Sébastien Buemi (Toyota) : « Le Mans est la plus grande victoire de ma carrière ! »

#8 TOYOTA GAZOO RACING (JPN) TOYOTA TS050 HYBRID LMP1 SEBASTIEN BUEMI (CHE) KAZUKI NAKAJIMA (JPN) FERNANDO ALONSO (ESP)

Sébastien Buemi était l’un des pilotes invités la semaine passée pour la projection du film des 24 Heures du Mans 2018. Il a été accueilli par une standing ovation, le pilote suisse étant en effet le récent vainqueur du double tour d’horloge sarthois. Alors que la saison WEC va connaitre une pause de plusieurs mois, le pilote Toyota Gazoo Racing va disputer une nouvelle saison de Formula E. Rencontre avec l’actuel leader du WEC ! 

Vous êtes de retour au circuit cinq mois après votre victoire aux 24 Heures du Mans. Quelles sont les images qui vous reviennent de ce moment ?

« Je dirais plutôt la fin de la course lorsqu’à l’arrivée, avec Fernando, nous sommes allés sur la piste. On a attendu Kazuki qui accomplissait son dernier tour. Nous sommes alors montés sur la voiture pour descendre la ligne droite des stands devant tous ces spectateurs, ce moment là va rester un moment dans ma mémoire. Le podium était vraiment bien, mais il m’a moins marqué. »

Vous avez connu beaucoup de succès dans votre carrière. Quelle place occupe les 24 Heures du Mans dans votre palmarès ?

« C’est la plus grande victoire de ma carrière car c’était la plus difficile. C’est celle qui a pris le plus de temps car il ne faut pas oublier que je suis chez Toyota depuis 2012 ! Je me rappellerai toujours de 2016 où, à deux tours de la fin, nous pensions que c’était réglé, mais que dans la dernière boucle, nous sommes tombés en panne. Après une telle désillusion, ce fut difficile de se remotiver et de se dire que ça allait aller. Cette victoire est plus importante pour ce qu’elle représente et pour tout le travail effectué en amont. »

Quel a été le retentissement de votre victoire dans votre pays ?

« Nous ne sommes pas très démonstratifs en Suisse, donc pas grand-chose. Par contre, j’ai eu beaucoup de félicitations de la part de gens de la Formule 1 comme Sébastien Vettel, Christian Horner (patron de l’écurie Red Bull Racing F1, ndlr), Helmut Marko (vainqueur des 24 Heures du Mans en 1971, ndlr). Dans mon pays, ils sont un peu blasés par les victoires au Mans après les trois de Marcel Fässler et celle de Neel Jani (rire). Depuis 2011, je suis le 5e suisse à remporter les 24 Heures du Mans ! »

Après les 24 Heures, il y a eu cette disqualification à Silverstone et les deux deuxièmes places à Fuji et Shanghai. Comment avez-vous vécu la période post Le Mans ?

« Silverstone fut un peu dur car nous avons vraiment fait un belle course, nous avions gagné car nous étions mieux. J’ai beaucoup roulé, je dirais 100 tours sur les 200. J’étais un peu fatigué après l’épreuve alors se faire enlever la victoire fut un peu difficile surtout que la voiture n’était certes « plus conforme », mais elle était vraiment moins rapide, deux à trois secondes, car endommagée. Ce n’est pas comme si nous avions gagné en performance ! A Fuji, nous étions clairement moins rapides que la n°7, ils ont mérité leur victoire. A Shanghai, on était plus rapide et on perd malheureusement à cause du feu rouge, mais aussi parce que le timing de notre arrêt au stand n’était peut-être pas idéal. Ce fut plus frustrant car nous avions une auto pour gagner. »

Comment étaient les conditions de piste à Shanghai ?

« Ce n’était pas si mal, mais en même temps, j’étais devant. J’ai beaucoup poussé à la radio pour qu’on donne le départ car faire 10 tours derrière le Safety Car, s’arrêter sous drapeau rouge, attendre 20 minutes et repartir…C’est notre boulot de partir et de rouler en course. On roule moins vite dans ces cas là, mais on reste sur la piste ! Bien entendu, il y a une limite où on ne peut plus rouler. Selon moi, à Shanghai, on aurait pu tout de suite donner le départ. Ensuite, je prends un exemple : à un moment, le Directeur de Course a sorti le drapeau rouge et lorsqu’il a redonné le départ, c’était encore pire qu’une heure auparavant ! Par contre, je n’étais plus dans la voiture, mais, à la fin, lorsqu’il s’est remis à pleuvoir, ce n’était pas facile selon les pilotes. Ils ne voyaient rien avec l’eau, les reflets. »  

Qu’en est-il de l’écart avec les LMP1 privées ?

« Depuis le début de l’année, elles ont beaucoup progressé. Comme on a pu le voir à Shanghai, il n’y avait qu’un dixième d’écart entre les Toyota et les LMP1 privées ! Cependant, les TS050 Hybrid sont très abouties et peuvent s’appuyer sur quelques sept années d’expérience de l’équipe avec ce type d’auto alors que les nouvelles LMP1 n’ont que six mois de vie. Cependant, il est clair que maintenant, nous avons des adversaires et c’est bien pour tout le monde. En essais, elles sont vraiment proches de nous, en course, c’est un peu différent car nous avons l’avantage du système hybride. L’ACO et la FIA ont vraiment fait du très bon boulot et nous sentons vraiment qu’elles sont juste derrière nous ! »

Vous avez une pause WEC de quatre mois qui sera en partie remplie, pour vous, par une nouvelle saison en Formula E (début le 15 décembre en Arabie Saoudite). Comment les choses se présentent-elles ?

« C’est assez dur à dire honnêtement. Nous avons fait des séances d’essais collectives, mais ce n’était pas sur une piste représentative. J’ai une petite idée, cependant je pense qu’il va falloir attendre une ou deux courses pour voir la hiérarchie. »

Comment est cette deuxième génération de Formula E ?

« Le plus gros changement vient de la batterie qui a maintenant une durée suffisante pour faire l’intégralité de la course. Elle est plus lourde, par contre, on parle de 20 kilos, mais elle a le double d’autonomie. La voiture a un look très différent dorénavant, l’appui vient plus du fond plat maintenant et c’est pour cela que nous n’avons pas d‘aileron arrière, mais il ne faut pas s’attendre à des vitesses de passage en courbe très différentes. »

Avez-vous prévu de compléter votre début de saison 2019 en disputant les 24 Heures de Daytona comme vos coéquipiers Kamui Kobayashi et Fernando Alonso ?

« Non car il y a un clash de date avec la manche de Formula E qui se déroule à Santiago du Chili. Objectivement, il faut pouvoir faire les 24 Heures de Daytona dans de bonnes conditions. Ça ne m’intéresse pas de les faire juste pour dire que je les ai faites ! La Formula E me prend beaucoup de temps entre les déplacements, les simulateurs, tout ça serait trop dur à organiser. »

Vous êtes Suisse, vous êtes pilotes Toyota. Un programme complet en Blancpain GT Series ou juste disputer les 24 Heures de Spa avec Emil Frey Lexus Racing vous intéresserait-il ?

« Je connais très bien Lorenz Frey et nous avons été en contact plusieurs fois. Là aussi, comme pour Daytona, je veux faire les choses dans de bonnes conditions. La Blancpain GT Series Endurance est un championnat de pilotes professionnels du GT, moi je n’ai jamais roulé dans ces autos. Donc, si je le fais, c’est pour le faire bien ! Cela demande donc pas mal de préparation et, pour le moment, ce n’est pas facile à caser dans mon calendrier. Mais pourquoi pas ! Les 24 Heures de Spa tombent fin juillet, ce qui correspond à peu prés avec la finale de Formula E, il y a en plus la Journée de Test de Spa et je ne sais pas si je serai en mesure de pouvoir la faire. C’est très compliqué : il faut faire des essais, être bien préparé. Je veux faire les choses bien ou pas du tout ! »