Henri Pescarolo : « Je suis catastrophé ! »

2010-04-27 21:00:00
by Antho

Henri Pescarolo est un habitué des colonnes d’Endurance-Info et cela fait un petit moment que nous n’avions pas eu l’occasion de l’interviewer. C’est désormais chose faite. Il s’était tenu à un droit de réserve au cours des derniers mois, ne souhaitant pas évoquer des procédures judiciaires. Mais depuis quelques jours, c’est bien de l’aspect sportif dont il est question, avec une participation aux 24 Heures du Mans qui semble de plus en plus incertaine pour les Pescarolo LMP1. Nous avons donc interrogé Henri Pescarolo sur le sujet, lui qui avait fondé Pescarolo Sport il y a tout juste dix ans. Un drôle d’anniversaire… Alors que l’on annonçait l’un des plus beaux plateaux des 24 Heures du Mans, les Verts pourraient ne pas être au départ. Un comble qui devrait rendre l’édition 2010 bien particulière. Malheureusement…

 

Henri, Jean Py nous a confié en début de semaine que la participation de Pescarolo Sport aux 24 Heures du Mans est très compromise. Qu'est ce que cela vous inspire ?
« Je suis complètement catastrophé, désespéré. C’est un coup presque prémédité : Jean Py a expliqué la semaine dernière au cours d’une réunion entre Pescarolo Sport et l’ACO qu’il avait, je cite, « acheté Pescarolo Sport pour construire les Pescarolo Ecoles et sans l’intention de faire de la compétition. » Il est arrivé tel le chevalier blanc, mais son idée était de répondre à l’appel d’offres de l’ACO pour les voitures écoles. Personnellement, si j’ai accepté de vendre 100% de mes actions, de perdre toute l’énergie, l’amour et l’argent investis dans cette écurie, c’était avec la garantie de la voir se maintenir à son niveau, c’est à dire le plus haut niveau de l’Endurance. Voir un tel savoir, une telle expertise et une telle expérience jetés aux orties, c’est une catastrophe. »

 

Un partenariat avec Genii a été évoqué, et Genii a justement confirmé ce mardi que les discussions n’ont pas abouti. Quel a été votre rôle ?
« Aucun ! Je n’ai jamais été mis au courant des discussions entre Genii et Jean Py. J’ai appris par la presse que l’engagement des Pescarolo était compromis. Il y a quelques temps, Jean Py nous avait dit qu’il discutait avec un grand groupe, mais je ne savais pas qui. J’ai ensuite lu dans la presse sarthoise qu’il s’agissait de Genii, puis, ce mardi, que le dialogue avait été rompu. »

 

Serez-vous au Mans en juin prochain ?
« Il y a de très fortes chances que non. J’ai trop les boules (sic). Cela me ferait trop mal au cœur de voir une grille sans les deux Pescarolo LMP1. Je pense que je vais m’isoler. Depuis 1966, ce serait la première fois que je serai absent à titre personnel. Et pour Pescarolo Sport, la première fois depuis 2000. C’est un spectacle insupportable. »

 

Quelle est votre position aujourd’hui par rapport à Pescarolo Sport ?
« Pour bien le comprendre, il faut faire un petit historique. J’ai fondé Pescarolo Sport en 2000, en étant le gérant majoritaire. En 2007, nous avons construit notre propre prototype, ce qui représentait un coût plus important que lors des saisons précédentes. Cela a coïncidé malheureusement avec les équivalences Diesel-Essence : j’avais prévenu l’ACO que nous étions condamnés à mourir avec un tel règlement. Et nous avons perdu des partenaires fidèles qui ne voulaient pas se contenter de faire de la figuration. Fin 2007, la situation m’imposait de trouver un partenaire financier. J’ai revendu la totalité des actions de Pescarolo Sport à Jacques Nicolet pour sauver l’équipe, « pour sauver ma famille ».

« Nous avons obtenu de bons résultats en 2008, mais Jacques Nicolet, surpris par la crise internationale, a souhaité se désengager subitement à la fin de l’année. Pescarolo Sport allait au dépôt de bilan. Jean Py est arrivé et s’est présenté comme le sauveur de Pescarolo Sport. Il m’a alors retiré la gérance et j’ai été détaché par la société MHP, que je possède avec mon épouse, pour assurer le rôle de Directeur Sportif. Je n’avais plus aucun rôle dans le domaine de la finance ou de la gestion, mais seulement dans le sportif. L’équipe a obtenu de bons résultats, avec deux victoires notamment, et elle s’est battue jusqu’au bout pour le titre contre Aston Martin.

« A partir de novembre 2009, Pescarolo Sport a cessé d’honorer les factures d’honoraires de MHP, malgré quelques promesses à chaque fois non tenues. Mais j’ai toujours continué à assumer mon rôle de Directeur Sportif. Nous avons donc fait un référé, que nous avons gagné la semaine dernière. Depuis, Jean Py a mis fin à mon contrat qui courrait pour trois ans. Je suis donc en train de saisir la justice pour une rupture abusive de contrat et pour préjudice moral, car je suis en plus accusé d’avoir commis des fautes lourdes. Désormais, c’est à la justice de se prononcer. »

 

Quel regard vous portez sur tout cela ?
« Comme je l’ai dit, je suis catastrophé. Je suis catastrophé de voir qu’un industriel n’a pas tenu sa parole. Mais surtout, je suis désespéré pour l’équipe Pescarolo Sport qui n’a, pendant dix ans, jamais compté son temps, ni son enthousiasme pour tenter de faire gagner les Pescarolo et qui se voit maintenant condamnée à construire six voitures écoles sans aucun espoir d’être en compétition et sans garantie pour la suite. »

 

Que reste-t-il à Pescarolo Sport ?

« La force actuelle de l’équipe, c’est qu’elle est encore au complet et prête à démarrer sur un nouveau projet. Par contre, la propriété intellectuelle de la Pescarolo 2009-2010, ainsi que tous les outillages et l’autorisation de la vendre ont été cédés à OAK Racing. La voiture complète (la n°17) qui revenait d’Asie s’est retrouvée propriété de SORA Composites. Il ne reste en tout et pour tout qu’une auto (la n°16), incomplète, et quelques boites à outils dans les ateliers. »

 

Désormais, de quoi avez-vous envie ? Y-a-t-il une chance de vous voir revenir ?
« J’ai surtout envie de ne pas voir disparaître cette équipe qui est l’une des meilleures de l’Endurance. Et comme je l’ai fait précédemment, je continuerai à me battre pour la sauver. Je suis très sensible aux nombreux témoignages de soutien et d’amitié que je reçois en ce moment. »

 

Nous remercions Henri Pescarolo pour les minutes qu’il nous a accordé. Et nous espérons, comme bon nombre d’acteurs et de passionnés d’Endurance, le revoir bientôt sur les circuits…

 

Propos recueillis par Anthony Megevand

 

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