Giuseppe Risi: « La victoire suivante, toujours ! »

2010-03-16 08:00:00
by Cecile

Au fil des années, l’écurie Risi Competizione est devenue un acteur majeur de l’American Le Mans Series. Dotée d’un palmarès impressionnant, l’équipe américaine fondée par Giuseppe Risi, par ailleurs concessionnaire Ferrari et Maserati à Houston, a toujours faim de victoires au moment d’aborder une saison 2010 composée une nouvelle fois de l’ALMS et des 24 Heures du Mans.

 

Giuseppe, quel est votre sentiment sur la saison 2009 ?

« A la fois de la satisfaction et une légère frustration. Une très grande satisfaction de pouvoir continuer à engranger un nombre fantastique de victoires dans les épreuves classiques de l’endurance puisque nous avons gagné Sebring, Le Mans et Petit Le Mans, mais aussi une légère frustration car cette réussite n’est pas arrivée jusqu’à l’American Le Mans Series. Nous finissons deuxièmes au championnat et nous nous sommes battus pour la première, mais les victoires nécessaires pour y parvenir nous ont échappé. »

 

Le niveau de compétition était-il plus relevé que les années précédentes ?

« Je dirais que oui avec l’arrivée de BMW dans la catégorie et de Corvette depuis le milieu de saison. Ces deux constructeurs sont expérimentés et, comme nous tous, s’alignent pour gagner, ce qui affecte globalement la catégorie. Porsche, bien sûr, comme Ferrari, n’a jamais cessé de développer et de faire évoluer ses voitures. »

 

Votre écurie a remporté Sebring, Petit Le Mans et les 24 Heures du Mans en 2009, soit les courses les plus longues et les plus prestigieuses. Comment pouvez-vous expliquer de tels résultats dans les courses longues et avez-vous une préparation spéciale ?

« Nous abordons ces courses de la même façon que les autres, mais le GT2 requiert un haut niveau de préparation et d’engagement. Vous devez avoir une bonne équipe et de bons pilotes car le retour d’informations aux ingénieurs est important. En fait, je pense que la réussite se résume à la préparation plus un peu de chance, qui joue toujours un rôle sur les courses longues. »

 

Que vous a-t-il manqué pour décrocher le titre « Pilotes » en 2009 ?

« Au moins une victoire sur une course normale de 2 heures 45. Nous finissons trois fois à la deuxième place et très proches de la première, mais pour diverses raisons, nous ne sommes jamais parvenus à monter sur cette première marche, sauf à Sebring et à Petit Le Mans. Nous avions encore une petite chance de remporter le titre à la dernière épreuve de Laguna Seca, mais nous avons été victimes d’un accrochage avec un concurrent moins expérimenté, ce qui a été une grosse déception. »

 

C’est votre dernière saison avec la F430 GT, y a-t-il des choses nouvelles sur la voiture 2010 ?

« Oui, nous avons développé des choses qui vont dans le bons sens avec Ferrari et Michelotto et que nous avons hâte de tester en course. La voiture s’appelle désormais Ferrari 430 GTE, avec un E comme Evoluzione ou Evolution. L’évolution essentielle est que l’auto est un peu plus large pour être adaptée aux roues du règlement FIA-GT1. Les boucliers avant et arrière sont différents et le passage de roues arrière est visible. Sous la carrosserie, révisions et développements ont concerné la plupart des aspects mécaniques et de voiture, y compris la suspension et la géométrie. »

 

Comment voyez-vous le futur de l’American Le Mans Series ?

« Je crois que c’est un championnat de classe mondiale, mais j’ai un problème : le respect du maintien ferme du règlement. Les organisateurs ne peuvent pas continuer à changer les règles du jeu et à donner des dérogations en cours de saison à des concurrents pour contenter l’une ou l’autre des écuries. Je ne crois pas que ce soit ça le vrai esprit du sport.

« Pour que Ferrari garde un intérêt dans ce type de courses, particulièrement dans cette série, une stabilité du règlement est nécessaire. Au cours des dernières années, il y a eu plusieurs exemples où les organisateurs ont voulu amener plus de voitures sur le plateau ou attirer un nouveau constructeur et ont accordé des dérogations, mais je crois que cela devrait être contrebalancé pour les concurrents qui sont fidèles au championnat depuis des années. Les résultats ne dépendent pas toujours de la voiture, c’est un package global qui comprend le véhicule, les pilotes et l’écurie. »

 

Vous serez de retour au Mans en juin pour vous battre contre de nouvelles voitures, croyez-vous que la concurrence sera plus féroce cette année ?

« Bien sûr, c’est plus difficile chaque année, mais c’est ce qui attire les meilleures écuries vers cet événement très spécial. C’est l’apogée du sport automobile et lorsque vous gagnez là-bas, cela signifie que vous avez battu les meilleurs des meilleurs, comme Risi Competizione l’a fait ces deux dernières années. La liste des engagés en 2010 comprend BMW et Corvette en GT2 pour la première fois, de même que Jaguar, donc ce sera un prolongement de la bataille nord-américaine. Ce sera très difficile. »

 

Pourquoi avez-vous changé vos pilotes pour la saison 2010 et qu’espérez-vous du nouvel équipage ?

« Nous travaillons bien évidemment très près avec Ferrari dans tous les aspects de notre programme, y compris dans l’aspect équipage. Jaime et Gianmaria sont les deux pilotes les plus expérimentés du monde avec la F430, puisqu’ils sont tous deux impliqués dans le développement depuis le début du projet. Comme AF Corse ne participe plus au championnat FIA-GT, Gianmaria s’est retrouvé disponible et cela nous paraissait évident qu’avec l’élévation du niveau de compétition dans la catégorie GT2 de l’American Le Mans Series, nous devions nous présenter au maximum de notre potentiel, ce qui signifie l’associer à Jaime. Ce que j’attends d’eux ? Rien de moins que la victoire, ou devrais-je dire LES victoires ! »

 

Avez-vous déjà une idée de la voiture que vous engagerez en 2011 ?

« Nous attendons de voir les projets de Ferrari, mais faire courir une version GT de la Ferrari 458 serait génial. C’est une voiture au look sensationnel et il n’y a pas de raison qu’elle ne remporte pas autant de succès que la F430 voire plus. »

 

Votre palmarès est impressionnant dans la catégorie GT2. N’avez-vous pas envie de faire courir un prototype ?

« Faire courir un prototype est toujours attirant en raison de la technologie impliquée et de la victoire au général, mais la marche entre le GT et le prototype est énorme. En ce moment, la marche est trop haute pour beaucoup de gens, surtout sur le plan économique. Je pense que sans l’assistance d’un constructeur, c’est extrêmement difficile de concourir en prototype et Ferrari n’a pas exprimer l’intention de se retirer de la F1 dans un avenir proche. »

 

Quelle est votre motivation après autant de victoires ?

« La victoire suivante. Toujours ! »

 

La crise économique aux Etats-Unis a-t-elle un impact sur votre écurie?

« La crise économique est devenue mondiale et le sport automobile a été affecté dans le monde entier, de la Formule Un à la plus petite écurie. Comme beaucoup d’autres, nous avons fait très attention à notre budget et l’avons réduit aux domaines les plus essentiels. Nous sommes toujours là et nous serons encore en mesure de courir au plus haut niveau des courses GT et je pense que les faits parlent d’eux-mêmes. »

 

Il y a quelques années, vous engagiez deux voitures en American Le Mans Series. Serait-il encore possible aujourd’hui ?

« Nous ferons courir une seconde voiture à Sebring, Laguna Seca et au Mans pour nous amis de Krohn Racing et nous essayons de concrétiser nos plans pour engager une seconde auto pour toutes les autres manches de l’American Le Mans Series. Nous ne voulons toutefois pas perdre la victoire de vue uniquement pour augmenter le nombre de voitures dans le championnat. »

 

Sur quoi vous concentrez-vous en 2010 ?

« Gagner des courses, remporter les épreuve classiques de l’endurance et décrocher les titres. »

 

Cette dernière réponse parle aussi d’elle-même !

 

Propos recueillis par Cécile Bonardel

 

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