Nicolas Minassian : « On leur a mis le doute… »

2010-03-02 10:00:00
by Antho

A l’instar de Stéphane Sarrazin, Nicolas Minassian a tout connu avec Peugeot. La joie des premières victoires, la désillusion de 2008 et la victoire d’une équipe en 2009. Avant une saison qui s’annonce disputée, face à Audi notamment, le Marseillais se libre. Sans détour, il évoque d’ailleurs la concurrence avec la firme aux quatre anneaux…

 

Nico, Peugeot entame sa quatrième année et on a le sentiment que chaque année a eu sa spécificité. L’apprentissage en 2007, la déception en 2008, la reconquête en 2009 et désormais la défense du titre. Tu es présent depuis le début du programme, donc bien placé pour en parler. Que peux-tu nous en dire ?

« Pour la première année, je pense que l’on manquait d’expérience, ou d’assurance, même si Peugeot a toujours eu ce savoir-faire impressionnant. On l’a vu puisque la marque a sorti une voiture incroyable dès le début. L’apprentissage était légitime compte-tenu de la concurrence. Ce n’était pas facile d’atteindre le niveau d’Audi, présent depuis de nombreuses années. L’année suivante, je pense que les exigences sont venues de l’extérieur. La 908 était tellement performance que les gens se sont dit : « ils vont gagner facilement ».

« Ensuite, certaines choses ont changé en 2009, avec l’arrivée de Olivier Quesnel. Il a apporté sa manière de travailler. Une philosophie qui a fait ses preuves puisqu’il a toujours gagné. Il a amené une certaine autorité. Depuis la victoire du Mans, c’est plus relaxe. Les membres du team sont plus sûrs d’eux. Je ne parle pas de prétention, mais de sérénité. Désormais, nous avons aussi une certaine expérience »

 



Tu parles d’une manière différente de travailler. Comment cela s’est traduit ?
« Avant, je pense que l’on prenait ça comme un sprint. Les décisions prises font qu’on a gagné Le Mans. Il a su mettre une pression positive. Tout ce qui a été fait, a été bien fait. Et dans tous les domaines. »

 

Tu connais bien Audi, pour les avoir affronté depuis de nombreuses années. Que penses-tu d’eux pour la saison 2010 ?
« Je pense que, pour la première fois, on leur a mis un poil de doute. Quand tu gagnes, que tu es performant, tu mets le doute dans l’esprit de ton adversaire. Attention, je sais aussi qu’ils seront forts. Mais ils ne nous tourneront pas autour. Je l’espère pas en tout cas. Ce sera peut être le duel le plus disputé entre nous. Il faudra être à bloc du départ à la fin et la fiabilité sera primordial. On ne pourra pas se permettre de ralentir pour préserver la mécanique. »

 

Le fait de n’avoir qu’une confrontation directe avant Le Mans, est-ce un avantage pour Peugeot ou pour Audi ?
« Je pense que c’est pareil pour les deux camps. Ils ne seront pas où nous en sommes, et nous non plus. Ils auront simplement un aperçu avec la Peugeot/Oreca lors des 8 Heures du Castellet. Nous avons des objectifs et nous nous focalisons sur notre travail. On ne se calque pas sur la concurrence. C’est aussi l’une des conséquences de notre succès. On se serait peut être posé la question il y a deux ans, pas aujourd’hui… »

 


Tu rouleras avec Stéphane et Franck à Spa et au Mans. Mais tu seras le seul des trois à Sebring. Ils ne t’en veulent pas ?
« (rire) Non, ils sont contents pour moi, même si ils auraient préféré y être. Personnellement, je suis très heureux d’avoir la chance d’y aller. Tu sais combien j’aime les courses aux USA. J’ai l’opportunité de gagner une des plus belles courses d’Endurance. J’espère bien revenir avec une grosse coupe à la maison ! »

 

Il n’y aura pas Audi. Finalement, est-que le principal adversaire de Peugeot n’est pas… Peugeot !
« Dans un premier temps, c’est une préparation pour Le Mans. Bien sûr, tout le monde veut gagner cette épreuve et on ne va pas se promener. Ce ne sera pas facile et il y aura de la concurrence. On sait que la stratégie est particulièrement importante en ALMS, que les LMP2 sont agiles sous la pluie, ou en pneus froids etc. Ça peut vite tourner. Si on arrive à gagner, c’est qu’on l’aura mérité. Certains ont tendance à sous-estimer la concurrence, parce qu’il n’y a pas Audi. Mais Audi a souvent gagné en ALMS face à une concurrence moindre que celle d’aujourd’hui… »

 

Pour en revenir au Mans, tu restes sur une deuxième place en 2008, disons décevante, et une course 2009 où tu as rapidement perdu tes espoirs de victoire, malgré un record du tour. Tu as évacué ces déceptions ?
« En fait, je vois les choses différemment. D’abord, je vois que je suis dans un team qui peut me permettre de viser la victoire, et ça n’est pas donné à tout le monde. Je suis dans cette équipe depuis quatre saisons, ce qui prouve qu’elle me fait confiance. C’est important pour un pilote. Et en plus, Peugeot a conservé bon nombre de ses pilotes depuis le début du programme : je trouve ça plutôt bien.

« Concernant ta question, je ne suis pas du style à rester sur un mauvais souvenir. 2008, j’ai mis une semaine à l’oublier ; 2009, deux jours. J’ai une voiture compétitive et évidemment j’aimerai gagner. Je suis heureux de ce que j’ai, et pas du style à me lamenter sur ce que je n’ai pas ! »

 

Propos recueillis par Anthony Megevand

 

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