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Kevin Estre : "A mon avis, nous sommes plus là en tant que challengers !"

GT World Challenge Europe
31 juil. 2021 • 10:00
par
dbristol
Kevin Estre a remporté les Total 24 Heures de Spa en 2019. Le pilote officiel Porsche, qui s'est déjà adjugé les 24 Heures du Nürburgring il y a à peine deux mois, se verrait bien gagner à nouveau en Belgique puis signer un triplé en ajoutant les 24 Heures du Mans. Mais on en est encore loin, il va déjà falloir monter sur la plus haute marche à l'issue du double tour d'horloge belge. Endurance-Info a pu rencontrer l'homme (très) en forme du monde du GT...
Kevin Estre

Êtes-vous surpris de ne pas être en Superpole ?

 

« Surpris non quand on sait que l’on est à Spa, qu’en termes de performance, il est difficile d’y entrer, qu’il y a soixante voitures en même temps, qu'on a eu un tour libre, le drapeau rouge. Il était donc difficile de passer. En 2019, on s’était qualifié 20e, en 2020, 19e, et là ce la ne passe pas, 22e. La Q2 a été catastrophique pour beaucoup, Sven (Müller) n’a pas réussi à faire un bon tour sans gros trafic, il rend trois secondes au meilleur de cette séance. Quand on sait qu’il nous manque une seconde et demi jusqu’à la 20e position, il faut récupérer 1.5s de moyenne sur les autres pilotes, c’est compliqué ! Cela aurait pu le faire cependant, mais on échoue à 5 ou 6 centièmes. C’est comme cela donc surpris non, déçu oui ! »

 

Qu’est ce que cela change d’être dans les stands Endurance ?

 

« Il y a des avantages et des inconvénients. Les points plus négatifs, c’est que lorsque l’on s’arrête, il faut rester sur les freins un peu plus longtemps sinon la voiture roule et le mécanicien, qui doit mettre l’air jack, galère un peu. Rentrer et sortir la voiture est un peu plus compliqué même si nous avons droit à un mécanicien supplémentaire. Il y a moins de place dans le stand si on a besoin de réparer quelque chose ou quand on rentre l’auto pour effectuer l’arrêt technique obligatoire. Par contre, on a toujours les pneus chauds quand on sort des stands. Pendant les essais, lors du drapeau vert, on peut se permettre de partir de notre stand et d’être dans les 10 premières voitures. On voit si le feu est rouge lorsque l’on s’arrête sous safety car. Quand on est une nouvelle équipe, je crois que l’on est toujours basé dans les stands Endurance. Il faut donc apprendre et faire ses preuves (rires). »

Kevin Estre

Quel est votre regard sur cette nouvelle équipe justement ?

 

« C’est une équipe qui n’a pas beaucoup d’expérience en général. Ils ont attaqué les courses professionnelles il y a trois ans, mais ont gagné dès la première année l’ADAC GT Masters avec Audi. En 2020, ils se sont encore battus pour le titre. Ils sont restés chez Audi pour le Sprint et sont passés chez Porsche pour les courses d’Endurance. Ils ont fait leurs preuves lors des 24 Heures du Nürburgring en étant dans le top 5 toute la course. Ici, à Spa, c’est un championnat nouveau pour eux, ils n’ont jamais fait de course SRO, jamais fait les 24 Heures de Spa. Avec Richard (Lietz) et Sven (Müller), on essaie de leur apporter le maximum de notre expérience de pilotes Porsche. Ils sont ouverts, ils ont un fonctionnement bien particulier, très différent de ce que l’on connait, mais c’est assez intéressant ! Il y a des choses que l’on a essayé de changer, d’autres qu’on laisse et certaines que l’on fera partager à d’autres teams clients ou chez Porsche en WEC. »  

 

Ce n’est pas non plus "dramatique" de rater la Superpole sur une épreuve de 24 heures. Comment voyez-vous votre course ?

 

«Tout à fait car, dans cette course, il se passe tellement de choses avec les Full Course Yellow, les Safety Car, les conditions météos… Là, il va falloir doubler, ce ne sera pas facile, mais nous avons 24 heures. Nous avons cinq à six heures pour nous repositionner dans le top 10 voire top 5 si on peut. On va essayer de rester là et de tout donner dans les six dernières heures. Il faudra alors prendre plus de risques dans le trafic, dans la pitlane pour essayer de gagner cette course. Il faut une bonne voiture et surtout ne pas avoir d’accrochage, ce qui n’est pas facile ici. »

Kevin Estre

Vous avez remporté le Nürburgring, Spa et Le Mans. Vous venez à nouveau de gagner la première citée. Vous êtes donc en lice pour les gagner toutes les trois la même année...

 

« Nous avons la capacité de le faire, mais cela va être dur. En termes de performance,  je pense que cette année sera la plus dure des trois dernières années pour les Porsche par rapport à la concurrence. On verra si cela va mieux en course, mais jusqu’à maintenant, on est plus les challengers à mon avis. Le but est quand même de gagner, puis il y aura les 24 Heures du Mans dans trois semaines. Ce sera complètement différent, c’est une équipe avec laquelle je roule toute l’année. »

 

Vous avez un peu la baraka en WEC avec deux victoires et trois pole positions en trois courses...

 

« Le WEC se passe bien, je suis en forme, l’équipe est aussi, les ingénieurs, les mécanos de la #92, Neel (Jani) qui s’est super bien intégré, Michael (Christensen) qui nous aide pour les longues courses. On est fort en tant que groupe. Je me sens vraiment bien, je pense que je suis au top de ma forme. Je fais bien mon boulot depuis le début de l’année, je vais essayer de continuer jusqu’à la fin de l’année. Le Mans, c’est différent, un kit aéro différent, une BoP différente, c’est une course plus longue, avec un 3e pilote. C’est pourquoi on ne peut pas comparer Le Mans au WEC. On peut juste savoir que l’on a de bonnes bases. Je suis impatient de voir ce que la nouvelle Corvette C8.R va pouvoir faire aux 24 Heures du Mans. Il faudra compte sur eux, ils ont montré en IMSA depuis deux ans qu’ils étaient là ! Je me réjouis d’être au Mans pour oublier une édition 2020 un peu difficile et peut être rééditer la victoire de 2018 ! »

Porsche Estre

Avez-vous conscience que vous faites rêver pas mal de gens à travers vos dépassements, vos attaques en piste, vos prises de décision. Est-ce naturel ou bien des prises de risque mesurées ?

 

« Ce sont des décisions prises sur le moment, pas vraiment travaillées. C’est souvent l’instinct qui prend le dessus sur le moment car on n’a pas beaucoup de temps. J’en suis fier, j’ai toujours roulé comme cela. Il ne faut pas oublier qu’il y a des hauts et des bas. En ce moment, il y a des hauts, j’espère que cela restera comme cela. L’expérience fait que, même si je prends la décision instinctivement, peut-être je la prendrai différemment.  Cela fait maintenant un moment que je roule, au moins dix ans. J’ai la confiance, tout se passe bien en ce moment, ma vie personnelle se passe bien, ma vie professionnelle aussi, l’équipe est contente de mon travail, la voiture me convient bien. Je suis ravi que les fans apprécient mes actions en piste, mais je ne le fais pas pour le spectacle, mais bien pour gagner des courses. Je suis content que les deux fonctionnent ensemble ! »

Kevin Estre

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