Peugeot au HTTT. La Lionne a bien grandi…
by Antho
Il y a parfois des journées qui marquent. Le vendredi 19 janvier 2007 en fait partie. A l’époque, Peugeot Sport m’avait sympathiquement accueilli au cours d’essais privés menés sur le circuit Paul Ricard HTTT. A l’époque, la 908 HDi FAP n’avait que quelques séances dans les pattes : la Lionne commençait seulement à rugir, mais elle était déjà impressionnante dans le juge de paix qu’est la courbe de Signes. Un peu plus de trois ans, le constructeur français m’a de nouveau ouvert ses portes. Que le temps a passé : la Lionne a bien grandi. Oh, elle est toujours aussi efficace dans Signes, certainement davantage même. Mais surtout, elle s’est formée un superbe palmarès, avec la plus belle des lignes : les 24 Heures du Mans. A l’époque, Bruno Famin m’avait confié : « j’ai le sentiment que nous commençons à réaliser l’ampleur de la tâche ». La tâche, elle a été accomplie, c’est le moins que l’on puisse dire !
La coïncidence veut que, comme il y a 37 mois, votre serviteur arrive à 9h30 sur le circuit varois. Et, comme il y a 37 mois, l’équipe tricolore est déjà à pied d’œuvre. La différence, c'est que la 908 HDi FAP, floquée du n°1, en est à la… vingt-quatrième heure de son test d’endurance. Il en reste huit à parcourir pour boucler le programme. Deux équipes techniques, celles de la n°1 et de la n°2, ainsi que six pilotes se sont relayés depuis la veille : Franck Montagny, Stéphane Sarrazin, Nicolas Minassian, Alexander Wurz, Anthony Davidson et Marc Gené. Mardi, Sébastien Bourdais et Pedro Lamy étaient également de la partie. La séance se poursuivra jusqu’au vendredi, avec un travail sur le set-up au cours de la dernière journée.
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A peine arrivé, c’est un « Minass’ » tout sourire que je croise. Prêt à prendre la piste. Stéphane est lui aussi de bonne humeur. Voilà une journée qui débute parfaitement. Avant de multiples interviews, à retrouver dans les jours qui viennent, direction le bord de piste, pour admirer la fameuse Lionne. Ou plutôt, les lionnes. La « grande » a été rejointe par la « petite », celle dont le Team ORECA-Matmut a pris possession récemment. Sans surprise, Olivier Panis et Nicolas Lapierre se relayent dans le baquet pour dompter leur nouveau fauve.
Le temps, celui qui a passé vite depuis trois ans, est toujours trop court lorsque l’on admire un tel prototype en piste. Il faut dire qu’avec sa nouvelle livrée, la Peugeot a une belle gueule. Et puis, on se surprend aussi à découvrir un son amplifié. Voilà une des nombreuses choses qui a changé depuis ce 22 janvier 2007 : le V12 rugit plus fort. Marc Géné, le prochain sur ma liste des interviewés, a lui aussi changé : à cette époque, il bouclait ses premiers tours dans une LMP1. Il est désormais le tenant du titre aux 24 Heures du Mans, et toujours aussi sympathique.
Après un entretien avec le petit nouveau, Anthony Davidson, c’est l’heure de la pause repas. Un déjeuner toujours appréciable lorsque la vue donne sur la piste. Petit plaisir et flash back sur un programme Le Mans qui en a connu des rebondissements. En 2007, Peugeot faisait son retour en Endurance. La marque l’avait joué modeste, du style : « on est là pour apprendre ». Logique et c’est d’ailleurs cette impression que m’avait laissé l’équipe. Une équipe en rodage, en pleine prise de marques et en quête d’expérience. Si le constructeur français avait semblé ouvert dans un premier temps, il s’était petit à petit replié sur lui-même. Certainement l’enjeu du double tour d’horloge sarthois.
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J’espère qu’on ne m’en tiendra pas rigueur, mais c’est la vérité : nombreux sont ceux qui avaient vu d’un mauvais œil l’arrivée de ce « gros » parmi les « petits », avec les dérives « F1 » que cela pouvait suggérer. 2008 s’était inscrit dans cette continuité, avec le « on cache tout » de rigueur et une certaine impression de supériorité par rapport à Audi. Presque une insolence avaient dit certains. Ceux-là même qui, quelques mois plus tard, étaient prêts à abattre le Lion après une défaite au Mans et une déroute à Silverstone. Il est clair que Peugeot était passé à côté, il est clair que tout n’était pas parfait. Mais le tableau n’était pas non plus complètement noir. Ce team la, il avait des qualités et il l’avait montré lors d’un Petit Le Mans qui lui échappa de peu. Petit Le Mans ou une étape sur le chemin de la rédemption. Une équipe ouverte vers le monde, comme elles le sont toutes lorsqu’elles évoluent en terre américaine.
La rédemption avant le changement. L’arrivée de Olivier Quesnel à la tête de Peugeot Sport a modifié la donne, il ne faut pas le cacher. Des 12 Heures de Sebring pleines de promesses, des 1000km de Spa convaincants, et un discours humble. L’épée de Damoclès planait pourtant toujours autant au dessus du Lion. Les journalistes prêts à planter la dite épée en cas d’échec en Sarthe. D’échec il n’y aura point, l’effort des 908 HDi FAP étant récompensé par une pole, un meilleur tour en course, et surtout un doublé. Et nombreux sont ceux qui ont retourné leur veste pour faire du Lion un roi ! Il est marrant de voir à quel point les avis changent en douze mois. La vérité est peut être ailleurs et cet avis vaut ce qu’il faut. Toujours est-il que Peugeot méritait certainement d’être critiqué, mais et qu’il mérite tout autant qu’on lui dise aussi : bravo ! Bravo parce que détrôner la firme d’Ingolstadt n’était pas donné à tout le monde.
Depuis trois ans donc - revenons un peu à notre sujet – les choses ont changé. De l’apprentissage de 2007 à la joie de 2009, en passant par la désillusion de 2008 et… la sérénité d’aujourd’hui. Tous les pilotes me l’ont confié en ce 25 février : il y a ce petit truc de différent depuis un fameux dimanche de juin 2009. L’équipe entière évolue dans un certain climat de confiance, c’est perceptible. Comme le disent justement Marc Gené : « On sait comment on a gagné et on sait ce qu’il faut reproduire pour gagner à nouveau. »
Voilà la tâche qui attend Peugeot Sport. Rééditer une prestation presque parfaite pour venir à bout, encore, des Audi R15 TDI, dont la compétitivité aura sans aucun doute été améliorée. Le Lion travaille dans ce sens, avec sérieux. La 908 HDi FAP enchaîne les tours, les uns après les autres. Il y a trois ans, on se demandait quand la mécanique allait lâcher. Aujourd’hui, on attend que le feu rouge s’allume pour boucler un test d’endurance. Tout en sachant qu’un grain de sable peut toujours enrailler la belle mécanique. La fiabilité parfaite n’existe pas, au contraire du facteur chance qui, quoi qu’il advienne, à toujours son mot à dire.
Il est 17h, la Lionne vient d’achever son test d’Endurance. C’est avec le carnet bien rempli et des images plein la tête que votre serviteur entame le chemin du retour. En espérant qu’il ne faudra pas attendre 37 mois pour retrouver le fauve en tête à tête…
Anthony Megevand







