Pescarolo Sport : Tour d’horizon avec Jean Py.

2010-02-15 08:00:00
by Antho


Durant l’hiver, Pescarolo Sport s’est fait très discret. A tel point que l’avenir du team a longtemps paru incertain, avant la publication de la liste des 55 invités aux 24 Heures du Mans. En voyant figurer deux Pescarolo LMP1, les supporters des Verts ont certainement poussé un ouf de soulagement. L’avenir à court terme paraissait toutefois s’écrire en pointillés, certaines zones d’ombre subsistant. Jean Py, patron du groupe Sora Composites qui avait racheté Pescarolo Sport il y a un an de cela, a bien voulu répondre à toutes nos questions.

 

Pescarolo Sport et Sora Racing aligneront chacun une Pescarolo LMP1 aux 24 Heures du Mans. Comment ces engagements vont-ils se passer ?

« En fait, Pescarolo Sport et Sora Racing forment une seule entité. Sora Racing a été créé pour courir en Asian Le Mans Series, où il y avait une vraie pertinence de par l’attrait de cette épreuve. Il s’agissait d’une bonne occasion de décrocher une invitation supplémentaire pour les 24 Heures du Mans, tout en sachant que ce championnat n’était pas au programme de Pescarolo Sport. C’était une solution pour compléter ce programme. Cette participation était prévue dans le contexte d’une course en Chine : l’opportunité était intéressante de communiquer sur le nom Sora, nous avions réunis des sponsors et nous avions la possibilité d’aligner une Peugeot 908 avec Sébastien Loeb. Suite à l’annulation de cette manche, tout est tombé à l’eau. Cela étant, nous avons tout de même remporté l’Asian Le Mans Series et je suis heureux de voir que nous bénéficions de ces deux invitations pour les 24 Heures du Mans. »

 

Quel sera le rôle de Henri Pescarolo en 2010 ?
« Il est le Directeur Sportif de l’équipe, avec un contrat de trois ans. Ce contrat a débuté en 2009, suite au rachat de Pescarolo Sport. »

 

Deux Pescarolo seront engagées au Mans, via une équipe mais sous deux bannières. Ces deux autos seront-elles identiques visuellement ?
« Pour l’instant, je ne sais pas. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a un partenariat avec Gravity (division de Genii, entreprise dirigée par Gérard Lopez, qui a acquis une partie de Renault F1) et le Renault F1 Driver Programme. Cela nous permet d’avoir les pilotes concernés lorsqu’il n’y a pas de clash de date avec le GP2, comme au Castellet ou au Mans. »

 

Vous avez confirmé Ho-Pin Tung et Jan Charouz lors de la conférence de l’Automobile Club de l’Ouest et on a beaucoup entendu parler de Jérôme d’Ambrosio…
« C’est ce que j’ai lu aussi. J’ai eu des contacts avec Ho-Pin Tung et Jan Charouz. Pour le reste, Gravity a réservé cinq baquets sur les six disponibles pour les 24 Heures du Mans. Le sixième sera destiné à Christophe Tinseau. Les équipages seront fluctuants selon les courses. »

 


Jean Py entre Christophe Tinseau, Jean-Christophe Boullion et Jan Charouz. Le premier et le dernier nommés défendront les couleurs de Pescarolo Sport en 2010...

A propos des courses, quel est votre programme parallèlement aux 24 Heures du Mans ?
« Est-ce que nous serons sur toutes les courses des Le Mans Series, je ne sais pas. En revanche, nous sommes inscrits pour la première manche, les 8 Heures du Castellet, avec Christophe Tinseau et Jan Charouz. Henri Pescarolo est en contact avec des partenaires pour faire rouler la deuxième voiture. Deuxième voiture qui est disponible. Outre le coup d’envoi du championnat, j’espère que nous serons présent lors de la finale, à Silverstone, puisque les pilotes Renault sont également libres. Il s’agit par ailleurs de la première étape de l’Intercontinental Le Mans Cup. Je garde un espoir de boucler le budget pour y participer. »

 

D’une manière plus générale, de nombreuses rumeurs de rachat circulent au sujet de Pescarolo-Sora…
« Tout d’abord, je profite de cette interview pour clarifier une chose. Il ne faut pas lier Sora Composites à Pescarolo Sport. Sora, c’est une société de 1200 employés qui est un équipementier automobile. Pescarolo Sport est une de mes activités annexes. Il ne faut pas s’emmêler les pinceaux, même si Sora est très fier d’être lié à cette aventure avec Pescarolo Sport.
« Concernant le rachat, je crois que tout le monde connaît plus ou moins le contexte. Je suis venu pour le projet de voiture école/low cost, dont le crash-test a d’ailleurs été très positif à Milan. La voiture est homologuée. Cette voiture école, c’était le but de ma reprise : je ne voulais pas qu’elle parte aux quatre vents lorsque Pescarolo Sport a parlé de stopper son activité.
« Ensuite, j’ai soutenu le programme sportif, économiquement, mais aussi techniquement en finançant le programme en soufflerie. Les progrès ont été significatifs puisque vos lecteurs ont élu la Pescarolo LMP1 comme le prototype Essence le plus performant, derrière la Peugeot 908 Diesel. C’est une énorme satisfaction que le rachat ne se soit pas traduit par un déclin, mais au contraire par l’inverse. »

 

Cette précision étant faite, l’entité Pescarolo Sport est-elle à vendre ?
« Je ne peux pas vous répondre car cela concerne l’intimité de mes affaires. Toutefois, il est clair que Pescarolo Sport intéresse des gens. C’est un vecteur intéressant et Gravity s’y intéresse. Nous y voyons l’occasion de collaborer au niveau marketing, mais aussi sur le plan technique. La première étape s’est d’ailleurs traduite par une visite de Claude Galopin et de l’équipe dans le centre technique de Renault F1 Enstone.
« Ensuite, nous allons voir les synergies que l’on peut espérer. Du point de vue des partenaires, il n’y a pas d’incompatibilité entre la F1 et le sport-prototype. Au niveau technologique, il y a des choses intéressantes à faire dans les années à venir. Il faut en effet ajouter la politique de Renault qui est très impliqué dans le développement durable. La nouvelle réglementation de l’ACO se tourne justement vers des technologies hybrides et Renault a des atouts dans cet optique. Ils ont développé des solutions Kers et ont déjà des produits en rayon.
« C’est plutôt cela que l’on regarde. Nous avons aussi des projets et c’est bien d’initié un rapprochement avec des gens qui ont justement des intérêts pour ce type de sujets. »

 



Vous parlez de projet. Mais une partie de l’activité constructeur a été revendue à OAK Racing ?
« Nous n’avons pas vendu le bureau d’études. Pescarolo Sport a conservé son statut de constructeur, son équipe et ses membres. C’est d’ailleurs un motif de fierté car ces personnes sont compétentes et étaient très demandées par certains concurrents. L’accord avec OAK concerne l’outillage, ainsi que les plans et les droits sur la voiture 2009. OAK s’adresse toujours au bureau d’études pour la soufflerie, la CAO et pour définir les composants. Jacques Nicolet a fait évoluer son team, qui s’implique davantage dans la partie constructeur. Mais de notre côté, nous pouvons toujours avoir les pièces au prix « usine ».
« Pour ce qui est de 2011, la conception est différente de par le règlement. Nous avons lancé des études pour une nouvelle voiture : OAK est intéressé en tant que client, comme d’autres structures d’ailleurs. »

 

Pouvez-vous aujourd’hui confirmer la construction d’un nouveau prototype pour le futur règlement 2011 ?
« Nous avons lancé le projet et c’est ce qui motive tout le bureau d’études. J’espère que ce règlement nous remettra sur un pied d’égalité et que Pescarolo Sport pourra montrer tout son savoir-faire. Cette équipe est l’une des plus expérimentées en sport-prototype et je dois dire qu’elle est assez extraordinaire ! »

 

Cette LMP1 sera-t-elle fermée ou ouverte ?
« Je ne sais pas. Je ne pense pas que les ingénieurs souhaitent communiquer sur ce sujet. »

 

Mais certains constructeurs, par exemple, ont avoué que le type de leur prototype, ouvert ou fermé, était déjà choisi. Qu’en est-il pour vous ?
« Et si ce n’était ni l’un ni l’autre ? Ce qui est bien avec un nouveau règlement, c’est que l’on repart d’une feuille blanche. On peut se livrer complètement à l’innovation… »

 

Propos recueillis par Anthony Megevand

 




Endurance Crea