Bruce Jouanny : « C’était trop court… »
by Antho
Si Pescarolo Sport mise traditionnellement sur la continuité au niveau de ses pilotes, Bruce Jouanny était l’un des nouveaux venus en 2009. Le Francilien a disputé la première partie de saison avec les Verts, y compris les 24 Heures du Mans, avant d’effectuer une pige chez WR. Au moment d’aborder 2010, il dresse le bilan de ces expériences, tout en évoquant un futur qui ne s’annonce pas forcément facile pour les pilotes professionnels.
Bruce, tu as intégré Pescarolo au début de la saison 2009 Quelle est ton impression sur cette expérience ?
« J’ai deux sentiments. D’un côté, je suis extrêmement satisfait. Grâce à l’équipe, cette expérience a été très enrichissante, tant humainement que sportivement. Henri Pescarolo est un personnage entier, avec qui tu progresses énormément. Il a une expérience folle, il sait tout et il est à l’affût de tout. Quand tu n’es pas bien, il te le dit. Quand tu es bien, il te le dit aussi. C’est le team le plus franc dans lequel j’ai évolué. Cette franchise donne une atmosphère excellente, avec un seul objectif : performer. C’est très sain et c’est pour cela que c’est exceptionnel. »
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Et l’autre sentiment ?
« De la frustration. Henri paye ses pilotes et un programme important avait été fait sur le développement de la voiture. Cela coûte beaucoup d’argent et le budget ne permettait pas de faire rouler une seconde voiture. J’ai fait Barcelone avec la Pescarolo 2008, Spa avec la Pescarolo 2009, avant que la roue ne casse, puis les 24 Heures du Mans qui ont été « correctes ». Mais tout ça, c’était trop court. Et puis, il y a eu la déception de la Peugeot qui abandonne. On formait une seule équipe et cela nous a aussi affecté. C’est un sentiment qui reste… »
D’un point de vue personnel, es-tu satisfait de tes performances ?
« Barcelone s’est bien passé. On avait pour référence les temps réalisés en 2008 et lors des qualifications j’améliore le chrono de cinq dixièmes. C’est positif. A Spa, avec Joao (Barbosa), nous avons eu un problème récurrent de survirage et nous n’avons pas compris pourquoi. Et puis il y a la jante qui casse… Au Mans, ça s’est plutôt bien passé, hormis le premier relais où mon baquet était mal positionné. J’étais en souffrance durant l’ensemble de mon triple relais. Nous avons passé une bonne nuit, puis je fais mon meilleur tour lors de mon ultime stint, avec une auto qui n’avait pas bougé depuis le départ. »
Tu as ensuite effectué une pige avec WR…
« Oui car Tristan Gommendy était retenu par son programme en Superleague. Si l’approche n’est pas la même, j’ai passé un très bon week-end à Portimao. L’équipe fait preuve d’une grande volonté, avec les frères Salini qui sont très passionnés, sérieux et qui ont envi de progresser. D’ailleurs, je suis heureux pour eux que la WR ait été sélectionnée pour les 24 Heures du Mans 2010. »
Peux-tu nous en dire plus sur cette WR ?
« La coque est très moderne. Sa forme permet de dégager le bas, et sa finesse offre un bon écoulement d’air. Le seul souci, c’est qu’elle manque de temps en piste. Je pense qu’elle est faite pour Le Mans. Elle manque de charge pour les circuits des Le Mans Series, mais au Mans, elle va marcher ! Tristan l’a bien fait évoluer : elle est facile à prendre en mains et, avec un moteur Zytek très plaisant, c’est un vrai jouet ! »
Place à 2010. Quels sont tes souhaits ?
« La série Le Mans est la discipline dans laquelle je me sens à la maison et cela me ferait mal de ne pas y participer. Je discute avec des teams en LMP1 et LMP2, mais il faut avouer que la situation n’est pas facile. De nombreuses équipes veulent du budget. Cela étant, je connais plutôt bien Collin Kolles donc j’espère qu’il me passera un coup de fil. Sinon, j’essaye de rouler en SuperLeague. Comme j’avais fait le développement de la voiture, je n’avais pas le droit de rouler l’an dernier. Cette fois, je peux et la monoplace reste une discipline superbe pour tout pilote. »
Tu parles d’une situation difficile. La règle concernant les équipages en LMP2 n’a pas dû arranger la donne…
« Je comprends que l’on veuille niveler le LMP2, mais les pilotes pros ont déjà du mal à trouver un baquet… Et là, on fait une croix sur un baquet par équipage. Certains teams cherchent la performance et souhaitent aligner trois pros pour cela. Forcément, ils ne trouvent pas cette règle logique et se pose des questions. Qui plus est, ce système de « médailles » existe ailleurs et il ne s’avère pas forcément fiable. Je me rends compte également que le sport en général change. Le niveau est en train d’être nivelé par le bas et on assiste à une énorme disparité entre le LMP2 et des constructeurs comme Audi ou Peugeot. »
Et pour conclure, un petit mot sur ton nouveau site Internet, www.bruce-jouanny.com ?
« Nous l’avons lancé avec un partenaire, ineeve, qui est de plus en plus actif avec les pilotes et qui met en place des échanges commerciaux dans le sport. Je pense que le rendu est assez chouette et je souhaite la bienvenue à tous les lecteurs d’Endurance-Info qui viendront faire un tour sur le site. »
Propos recueillis par Anthony Megevand








