cela n’a jamais vraiment été une voiture de course. Je ne me suis jamais vraiment bien senti dans cette voiture, ce ne fut pas une bonne expérience. »

Hans Joachim Stück
Le Mans 1996
Hans Joachim Stück
Le Mans 1997

Son aventure avec Porsche prend alors fin alors que le constructeur avec lequel tout a commencé, BMW, est lui de retour en Sarthe. Une manière pour le pilote allemand de boucler la boucle. 1998 marque donc son retour avec la marque munichoise et ce sera sa dernière participation aux 24 Heures du Mans. Malheureusement, ce n’est pas un succès, la BMW V2 LMR #1 qu’il partage avec Tom Kristensen et Steve Soper n’est pas encore une réussite et abandonne rapidement. « BMW m’a contacté car j’avais une grande expérience du Mans. J’ai pris part à tout le développement et pas de chance je n’ai fait qu’un an dans l’équipe. Et, en 1999, ils gagnent ! Chez BMW, on m’a alors proposé de m’occuper des activités Motorsport du groupe. J’ai accepté et je ne le regrette pas. »

Hans Joachim Stück
Le Mans 1999 photo @ACO (D.R)

Il faut aussi savoir que Hans Joachim Stuck n’a pas gagné que Le Mans. La liste serait trop longue à énumérer ici, mais il s’est aussi imposé aux 24 Heures de Spa 1972, au Nürburgring à trois reprises tout comme aux 12 Heures de Sebring en 1975, 1986 et 1988. Par contre, il n’a jamais remporté les 24 Heures de Daytona.

 

Le pilote de 70 ans a toujours bon pied bon œil. Il continue de suivre l’Endurance de près et les 24 Heures du Mans en particulier. « L’Endurance va commencer une nouvelle histoire avec ces constructeurs et devrait avoir un joli futur grâce notamment à Pierre Fillon. Je pense que ce règlement d’Hypercar est une bonne idée. Les voitures sont attractives, la Balance de Performance devrait équilibrer les forces en présence. »

 

A noter que de par ses deux titres de champions du monde, Stuck est entré au Hall of Fame Endurance de la FIA en décembre 2019. « C’est vraiment un grand honneur pour moi d’en faire partie avec tous ces autres champions. En même temps, cela veut aussi dire que je vieillis (rire). » Ce grand monsieur, par le talent et la taille, a marqué de son empreinte l'époque du Groupe C. Il vit désormais en Autriche où il coule les jours paisibles de sa retraite bien méritée...

Hans Joachim Stück

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