En visite au Salon de Genève : faut-il encore s’intéresser à l’automobile ?

Le Salon de Genève fête cette année sa 89e édition. Après le désamour des constructeurs pour le Mondial de l’Automobile, qu’en est-il de Genève ? Qu’est ce qui peut pousser les passionnés d’automobile à se rendre au Geneva International Motor Show ? Pourquoi moi qui suis passionné par les quatre roues depuis ma tendre enfance, devrais-je être captivé par ce salon dont tout le monde se borne à dire qu’il ne fait plus la part belle qu’à l’électrique et à la mobilité de demain ? 

Entre les essais International GT Open et les essais Blancpain GT Series, un passage par la Suisse s’est imposé, d’autant plus que j’étais là en 1989, en 1999 et en 2009. Il y a 30 ans (non je ne suis pas vieux), j’étais venu voir la Ferrari Mondial T, la Sbarro Osmos ou encore la Lotus Omega (une sacrée auto pour l’époque). Dix ans plus tard (j’étais forcément plus vieux de 10 ans), la Cadillac Northstar LMP et la Lamborghini Diablo GT me captivaient. En 2009 (j’étais toujours jeune), j’admirais la Bugatti Veyron Centenaire et la Ferrari 599 XX. Quelle place a le rêve en 2019 dans les allées du Salon de Genève à l’heure où on parle d’hybride, d’hydrogène, de rechargeable ? Suis-je devenu vieux ? 

Moi qui rêve toujours de Renault 5 Turbo (oui je sais ça peut paraître dépassé), pas sûr que ce cru 2019 va me plaire. Je ne vais pas vous raconter ma vie car, d’une cela prendrait plus d’un article, et de deux pas sûr que ce soit intéressant pour vous. Mon rapport à l’automobile est particulier. Initié par mon père dès mon plus jeune âge, les choses ont coincé lors du passage du permis de conduire. Mon père était chaud pour que je le passe dès 18 ans, contrairement à ma mère qui trouvait qu’avoir le permis pour aller au lycée à 2 km du domicile, ce n’était pas « bankable ». Par chance, mon père a eu gain de cause même si j’ai cassé deux voitures. Ah non, trois en fait ! Il y a encore quelques années, on passait le permis pour la liberté. D’une, c’était plus facile pour conclure avec une fille, de deux on pouvait aller où on voulait quand on voulait. Les temps ont bien changé et pas sûr qu’on passe encore le permis de nos jours pour avoir plus de liberté. Le permis sert maintenant de moyen de locomotion pour aller d’un point A à un point B. 

Mais revenons au sujet du jour. Malgré ma passion pour l’automobile, mes habitudes ont aussi changé. Il y a encore quelques années, jamais je n’aurais imaginé laisser ma voiture sur le parking de l’hôtel, prendre une navette (gratuite) depuis cet hôtel pour me rendre au salon distant de 45 minutes compte tenu du trafic. Cela m’a permis de travailler dans le bus tranquillement sans avoir à me préoccuper du trafic, ni à chercher une place de parking (payante). 

Le programme officiel du salon donne le ton : « Entre réalité et vision », « En route vers le futur », « Les voitures d’après-demain seront électriques et entièrement autonomes ». Tout un programme ! 

Pour cette visite du salon 2019, pas de pass média ni d’invitation. Juste un ticket acheté 16 francs suisses. Le salon n’ouvrant qu’à 10 heures, il m’a fallu attendre 30 minutes au beau milieu d’une foule relativement conséquente. Je me trouve au beau milieu d’une classe de jeunes lycéens et croyez-moi qu’avec eux on ne parle pas d’hybridation, d’hydrogène et de compétition. Ils sont tous en âge d’avoir le permis de conduire sous peu et tous ne rêvent que de voir les stands Ferrari, Aston Martin et… TAG Heuer. Ceux avec qui nous avons entamé un brin de conversation ne sont pas attirés par la course automobile. Enfin si mais sur une console de jeu. A Barcelone, nous discutions avec le jeune ‘Community manager’ d’un championnat qui nous faisait part de son émerveillement de la Formula E pour le bruit émis par…les freins. Sacrilège ! Aimer le bruit des freins. Comment est-ce possible ? Heureusement qu’il n’a pas entendu le merveilleux son du quadri rotor de la Mazda dans la nuit du Mans. 

Venir au Salon de Genève un jour ouvert au public peut sembler être un parcours du combattant mais au final les stands restent très accessibles, à l’exception de Ferrari, Bugatti et Lamborghini. L’Aston Martin Valkyrie AMR Pro qui était là pour les journées presse a carrément disparu. Plutôt dommage pour une marque qui songe à venir au Mans avec une Hypercar. On est resté sur notre faim chez Toyota qui n’expose même pas une TS50 HYBRID. Tant d’années à essayer de gagner Le Mans pour ne pas exposer sa LMP1. Regrettable ! En revanche, la Yaris WRC est bien présente. On peut dire que les LMP1 actuelles ne font pas rêver sur le plan du look, mais alors que dire de l’arrière d’une WRC…

 Si vous allez au salon pour voir des voitures de course, passez votre chemin sachant tout de même que l’exposition Abarth (la marque fête son 70e anniversaire) vaut le détour. Il y a bien la Porsche 919 Hybrid, celle qui a gagné Le Mans 2017, plaquée contre un mur sur le stand de la FIA. Si la Mercedes F1 W09/01 est très prisée des badauds pour les photos, la Porsche est bien esseulée. Sur le petit panneau qui détaille la 919, il est précisé juste en-dessous que d’autres autos de la Formula E sont visibles sur les stands Audi, BMW, Mercedes, Nissan, TAG Heuer. Le palmarès de la Porsche n’est même pas spécifié. A quelques mètres de là se trouve la Ginetta G60-LT-LMP1 avec un message qui dit que cette auto a combattu avec les honneurs au Mans et que ce package était le plus compétitif dans les virages Porsche. Sauf que Le Mans ne se gagne pas dans un virage. Ginetta précise qu’un retour est « envisagé » cette saison. Sur la Ginetta G58, il est indiqué que le prototype offre la performance d’une LMP2 pour une fraction du prix. 

Finalement, l’un des stands les plus prisés est celui de PAL-V Flying Car. Là, rien à voir avec la moindre Hypercar. La société néerlandaise propose un petit véhicule à mi-chemin entre la voiture et l’autogire. Plutôt étrange. 

Beaucoup de constructeurs jouent à la fois sur le moderne et l’historique, ce qui est plutôt dans l’air du temps. Citroën expose notamment une 2CV et une Traction. Même le préparateur RUF s’y met avec plusieurs anciens modèles, dont la eRUF entièrement électrique, présentée ici-même il y a 10 ans. Brabus a maintenant un département Classic. 

Les stands Citroën et Peugeot valent le détour pour leur présentation (et leurs modèles). La marque au lion expose le Concept 508 Sport Engineered développé en collaboration avec les ingénieurs de Peugeot Sport. Il est loin le temps de la 908. La marque aux chevrons a eu la bonne idée d’installer un petit salon où vous pouvez recharger votre téléphone. Les gens s’y pressent (moi le premier puisque c’est de là où j’écris cet article). Je suis même interpellé par quelqu’un qui cherche désespérément un câble : « On ne peut plus se passer du téléphone mais il faut maintenant toujours avoir un câble avec soi. C’est qu’on en prend des photos. » En 1989 et 1999, on payait les développements (qui pour ma part tous pourris vu mes piètres qualités de photographe). Maintenant, on mitraille à tout va, on efface, on reprend et on met tout sur le Cloud. 

Rien à se mettre sous la dent chez Volkswagen qui fait dans le tout « Connect ». Les enfants sont initiés à l’électrique avec une animation dédiée. C’est du côté de chez Devinci qu’on trouve quelque chose d’original, d’autant plus que le constructeur est français. La marque initiée par Jean-Philippe Dayraut propose des voitures électriques au look historique. 

Il y a 20 ans, la Pagani Zonda était exposée à Genève et cette bonne vieille Pagani est toujours là. Le fan d’endurance que je suis peste sur le stand TAG Heuer qui a mis une Porsche 917 tout près d’un parc de Formula E et de F1. 

Bentley fait honneur à son glorieux passé l’année de son 100e anniversaire en amenant le modèle qui a pris part aux 24 Heures du Mans 1930, qui trône tout près de la Number 9 Edition. 

Au siècle dernier, on nous promettait des voitures volantes pour 2020. Elles ont toujours quatre roues mais elles deviennent de plus en plus connectées. Les besoins ne sont plus les mêmes. Chacun se fera une idée sur le ‘c’était mieux avant’. Il y a 30 ans et même 20 ans, vous repartiez avec un tas de goodies, de prospectus, d’affiches, d’autocollants, etc… Là, rien. Ah si on m’a donné une immense poche qui sert à mettre un blouson à l’intérieur. J’ai aussi eu droit à un livret sur les tendances du marché 2019 sur les véhicules à haute efficacité énergétique avec un focus sur les propulsions alternatives. Vous ne croisez personne avec des affiches ou des petits drapeaux « comme dans le temps. » L’heure est aux économies et surtout à un autre mode de vie. Quand on voit que le Mondial de l’Automobile est à vendre, il y a du souci à se faire pour les passionnés d’automobile que nous sommes. On nous met même une ancienne Cox sur un stand dédié à l’électrique. Choupette doit voir rouge… Le salon, c’est aussi l’occasion de découvrir Aurus, la marque russe de luxe dont le modèle phare est un clone de Rolls Royce. 

Est-ce que le salon mérite le détour ? Oui sans aucun doute car il permet tout de même de s’évader un moment loin du marasme économique actuel. Ma R5 Turbo est bien loin de tout cela et si on me donnait un budget illimité, je serais bien incapable de choisir un modèle en quelques secondes. Au risque de paraître ‘vieux con’, pourquoi devrais-je investir dans une Hypercar pour me faire traiter de criminel de la route si je roule à 160 km/h au lieu de 130 ? Et selon moi, une Hypercar est tout sauf hybride. Une Alpine A110 suffirait amplement à mon bonheur. Si tout le monde est prêt à vous vanter les mérites de l’électrique, il y a moins de monde pour vous répondre sur la construction des batteries et leur utilisation en fin de vie. On sent bien que le sujet fâche même s’il a toute son importance.

En attendant d’être peut-être séduit un jour par les nouvelles technologies, oui je l’avoue, je tourne la tête quand je croise une Peugeot 205 GTI 1.9. Ben quoi, elle était bien à Genève elle aussi. Mais c’était il y a 30 ans…