Rémy Brouard, DG de l'ACO : "Nous devons veiller aux budgets..."
by LChauveau
ALMS, une abréviation que l'on connaît déjà bien. Oui mais voilà, il ne va pas falloir s'emmêler les pinceaux entre l'Amérique et l'Asie. Puisque l'ACO a confirmé hier jeudi, la mise sur pied de l'Asian Le Mans Series ? N'y avait-il vraiment pas moyen de lui trouver un autre nom qui n'entre pas en conflit avec celui de l'American Le Mans Series ? Afin de faciliter la tâche des petits scribouillards que nous sommes mais aussi afin de rendre plus claires les conversations de paddock. « Tu fais l'ALMS toi cette année ? » « Oui, oui, nous serons à Laguna Seca en Octobre. » « Mais non, je te parle de l'ALMS asiatique ! »
Allez faisons fi de ces petites misères bien anodines et prenons le temps de parler en profondeur de cette AsianLMS et d'autres sujets avec le Directeur Général de l'ACO, Rémy Brouard.
Pour commencer, revenons un peu sur cette liste des engagés aux 24 Heures du Mans. En cette année de lancement de l'Asian Le Mans Series, on peut s'étonner que la Dome S102 du team Eco Speed n'ait pas trouvé place dans votre plateau ?
« La raison est toute simple. La demande d'engagement de cette équipe nous est arrivée trop tard par rapport à la date de clôture. Mais lorsque l'on dit trop tard, c'est vraiment très, très tardif ! Il nous était donc impossible de la sélectionner vis-à-vis de teams qui, eux, avaient respecté les délais. Mais nous espérons bien la voir en Le Mans Series ainsi qu'en Asian Le Mans Series ! »
Alors justement, à propos de l'Asian Le Mans Series, vous annoncez une clôture des demandes d'engagement pour le 30 Avril. C'est très tôt pour deux courses se déroulant en Novembre ?
« Nous avons donné deux dates en fait. Tout d'abord celle du 27 mars. Pour les concurrents engagés à cette date, nous ferons bénéficier de conditions de transport avantageuses. (NDLR : 10 pour les concurrents de l'American Le Mans Series, 10 pour ceux des Le Mans Series et 4 pour des concurrents chinois ou japonais). Mais étant donné que cette date intervient très tôt dans la saison et que d'autres teams peuvent se déclarer intéressés par la suite, ils ont effectivement jusqu'au 30 Avril, dernier délai pour s'inscrire. La raison en est simple. Nous devons organiser la logistique du transport des teams et ce n'est pas si facile. Entre l'Europe et le Japon, ça va mais c'est surtout pour entrer en Chine que ce n'est pas facile, surtout lorsque l'on vient du Japon. »
Mais si des concurrents s'occupent par eux-mêmes de leur logisitique, vous pourrez les accepter au delà de cette date du 30 Avril ?
« Oui bien sûr. Pour cette première année, nous allons être très ouverts, nous souhaitons avant tout offrir le plus grand et le plus beau plateau possible. Donc il est sûr que nous laisserons une marge de manœuvre. Sauf si nous recevons trop de demandes d'engagement ! A Okayama, cela pourrait être un problème car nous devrons partager les stands avec le WTCC et l'espace n'est donc pas indéfiniment extensible. »
Vous parlez de Okayama ou l'AsianLMS partagera l'affiche avec le WTCC. Qu'en sera-t-il à Shangaï ?
« Nous y aurons trois courses d'accompagnement : une course d'Aston Martin, une course de Renault et une course de Porsche. Donc nous y disposerons quasiment de tous les stands. Nous n'aurons pas les mêmes problèmes. »
Quelle visibilité avez-vous aujourd'hui sur le possible plateau de cette Asian Le Mans Series ?
« En faisant le compte des intentions que nous avons reçues, nous arrivons assez facilement à un total de 38 à 40 voitures. Maintenant, nous savons qu'entre les intentions et les inscriptions réelles, il y a parfois une différence. Nous verrons ce qu'il en sera réellement. »
Au niveau de la couverture télé de ces courses, où en êtes-vous ?
« Et bien déjà, nous avons Eurosport qui a travaillé avec nous sur Okayama. Après, ce qu'il faut, c'est travailler directement sur place avec les télés chinoises et japonaises et nous avons déjà bien avancé. Nous allons bien sûr les inviter sur nos différentes épreuves afin de leur en faire mesurer l'importance. Je ne suis pas inquiet pour ce qui concerne les japonais qui connaissent Le Mans même si ils restent sur un mauvais souvenir avec la fin du JLMC : plateau faible et très peu de spectateurs. C'est la raison pour laquelle l'épreuve d'Okayama en association avec Eurosport Events nous rassure. Cela permet de nous appuyer sur une épreuve déjà connue qui a rassemblé 28.000 spectateurs sous la pluie l'an passé et qui offre un superbe plateau. »
Revenons sur le calendrier sportif du circuit du Mans. Vous aviez annoncé une date au 4 octobre pour une épreuve internationale. La maintenez-vous ?
« Il est clair que nous savions qu'il ne s'agirait plus du DTM. En fait, nous allons annuler cette date cette année en raison des conditions économiques. Nous n'allons pas nous lancer dans une opération comportant des risques en 2009 car il y en déjà quelques uns avec la Chine et le Japon... Par contre, il n'est pas exclu que nous y réfléchissions de nouveau pour 2010. Nous aimerions bien apporter un peu de nouveauté au Mans. Nous sommes contactés par des organisateurs de compétitions intéressantes alors pourquoi pas ? A1 GP, Superleague Formula (le championnat lié au football) ou le WTCC qui offre des courses très spectaculaires. Ce sont des exemples de ce qui nous intéresse et en tout cas, ce sera des courses de ce niveau là. »
Le DTM, c'est fini ?
« Nous avons essayé... Nous verrons à Dijon si c'est Le Mans qui s'est trompé ou si le DTM n'a pas de public en France. Dijon réussira peut-être mieux car c'est plus proche de l'Allemagne et de la Suisse. Nous le leurs souhaitons. Clairement, chez nous, ça n'a pas pris mais à l'avenir, nous devons essayer de nouvelles choses. »
Vous parliez des conditions économiques difficiles. Cela a été la raison officielle de l'annulation de la Journée Test des 24 Heures du Mans or contrairement à ce que vous avez dit, tous les teams n'y étaient pas forcément favorables à cette annulation. L'une des raisons n'est-elle pas également pour l'ACO de faire elle même des économies ? Et de quel ordre ?
« Tout d'abord, la plupart des écuries était tout de même très favorable à cette annulation sauf quelques unes que l'on connaît. Mais les américains et les japonais approuvaient tout à fait car pour eux, c'est encore plus lourd. Clairement, notre premier objectif était de réduire les coûts pour les écuries. Pour vous donner un ordre d'idée, elles nous ont chiffré l'économie à environ 150.000 Euros !
Après, bien entendu, pour nous aussi, il s'agit d'une économie substantielle car vous n'ignorez pas que la fermeture de ce circuit non-permanent engendre des frais que nous assumons. Nous parlons là de plus de 500.000 Euros !
Et puis, nous avons organisé ces deux journées d'essais sur le Bugatti permettant aux concurrents de se regrouper sur un même lieu et d'en partager les frais au lieu de se disséminer aux quatre coins de l'Europe. Ils n'ont pas pour but de remplacer la Journée Test. »
Certes mais vous remplacez une journée de test par deux jours d'essais. On peut se demander où sont les économies ?
« Ce n'est pas la même chose, ça n'a pas le même but. Et puis n'oubliez pas que la Journée Test a une histoire en pointillés. Elle est apparue puis a disparu, est revenue puis s'est évanouie de nouveau. Je crois qu'elle est fonction de l'activité économique. L'ACO est comme les teams d'usine, elle fait attention aux dépenses. »
En cette année ou vous introduisez une nouvelle règle sur les ravitaillements qui va obliger les teams à rouler plus longtemps avec les mêmes pneus, sur le plan de la sécurité, cette Journée Test avait pourtant peut-être encore plus d'importance que les années précédentes ?
« Oui, peut-être encore plus importante pour Audi qui vient avec une nouvelle voiture tandis que Peugeot revient avec une auto connue. Chez Peugeot, on annonçait que cela favorisait Audi. Moi, je ne vois pas bien en quoi. C'est plutôt Audi qui en a besoin autant pour sa nouvelle voiture que pour ses nouveaux pilotes... Et pourtant Audi a rapidement annoncé qu'ils étaient favorables à cette annulation car ils ont un budget à tenir, Peugeot aussi et nous également.
Pour ce qui est de la sécurité, vous savez que nous sommes très attentifs à ce sujet. Nous en avons parlé avec les manufacturiers de pneus. C'est évidemment moins facile pour eux. Mais clairement, avec la Journée test 15 jours avant la course, ils n'avaient pas le temps de refaire les gommes... Ce qui est sûr, c'est que l'éventail des pneus va se réduire cette année pour aller vers le dur ou le très dur. »
Mais n'y aurait-il pas alors une possibilité intermédiaire ? Rendre cette journée facultative pour les concurrents exotiques en la maintenant obligatoire pour les concurrents européens. Cela permettrait également de la replacer à sa date du mois de mai, offrant de vraies possibilités d'ajustement avant la course aux concurrents ? Et en ajoutant par exemple, une séance obligatoire de deux heures le jour des essais officiels pour les concurrents hors-Europe, leur permettant une remise à niveau ?
« C'est une bonne idée. Il faut la creuser. Pourquoi pas ? J'ai déjà dit que nous sommes ouverts à toutes les idées d'où qu'elles viennent donc pourquoi pas ? Malheureusement, ça ne change rien au coût total de fermeture du circuit qui est le même avec 30 ou 55 voitures. Nous verrons où nous en sommes à fin 2009. Si la situation s'améliore, nous rétablirons peut-être la Journée Test pour 2010 en l'annonçant suffisamment tôt afin de permettre aux teams de la budgéter. »
La crise frappe donc l'ACO autant que le reste du Monde économique contrairement à ce que le phénoménal plateau de ces 77èmes 24 Heures du Mans laisse penser. Qu'en sera-t-il du plateau asiatique alors ? Notez que AIM fait partie des partenaires officielles de l'AsianLMS. Alors est-ce à dire que Oreca fera le voyage avec ses Courage-Oreca à moteur...AIM ? Affaire à suivre...
Laurent Chauveau





