Classic

Le Groupe C ou l’âge d’or de l’Endurance

24 Heures du Mans
25 mar. 2022 • 14:00
par
Christophe Potreau et David Bristol
En prélude d'un gros dossier anniversaire sur la Porsche 956, nous vous (ré)expliquons la situation au début des années 80 et la création du fameux Groupe C...
@Michel Faust

Pour bien comprendre la naissance du Groupe C, il faut retourner à la fin des années 70. L’endurance à cette époque là est délaissée, pour ne pas dire sabotée, par le pouvoir sportif. Elle n'intéresse plus les médias et voit son public se raréfier au seul profit de la Formule 1.

 

Il est vrai que la superposition de deux championnats du monde réservés aux Groupe 5 (silhouettes) et Groupe 6 (prototypes) conjuguée à l'émergence de catégories nord-américaines spécifiques (IMSA) a de quoi déboussoler le spectateur moyen.

 

L'ACO est bien conscient du souci après le renoncement de différentes marques. Les 24 Heures du Mans parviennent néanmoins à tirer leur épingle du jeu et à sauver le spectacle avec la création d'une catégorie GTP (Grand Tourisme Prototype) en 1976 même si elle ne convainc pas les grands constructeurs, et en autorisant une mixité entre les catégories. Pour relancer l'Endurance, le législateur doit absolument revoir fondamentalement la règlementation. Constructeurs, concurrents et organisateurs sont alors amenés à donner leur avis sur l'avenir des courses d'endurance. Mais il est hors de question d'aller sur le terrain de la F1 qui rapporte de plus en plus d'argent à ses promoteurs. La FIA décide que l'endurance est le terrain idéal pour développer des moteurs consommant le moins possible.

LM1981 @A.C.O D.R

La commission technique de la FISA (Fédération International du Sport Automobile) dirigée par Curt Child et est connue pour ces querelles incessantes avec Enzo Ferrari, Ferdinand Piech. Cependant, elle doit fusionner trois courants de pensées différents : d’un côté la FISA de Jean-Marie Balestre, de l'autre les équipes et au milieu de tout ça l’Automobile Club de l'Ouest, organisme où la FIA aimerait reprendre la main.

 

Un seul homme est capable de tout fusionner, il s'agit de Paul Frère (vice-président du comité technique de la FlSA). Ferme et décisif, il est aussi un fin connaisseur du monde de la course (il est vainqueur de 24 Heures du Mans en 1960 sur une Ferrari 250 TR/60 avec Olivier Gendebien). Il est appelé à démêler le problème. Deux objectifs sont visés : s'affranchir du principe de voitures de série modifiées (Gr5 et Gr6) tout en limitant la puissance des moteurs, non plus en jouant sur la cylindrée, mais sur sa consommation.

 

Les origines

 

En 1980, l’instance dirigeante mondiale de la FISA définit une nouvelle génération de voitures de sport en trois groupes :

 

-Le Groupe A, voitures de tourisme basées sur une production minimum de 2500 exemplaires par an pour que les versions compétitions puissent être homologuées par la FIA.

 

-Le Groupe B, est la catégorie relative aux voitures de sport modifiées et produites à 200 exemplaires, dans le règlement de la FIA. Elle est créée en 1982 pour remplacer les anciennes catégories Groupe 4 et Groupe 5.

 

-Le Groupe C, sport-prototypes, étant destiné à remplacer les Groupe 5 et Groupe 6. Le summum technique du sport était pour les voitures de sport prototypes sur mesure. La version finale du Groupe C sera beaucoup plus éloignée de la règlementation GTP d'origine même si la FIA s'est appuyé sur ses textes.

 

L’idée de Paul Frère est que la limitation de consommation d’essence est la seule forme non arbitraire pour donner des chances égales aux différentes architectures et cylindrée de moteur. Il sera finalement décidé d’une disponibilité de 60 litres pour 100 kms qui sera ensuite réduite à 51 litres en 1984, un limitateur de carburant est même envisagé, mais vite abandonné.

 

Après avoir défini le Groupe C, il a été décidé de laisser une grande liberté à la conception des autos. En termes de dimension, la longueur maximale est de 4800 mm, une largeur de 2000 mm et une hauteur au sommet du pare-brise de 1000 à 1100 mm. Afin de limiter l’effet de sol, un plancher plan de 800 mm de longueur et de 700 mm de largeur après l’axe de l’essieu avant est imposé.

 

Les autos devront peser au minimum 800 kg, mais aucune autre restriction n’a été imposée ni la taille du moteur ni le type de carburant utilisé. Le réservoir de carburant est limité à 100 litres. Pour les courses de 1000 kms, les équipes devront s’arrêter quatre fois. Au Mans, les équipes ne pouvaient pas faire plus de 25 arrêts, fixant ainsi la consommation maximale à 2600 litres.

 

Les règles simples permettent aux techniciens, du moins dans un premier temps, de concevoir des voitures extrêmement différentes les unes des autres. Les prototypes se retrouvent bientôt côte à côte sur les plus grands circuits du monde, emportant avec elles les convictions et les rêves de ceux qui les ont conçues et offrant au public un spectacle unique. Mais les choses étaient un peu différentes chez Porsche....

Pendant un an encore, en 1982, la FIA décide d'accepter les Sports biplace afin d'avoir des plateaux conséquents. A leur côté, les GT baptisées groupe garnissent aussi les grilles de départ, mais seuls les Groupe C sont concernées par le titre mondial des marques (qui ne compte que cinq manches) dans un Championnat du Monde des Pilotes qui, lui, se constitue de neuf épreuves...

 

A suivre...

Commentaires (1)

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Cabrelbeuk

25 mar. 2022 • 16:33

Ah, donc la FIA n'a pas tenté qu'une seule fois de tuer les autres sports automobiles au profit de la F1. Intéressant.

Cocasse tout de même qu'ils se soient servit de la classe C qui a propulsée l'endurance si haut pour la tuer à nouveau.

Espérons que l'histoire ne se répètera pas avec les hypercars.